Halloween approche à grands pas, et vous êtes féru·e de costumes ! Que celui-ci soit préparé minutieusement depuis le mois de juillet ou que ce soit une tenue fournie clé-en-main par Internet et achetée en urgence le 26 octobre, il y a tout de même quelques précautions à prendre pour ne pas « fauter » dans le choix de votre déguisement.

Ectoplasme & Spectre du Genre

Lorsque l’on est une personne cisgenre, il peut être très tentant de chercher à se travestir pour la fête des défunt·es. C’est un costume accessible, facile à faire si vous avez des ami·es d’un autre genre et qui font à peu près votre pointure. Mais est-ce réellement une riche idée ?

À l’heure où la mode du drag explose en France, et où la célèbre émission de RuPaul [‘s Drag Race] est intégralement accessible sur Netflix, il demeure intéressant de se poser la question de l’angle recherché par notre costume festif.
Il est loin d’être interdit de jouer avec les codes du genre, et de vouloir explorer d’autres côtés du spectre, tant que cela est fait avec respect et bienveillance.

Il est d’ailleurs établi que le principe même de faire fléchir les rôles et codes du genre est une activité parfaitement acceptable, et qu’ainsi les fêtes costumées, et notamment Halloween, en sont les parfaites occasions. Il est donc tout à fait envisageable de se déguiser en James Bond si vous êtes une fille, ou encore de ne pas se limiter aux seuls rôles d’hommes de fiction si vous êtes un garçon.

En revanche, l’action se déguiser en une personne transgenre, même dite « publique », pour la simple et unique raison que cette personne est transgenre, est une très mauvaise idée. Ce n’est pas amusant, ce n’est pas respectueux. Il y a bien des façons de rendre hommage à des personnes publiquement transgenres, mais choisir de les incarner pour Halloween n’en est pas une. Cette dernière affirmation peut paraître insistante, mais force est de constater que si encore l’an passé, on pouvait trouver en ligne des costumes tout prêt de Caitlyn Jenner, c’est que le sujet n’est pas si évident pour tout le monde.

Les soirées à thème sur la transidentité sont un grand classique des BDE d’écoles de commerce (ou d’ingénieurs, ou… de l’ensemble des étudiant·es en fait), et ce n’est pas acceptable. Il n’est pas possible en 2019 de ne pas être conscient·es des implications. Il est bien aisé de trouver les choses inoffensives et les aborder avec légèreté lorsque le sujet ne nous concerne pas immédiatement. Cependant, avec toutes les informations à notre portée, avec tous les efforts d’éducation et de sensibilisation déployés par les personnes concernées, l’ignorance n’est plus une excuse valable.

Pour prendre un exemple très concret, connaissez-vous la différence entre Conchita Wurst et son pendant « parodique » créé par Florent Peyre [1] ? C’est très simple : l’une fait preuve de retenue et d’égards envers la communauté LGBT+, tandis que l’autre se vautre dans une indécence crasse et vulgaire.

Il est d’ailleurs important de préciser que la gagnante de l’Eurovision de 2014 n’est pas transgenre, mais qu’elle est en revanche une performance, un personnage de scène, une drag-queen ; mais que la confusion dans les médias à l’époque de sa victoire n’a pas beaucoup aidé à créer une norme de respect dans l’esprit des spectateurices.

La différence est pourtant assez simple : à la fin de sa prestation, quand elle rentre chez elle, la drag-queen se démaquille et quitte son personnage scénique, pour revenir à sa civilité, généralement masculine. Il en va de même pour les drag-kings qui sont généralement des individu·es se considérant féminin·es en dehors de leur performance. À l’inverse, une personne transgenre l’est en permanence, elle n’incarne pas quelqu’un d’autre au travers de sa transidentité. Si le transformisme consiste à performer une identité qui n’est pas la sienne, et ainsi à réduire celle ci à un simple déguisement, la transidentité au contraire, ne se limite pas aux seuls vêtements, et se contente d’embrasser sa modeste réalité identitaire.

Il est bien aisé de trouver les choses inoffensives et les aborder avec légèreté, lorsque le sujet ne nous concerne pas immédiatement.

Quoi qu’il en soit, pour ne tomber ni dans le sexisme, ni dans la transphobie en enfilant un costume d’un autre genre que le sien, le secret réside dans l’humilité avec laquelle on enfile ce costume. Il convient de se rappeler que la transidentité n’est ni une blague, ni une idée géniale de déguisement.

C’est une réalité quotidienne pour beaucoup de personnes, qui traversent déjà suffisamment de difficultés dans leurs vies de tous les jours, pour ne pas avoir à subir la fête d’Halloween, en plus du reste.

[1] La vidéo de « l’humoriste » en question étant particulièrement violente de transphobie, nous vous en déconseillons fortement le visionnage