Aujourd’hui, c’est conseils et soutien pour les personnes subissant harcèlement et agressions sexuel·les dans leur milieu professionnel.

L’affaire Baupin, en mai 2016, a mis en lumière le harcèlement et les agressions sexuel·les en milieu professionnel. De plus en plus de professionnel·les ouvrent les vannes et les femmes témoignent de leur vécu et leur quotidien, que ce soit chez les avocates, les collaboratrices d’élu·es ou dans les métiers du dessin animé. Mais il ne s’agit que d’une première étape ; la suivante consiste en une réaction face à ces comportements sexistes. Loin de moi l’idée de vous imposer quoi que ce soit, ou de vous culpabiliser quant à vos réactions actuelles, il sera seulement ici question de pistes émises pour réagir en tant qu’individu·e [1], du point de vue psychologique et juridique (le cas échéant).

Si vous avez le moindre doute, voici un tableau qui peut vous aider à reconnaître et distinguer le harcèlement et l’agression sexuel·le (merci Paye Ta Shnek) :

Tableau provenant du site payetaschnek.tumblr.com qui explique la différence entre la drague et le harcèlement en milieu professionnel.

Tableau provenant du site payetashnek.tumblr.com qui explique la différence entre la drague et le harcèlement en milieu professionnel.

Nous vous recommandons également le site Stop Harcèlement Sexuel mis en place par le gouvernement.

Dénoncer la personne concernée n’est pas toujours la solution la plus évidente et la plus facile qui soit. Se dire « s’il me dit/fait ça, c’est que j’y suis pour quelque chose » est malheureusement un syndrome de culpabilisation fréquent. Il faut permettre à la victime de comprendre qu’elle est victime : c’est un travail psychologique primordial, qui permet ensuite de prendre les armes. Prendre un certain recul est nécessaire, car c’est souvent en quittant le milieu agressif ou les personnes concernées que l’on se rend compte de la force des remarques et du harcèlement. La première étape est donc bien de mettre un mot sur ce que l’on vit. Et pour cela, mieux vaut écouter son ressenti : le fait d’être gêné·e ou d’être mal à l’aise, même sans savoir exactement pourquoi, suffit à montrer qu’il y a situation abusive. La gêne sert de signal.

Une fois que l’on a identifié un cas de harcèlement sexuel, chercher un soutien est primordial, autant au niveau psychologique que juridique. On peut demander à ses collègues s’iels ont observé le comportement du harceleur, envers soi mais aussi envers d’autres personnes. Plus vous serez nombreuxes, plus vous aurez de poids. Une première solution pacifiste est de faire passer le mot dans la boîte et d’en discuter avec le harceleur dès que possible. Peut-être celui-ci ne se rend-il pas compte de l’aspect offensant et oppressif de ses propos ou de ses comportements (si si, je vous jure, ça arrive ; c’est rare, mais ça arrive). Si cette démarche vous met mal à l’aise, le mieux est encore d’en référer à la hiérarchie, même si celle-ci fait mine de ne pas entendre, d’où l’intérêt du soutien de la part de collègues.

Les soeurs Quann prêtes à se défendre, armées de l'épée et du bouclier de Rose Quartz

Les soeurs Quann prêtes à se défendre, armées de l’épée et du bouclier de Rose Quartz.

Il faut aussi savoir que les médecien·nes du travail sont censé·es être formé·es à ce genre de situation et peuvent intervenir auprès de l’entreprise pour appuyer les propos de la victime. Iels ont souvent plus de poids en tant que professionnel·les de santé et personnes extérieures à l’entreprise en question. Cela peut amener à une inspection du travail et se faire de façon anonyme. Si l’on veut pouvoir prouver ses dires, ce qui nous est malheureusement souvent demandé (puisque notre parole ne semble pas suffire), il faut surtout conserver tout échange par écrit (mail notamment) avec le harceleur pouvant soutenir votre propos. De même, n’hésitez pas à lui demander explicitement à l’écrit de cesser son comportement. Le mail peut permettre de libérer la parole, sans être formel.

Si la confrontation orale, écrite, voire en groupe, ne change pas le comportement de la (ou des) personne(s) et si votre hiérarchie ne prend aucune mesure après que vous lui ayez fait part du problème, il est toujours possible de faire appel aux prud’hommes, ou du moins d’en menacer l’entreprise afin que celle-ci réagisse. Tant que possible, il faut éviter d’en arriver à un procès [2], pour deux raisons : psychologiquement, ce n’est anodin pour personne d’engager un procès. Si on peut l’éviter, c’est plus évident pour une personne ayant subi outrages et agressions, d’un point de vue thérapeutique. Le temps du procès fixe et creuse la souffrance, l’évènement traumatisant. L’autre raison est bien plus vicieuse : les plus coupables sont souvent les plus violents en défense dans la justice, pour diffamation notamment. Même lorsque les témoignages sont multiples, on est sur le terrain du ressenti, d’où la difficulté de faire reconnaître ces agissements auprès d’un tribunal.

Ces quelques idées jetées ça et là, à l’aide d’une avocate du barreau de Paris spécialiste de la question et d’une psychologue, ne résoudront pas le sexisme dans les milieux professionnels mais donneront peut-être quelques clefs aux victimes afin que celles-ci ne soient plus démunies face à un harcèlement sexuel.
[1]  Même si le sexisme est largement institutionnalisé et qu’il faudrait des réactions de la part du gouvernement, au-delà de celles des individu·es concerné·es.

[2]  Les précisions juridiques sont directement tirées des propos et vérifications faites par une avocate du barreau de Paris spécialiste de la question des plaintes pour harcèlements et agressions sexuel·les.