À l’occasion de la journée mondiale des sourd·es, nous avons voulu marquer le coup avec un sujet épineux : la question de l’identité des personnes handicapées dans une société validiste. Ce sujet mérite à lui seul une série d’articles, voire une thèse. Nous nous arrêterons aujourd’hui sur la différence entre « handicapé·e » et « en situation de handicap ». Pourquoi certaines personnes préfèrent un terme plus que l’autre ? À quels paradigmes renvoient-ils ? Découvrons-le ensemble !

Point validisme : quelle place hors de la norme ?

Tout d’abord, rappelons quelques bases. Le validisme, au même titre que le sexisme ou le racisme, est une oppression systémique. Cela veut dire que notre société, de manière plus ou moins consciente, oppresse les personnes handicapées. L’oppression peut prendre diverses formes. La plus connue reste l’oubli systématique des besoins des personnes en situation de handicap. Pour contrer ces oublis, il existe plusieurs lois, notamment en ce qui concerne l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite dans les bâtiments publics. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont respectées à la lettre…

Mais le handicap ne se résume pas aux personnes en fauteuil roulant, bien au contraire. « Handicap » est un terme parapluie pour désigner tou·tes celleux qui ne rentrent pas dans la norme des « valides », c’est à dire les personnes sans problème de santé au long cours. Et encore, cette définition est biaisée, puisqu’il est tout à fait possible d’être en situation de handicap, et en excellente santé. La rédactrice de cet article est malentendante mais ne tombe malade qu’une fois l’an, merci bien.

La société s’évertue donc à nous faire comprendre que nous ne sommes pas dans la norme. Des regards appuyés sur les handicaps visibles au dénigrement des handicaps invisibles, nous ne serions pas les bienvenu·es dans cet espace valide. Dans ce contexte hostile, comment pouvons nous trouver notre place ? Quelle identité peut être réclamée ? Loin des clichés, près de la réalité, penchons nous sur la sémantique.

La différence entre « handicapé·e » et « en situation de handicap »

Source principale : I’m “Special” de Jessica Kellgren-Fozard ENG/ST

Pour certaines personnes, le terme « personne handicapée » est profondément problématique. En effet, il existe communément deux grandes position sur le handicap, qui dépendent de chaque personne. La différence réside dans le focus accordé au handicap. Est-ce que c’est une simple caractéristique physique, au même titre que ma couleur de cheveux ; ou est-ce que c’est une part plus profonde de mon identité, comme mon genre ?

Dans le cas d’une préférence pour le handicap en tant qu’identité, on a plus tendance à utiliser le terme comme un nom : « Je suis handicapé·e » est donc prononcé avec la même forme sémantique que « Je suis bisexuel·le », ou que « Je suis une femme ». Cette forme dénote que le handicap est une part très importante de la vie de læ locuteurice.

En revanche « être en situation de handicap », met l’accent sur la situation, et place le handicap en seconde position par rapport à l’identité. Ce qui est logique dans une société validiste. Certaines personnes choisissent « en situation de handicap » pour accentuer le manque d’accessibilité de la société, que nous évoquions plus haut. Cependant, bien des personnes handicapées réfutent ce terme. « En situation de handicap » semble pour elles n’être qu’un euphémisme utilisé par des personnes valides trop précautionneuses. D’autres arguent qu’elles sont tout aussi handicapées chez elles que dans un espace public, et que par conséquent, l’adjectif situationnel n’a que peu de sens.

D’autres expressions langagières existent pour parler de personnes handicapées, parfois importées de l’anglais. Jessica Kellgren-Fozard l’évoque en particulier dans la vidéo plus haut, en expliquant pourquoi le terme « spécial » lui hérisse le poil.
Un dernier conseil pour la route ? Ne parlez jamais, au grand jamais, des « handicapé·es ». C’est essentialisant et très rabaissant. On parle de « personnes handicapées », ou de « personnes en situation de handicap ».

Si vous êtes une personne handicapée, le choix de la dénomination vous revient. Ne laissez personne vous dire le contraire, ou choisir à votre place. Votre handicap, vos mots.
Si vous êtes valide, ne mettez pas les pieds dans le plat : demandez ! Et si votre interlocuteurice n’a pas de préférence, cela ne veut pas dire que c’est le cas de toutes les personnes handicapées.