Partir à l’étranger dans le cadre de ses études est une formidable opportunité pour découvrir d’autres cultures, d’autres langues, ainsi qu’un atout important pour s’insérer sur un marché du travail devenu de plus en plus exigeant. Pourtant, les étudiant·es en situation de handicap représentent moins de 1 % des étudiant·es effectuant une mobilité Erasmus. Il est temps que cela change !

Nous vous avions déjà proposé un article sur comment partir étudier à l’étranger. Nous avons voulu approfondir ce thème pour donner des éléments plus concrets pour les personnes en situation de handicap qui souhaitent suivre des études supérieures à l’étranger.

La plupart des conseils juridiques présents dans cet article concernent la situation française ; néanmoins, la majeure partie de ces indications pourront aider les personnes résidant ailleurs qu’en France, notamment les étudiant·es optant pour une mobilité Erasmus. La clé d’une mobilité réussie reste toujours l’anticipation.

Avant toute chose, nous nous permettons de rappeler pourquoi, chez Simonæ, nous parlons de personnes en situation de handicap et non pas de personnes handicapées.
Après la Seconde Guerre mondiale, le handicap était considéré par les pouvoirs publics et la société en général comme la gêne ou le problème physique ou mental qui ne permettait pas d’être classé comme « valide ». La prise en compte du handicap s’est alors faite par le biais d’attribution d’aides financières. La compensation du handicap n’était pas un projet de société ; on était « handicapé·e » et l’aide financière de l’État devait permettre de vivre « malgré cela » (évidemment, ça ne suffisait pas – et c’est toujours insuffisant).
Il faut attendre la loi de 2005 pour que l’État et les pouvoirs publics français changent de paradigme dans l’appréhension du handicap. Le handicap n’est plus vu comme un élément de la personne ; il devient situationnel. C’est l’environnement qui fait que l’on subit une situation de handicap. Ainsi, la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a inscrit à l’article L114 du Code de l’action sociale et des familles une définition légale du handicap :

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

  • Exemple avec une personne à mobilité réduite : je suis en situation de handicap si je n’ai pas d’accès PMR pour arriver sur mon lieu d’études. Ou parce que je n’ai pas de guichet à ma hauteur. Ou parce je ne peux pas rentrer avec mon fauteuil dans les toilettes. À partir du moment où les lieux, les transports, etc., sont adaptés, je ne me retrouve plus dans une situation de handicap.
  • Exemple avec une personne malentendante : je suis en situation de handicap si les démarches se font uniquement par téléphone, sans possibilité d’échanger rapidement par mail ou SMS.
  • Exemple avec une personne aveugle : si je ne peux pas avoir de liseuse braille, je vais avoir besoin d’une aide extérieure pour faire mes recherches. Mais si l’on me fournit le matériel adéquat (ordinateur, liseuse, bloc-notes braille) ou bien que l’on me propose une aide humaine (secrétaire), je ne suis plus placé·e en situation de handicap.

De quelle mobilité études parlons-nous ?

C’est un terme générique. Il existe deux grands types de mobilités études :

  • Les mobilités individuelles. Envie de prendre son baluchon et de partir étudier dans l’université de son choix ? Vous y paierez les frais d’inscription comme n’importe quel·le autre étudiant·e. Généralement, ce type de mobilité ne donne pas droit à des bourses d’études ou de mobilité. Vous devrez voir avec l’université d’accueil pour une prise en charge spécifique de votre handicap.
  • Les mobilités en programme d’échange. Vous restez inscrit·e dans votre établissement d’origine (c’est là notamment que vous payez les frais d’inscription chaque année), mais vous « échangez » votre place avec un·e étudiant·e venant d’une université partenaire. Le programme Erasmus + fonctionne sur ce principe (pour les destinations dans l’Union européenne) ; l’international n’est pas en reste avec les conventions d’échange passées entre les universités françaises et leurs homologues étrangères. Ce genre de mobilité permet, dans certaines situations, de toucher des aides à la mobilité. Notamment si vous êtes boursier·es du Crous, une aide financière versée en plus des aides habituelles peut vous être allouée.

 

Les freins

La volonté de partir en mobilité étudiante alors qu’on est en situation de handicap peut parfois se confronter à une réalité difficile. Passage en revue des freins habituellement avancés, généralement à propos de la mobilité des étudiant·es à besoins spécifiques.

L’(auto)censure

Partir peut faire peur à tou·tes les étudiant·es, quelle que soit leur situation. Mais dans le cadre d’une situation de handicap, la petite difficulté peut vite devenir une montagne insurmontable. Il est déjà parfois très difficile de réussir à être convenablement suivi·e par le service Handicap dans son établissement, alors partir (loin), dans une ville et un pays nouvelleaux, s’exprimer dans une langue différente, tout cela peut rebuter.

Il faut parfois aussi persuader la famille qui a peur pour la personne, peur de l’inconnu, peur que l’étudiant·e ne soit pas suffisamment autonome pour mener à bien son projet de mobilité. Ainsi, les témoignages d’étudiant·es qui sont parti·es en mobilité études, comme celui d’Audrey, étudiante tétraplégique partie au Royaume-Uni, ou d’Éric, étudiant nantais en fauteuil parti étudier à Gène, sont importants dans la réflexion entourant un projet de mobilité.
Quand c’est possible (niveau logistique et financier), notamment si la destination sélectionnée n’est pas trop loin, il est possible de faire un séjour de repérage sur place, afin de rassurer tout le monde. Ainsi, l’association HandiSup Haute-Normandie a financé un tel séjour pour Victor Fourcin, atteint d’infirmité motrice cérébrale, qui devait réaliser une mobilité obligatoire dans le cadre de sa troisième année d’études à Sciences Po :

« Six mois avant mon départ, l’association a financé un séjour de repérage sur place. Pendant trois jours, avec mon père, nous avons pu vérifier l’accessibilité des transports en commun, visiter des logements adaptés… Nous avons aussi rencontré les interlocuteurs qui allaient m’accompagner au cours de l’année universitaire : le référent handicap du Trinity College, une structure d’auxiliaires de vie et la responsable des logements du campus. Pour moi comme pour mes parents, ce séjour a calmé bien des angoisses. »
(Source : journal Faire face)


Pour Seonaid, étudiante irlandaise qui a fait son Erasmus à Alcalá en Espagne, « la chose la plus importante pour les étudiant·es en situation de handicap est de s’empouvoirer elleux-même » (« The most important thing for students with disabilities is for them to empower themselves »).

Le financement de la mobilité

Faire des études supérieures coûte cher ; d’autant plus si vous souhaitez en réaliser une partie à l’étranger. En situation de handicap, les coûts peuvent augmenter considérablement en fonction du pays dans lequel est effectuée la mobilité (tous les pays n’ont pas forcément de système de sécurité sociale ; beaucoup fonctionnent avec des assurances privées dont les montants de cotisation sont très élevés). À cela peuvent s’ajouter des frais d’inscription si vous souhaitez partir en mobilité individuelle (généralement, une année d’inscription dans une université nord-américaine coûte environ 10 000 $ US).

C’est pourquoi il est souvent conseillé d’opter pour une mobilité en programme d’échange, surtout via le programme Erasmus +, qui permet à la fois une aide financière à la mobilité et une avance des sommes à payer pour le suivi médical.

Assurer la continuité de la prise en charge (médicale, aide de vie, etc.)

Si les cours que vous allez suivre à l’étranger sont enseignés dans une langue que vous maîtrisez, la vie de tous les jours est parfois (souvent !) compliquée à l’étranger. Il faut anticiper au maximum et lister tous les besoins nécessaires, au sein de l’université (afin de voir avec le service Handicap les adaptations possibles), mais pas seulement. Voici une liste de questions non exhaustives auxquelles les étudiant·es en situation de handicap doivent penser :

  • Puis-je partir avec mon aide de vie ou dois-je recruter quelqu’un·e sur place ? Si oui, comment fonctionne le système local ? Quel est le montant à prévoir ?
  • Est-ce que la ville où je souhaite partir étudier possède les infrastructures nécessaires à la prise en charge de ma situation ? Si je ne parle pas la langue du pays, est-ce que je peux avoir l’aide d’un·e traducteurice ?
  • Est-ce que le service logement peut m’assurer avec certitude une chambre étudiante adaptée ?
  • Est-ce que mes médicaments sont disponibles sur place ? Est-ce que je peux les prendre avec moi ? Est-ce que je dois adapter mon traitement en fonction de la réglementation locale ?
  • etc.

Il faut anticiper au maximum et évaluer l’ensemble de vos besoins liés à la vie quotidienne (auxiliaire de vie, transports, dispositifs médicaux…) et ceux liés à l’accessibilité pédagogique auprès de l’établissement d’enseignement supérieur (aménagements d’emploi du temps, outils mis à disposition, secrétaire…).

Il faut tout budgéter : ce qui est pris en charge dans votre pays d’origine avant la mobilité, ce qui restera pris en charge par les services de votre pays d’origine lors de la mobilité, ce qui ne sera pas pris en charge durant la mobilité, les surcoûts éventuels, etc. Par exemple, est-ce que la liseuse braille prêtée par mon université d’origine me sera encore prêter en mobilité ou dois-je faire une demande similaire dans mon établissement d’accueil à l’étranger ?
S’il existe une aide financière spécifique dans le cadre du programme Erasmus + (versée en partie avant le départ), il est très important de ne rien oublier car vous ne pourrez pas demander un « complément » à votre retour !

Une personne en fauteuil qui regarde un avion par la fenêtre.

Une personne en fauteuil qui regarde un avion par la fenêtre.

Comment choisir sa destination ?

Partir en mobilité lorsqu’on est en situation de handicap demande : beaucoup d’anticipation, une bonne dose d’organisation, une patience sans borne et une forme d’abnégation. Mais le résultat en vaut la chandelle. Explication.

Il n’existe pas aujourd’hui de liste d’universités qui seraient handicap-friendly

Chaque pays, chaque université a ses propres obligations en matière de handicap. Dans le cadre de l’Union européenne, certaines règles ont été imposées par Bruxelles aux États (qui ne les respectent pas toujours malheureusement) afin de favoriser la mobilité des personnes en situation de handicap. Même par le biais d’Erasmus +, il n’est pas possible d’avoir une short-list d’universités ayant mis en place un service spécifique pour les étudiant·es à besoins spécifiques ou qui soient 100 % accessibles aux personnes à mobilité réduite. Certaines universités britanniques, allemandes et françaises commencent à mettre en place des actions concrètes mais nous partons de très loin.

L’association ESN a mis en place depuis 2015 une liste participative où les étudiant·es et les universités peuvent indiquer elleux-mêmes leur niveau d’accessibilité. Évidemment, si cette liste a l’avantage d’exister, elle reste fondée sur du déclaratif et tous les besoins des personnes en situation de handicap ne sont pas répertoriés.
Ne nous leurrons pas : la majorité des universités susceptibles d’accueillir au mieux les étudiant·es en situation de handicap sont celles situées au Royaume-Uni, en Allemagne, au Canada et aux États-Unis (avec les frais d’inscription pharaoniques pour celleux voulant y faire une mobilité individuelle).

Que faire ? Anticiper au maximum

S’adresser au service des relations internationales de son établissement et/ou à son service handicap.

L’idéal est de demander au service chargé du handicap ou au service de relations internationales de son établissement si des étudiant·es en situation de handicap sont déjà parti·es, si oui : où et avec quels retours. Même si le handicap n’est pas le même, cela permet de savoir déjà s’il existe une prise en charge, s’il y a une mobilité qui s’est bien passée (ou pas). Il est possible également de demander le contact des étudiant·es déjà parti·es (en situation de handicap ou non), s’iels ont accepté au préalable que leurs coordonnées soient communiquées.

Attention, nous citons les deux types de services pour une bonne raison : les services Handicap au sein des établissements d’enseignement supérieur ne connaissent pas forcément les questions de mobilité ; mais ils sont nécessaires pour obtenir certains justificatifs demandés par le service des relations internationales ou l’université partenaire. Vous aurez besoin donc de vous appuyer à la fois sur le service des relations internationales, qui est là pour vous aider à concrétiser votre projet de mobilité, et le service handicap pour vous fournir les justificatifs et les décisions officielles de votre établissement concernant votre situation. Il faudra souvent faire traduire, à vos frais, ces documents en anglais ou dans la langue du pays d’accueil.

La problématique du passage des certifications de niveau de langue étrangère.

Lors de la préparation : souvent, il vous faudra passer des certifications de langue. Si vous avez droit à un tiers temps dans le cadre de votre formation (ou tout autre aménagement d’études), faites la demande au centre examinateur de langue. Normalement, il n’y aura pas de problème (à moins que l’université refuse de payer læ surveillant·e supplémentaire pour le tiers temps : dans une telle situation, les droits de la personne en situation de handicap sont bafoués et des recours existent ; il ne faut pas hésiter à alerter à « haut niveau » – vice-président·e ou chargé·e de mission handicap – pour de telles irrégularités).

Il faut aussi prospecter de son côté et ne pas hésiter à écrire de soi-même aux universités que vous souhaitez intégrer.

Conseil : plutôt que d’expliquer ou de donner le nom de votre pathologie (rien ne vous y oblige), il est préférable de d’expliquer de manière succincte :

  • quels sont les effets de votre handicap ou de votre maladie ;
  • dire à quels aménagements vous avez droit dans votre université d’origine ;
  • demander ce qui est possible du côté de l’université que vous visez.

En mobilité individuelle, renseignez-vous également sur le financement des dépenses de santé : êtes-vous éligible ou non à l’équivalent de la sécu ? Est-ce que votre mutuelle prendra en charge les dépenses faites à l’étranger ? Quelle transition pour les aides touchées via la MDPH ?

En mobilité encadrée (ou dite « d’échange »), la situation est généralement plus simple :

  • vous restez formellement inscrit·e dans votre établissement d’enseignement supérieur d’origine ;
  • vous conservez le bénéfice de la sécurité sociale et les aides de la MDPH. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle santé : la plupart proposent des options pour les études à l’étranger (afin de ne pas avancer les frais ou pour être remboursé·e très rapidement) ;
  • si en plus vous partez dans le cadre d’un échange Erasmus, vous avez droit à une aide financière complémentaire.

Focus sur les aides Erasmus +

Erasmus + est le programme de l’Union européenne pour favoriser la mobilité, notamment étudiante. Tou·tes les étudiant·es qui effectuent une mobilité d’études (ou stage selon la durée) Erasmus + peuvent prétendre à une aide financière : iels sont alors allocataires de fonds européens.

Les étudiant·es en situation de handicap qui souhaitent faire une mobilité études Erasmus peuvent bénéficier des fonds européens classiques mais également d’une prise en charge financière spécifique. Ainsi, l’intégralité des frais directement liés au handicap de læ participant·e et, le cas échéant, d’un·e accompagnateurice est prise en charge par le programme. Cet ensemble de frais liés aux besoins spécifiques de l’étudiant·e est pris en charge sur la base des frais réels tels qu’estimés par l’établissement d’origine. Il est donc indispensable de bien répertorier et budgéter tout ce qui est nécessaire avant de partir en mobilité.

Ce financement complémentaire peut ainsi prendre en charge une pluralité de besoins, notamment :

  • la rémunération d’un·e auxiliaire de vie ;
  • la prise en charge financière du suivi médical ;
  • les coûts supplémentaires induits par la nécessité d’un hébergement adapté ;
  • la mise en place d’un transport adapté à l’étudiant·e ;
  • les supports et matériels pédagogiques nécessaires.

Le mieux est de se rapprocher rapidement du service de relations internationales de son établissement d’origine, qui a la maîtrise d’une partie du processus. Il faudra prendre garde à toujours garder tous les justificatifs de dépenses, car à la fin de la mobilité, le montant dépensé par l’étudiant·e et le montant alloué par le programme Erasmus+ seront vérifiés. En général, 80 % de la somme nécessaire pour couvrir les adaptations liées au handicap est versée avant le départ ; les 20% à la fin ; cela permet d’adapter le montant alloué car ne sont remboursés que les frais réellement exposés. La demande d’allocation complémentaire doit être faite au minimum un mois avant le départ en mobilité.

Être en situation de handicap et réaliser une mobilité à l’étranger, c’est possible ! Beaucoup d’anticipation et de préparation sont nécessaires, pour un projet qui en vaut le coup.

Ressources utiles