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La dyspareunie. Un joli nom médical pour un problème physique qui m’a pourri la vie pendant plusieurs années, au point de me faire détester mon corps. Entre incompréhension du corps médical, partenaires culpabilisants et haine de soi, laissez-moi vous raconter mon petit parcours de læ combattant·e vers une vie sexuelle épanouie.

Tout d’abord, la dyspareunie, qu’est-ce que c’est ? C’est une affection qui cause de fortes douleurs pendant un rapport sexuel qui implique une pénétration. Il existe différents degrés, et j’ai vite compris que j’avais le plus haut, celui qui se rapproche le plus du vaginisme. En tant que femme cis, j’ai été élevée dans la croyance que le premier rapport sexuel est forcément douloureux. Je n’avais qu’une vague idée du concept des préliminaires, qui pour moi n’avaient que pour seul but de préparer à la sacro-sainte pénétration d’un pénis dans mon vagin. À l’aube de ma première relation sexuelle, je ne savais rien de mon corps. Tout ce que je savais, c’est que j’avais un clitoris, un vagin, et que j’allais avoir mal. Ce que je ne savais pas, c’est que j’avais un périnée. Ce que je ne savais pas non plus, c’est que je redoutais tellement la douleur que mon subconscient allait assimiler la pénétration à la peur, puis à la douleur.

Ma première fois a donc été un cauchemar. J’aimais énormément mon partenaire, nous étions jeunes et c’était aussi sa première fois. La douleur a été indescriptible. Mon partenaire n’a pas réussi à me pénétrer, j’étais au bord des larmes, avec l’impression d’être écartelée, que la douleur allait me tuer. Nous avons tout arrêté. Puis réessayé quelques jours plus tard. Même résultat. Et ainsi de suite. Nous avons complètement abandonné, moi par peur d’avoir mal, lui par peur de me faire mal. Cela ne nous a pas empêché d’avoir une vie sexuelle saine par la suite mais la pénétration était devenue un sujet tabou. J’en avais envie, mais j’avais peur de ressentir encore cette effroyable douleur.

J’en ai parlé à mon médecin généraliste qui m’a totalement écoutée et soutenue. Il m’a orientée vers un gynécologue (le premier d’une longue série) pour faire un bilan et tenter de découvrir la cause du problème. Après plusieurs mois d’attente, j’ai enfin eu un rendez-vous. Le gynéco n’était pas très compréhensif. Je n’étais pas du tout à l’aise et il n’a rien fait pour y remédier. Au moment de l’examen, il m’a demandé de me déshabiller mais n’a pas attendu que j’ai fini pour rentrer de nouveau dans la partie de la salle réservée à l’examen. Il m’examine et de nouveau, grosse douleur, impossible de m’ausculter avec le spéculum. Fin de l’examen, il m’annonce que c’est le bord de mon vagin qui est trop sensible. Normal pour une jeune fille de 16 ans, « ça va passer au fil des rapports ». Pour lui je suis donc une chochotte et je dois me forcer à avoir des rapports douloureux, parce qu’au bout d’un moment, ça ira mieux. Génial. Je suis démoralisée. J’aborde aussi avec lui la question de ma contraception. Je suis sous pilule micro dosée depuis mes 14 ans à cause de règles trop abondantes et douloureuses. Ce format-là ne me convient plus, j’oublie régulièrement ma pilule et je voudrais un implant. Et là, deux choses se passent. Il m’explique que si mon vagin est si sensible c’est à cause des hormones de la pilule, que je n’aurais peut-être pas dû la prendre aussi tôt, que, une fois de plus, je suis sûrement un peu chochotte. Ensuite, il refuse de me prescrire l’implant. Pourquoi ? Je ne sais pas, il ne donne aucune raison. Il finit par céder face à mon insistance, mais j’ai dû batailler ferme pour avoir le choix de ma contraception.

Quelques temps plus tard, je me sépare de mon copain, pour une foultitude de raisons sans lien avec ma dyspareunie. Parce que oui, ce que je fais, c’est de la dyspareunie. Personne ne me l’a dit ouvertement, j’ai du faire mes propres recherches pour découvrir le terme. Retour chez mon généraliste, qui m’envoie vers un autre gynécologue. Celui-ci est aussi sexologue, peut être comprendra-t-on enfin ce qu’il m’arrive ? Et non. Je ne décris pas la consultation en détail, mais ce fut 40 douloureuses minutes où un professionnel de santé engueule une ado de 17 ans parce qu’elle ne connaît pas bien son corps et n’est pas capable de décontracter son périnée sur commande. J’étais censée retourner le voir mais je n’ai jamais remis les pieds là-bas. Comme traitement, le sexologue préconisait l’utilisation de dilatateurs vaginaux. Il aurait donc fallu que je retourne le voir toutes les deux semaines pour qu’il m’insère dans le vagin des dilatateurs de plus en plus gros. C’était hors de question, je savais que si je faisais ça, j’allais finir de me traumatiser de la pénétration.

Complètement dégoûtée par les praticiens que j’avais vu, j’ai abandonné. Je me suis résignée à avoir une activité sexuelle sans pénétration. Je me détestais pour ça. L’éducation sexuelle que j’avais reçue sacralisait complètement la pénétration vaginale et si je ne pouvais pas faire ça, je ne pouvais donc pas avoir de vie sexuelle. Pourtant, j’avais toujours envie d’avoir des rapports, moi ! J’ai eu la malchance de tomber trois fois de suite sur des partenaires qui m’ont encore plus culpabilisée. « Mais c’est pas normal ! », « Tu devrais voir un médecin », « T’es sûre que tu veux pas essayer quand même ? », « Je suis doux, moi, je vais pas te faire de mal », « Pfff, ton premier partenaire t’a fait mal ? Il devait être nul !», « Qu’est ce que t’es douillette quand même ». Ils voulaient tous un rapport avec pénétration vaginale, parce que « sinon, c’est pas du sexe ». Je me suis mise à angoisser. Quand je flirtais avec un homme, j’appréhendais l’après. J’avais peur, peur de sa réaction, peur de la douleur, peur de me forcer.

Lassée d’avoir peur, je suis une fois de plus allée voir mon généraliste. J’avais 18 ans, et cela faisait 3 ans que cette peur et cette douleur planaient autour de ma vie sexuelle. Mon médecin a décidé, avec mon consentement, de m’ausculter. Il a fait attention à mon corps, à ma peur et y est allé très doucement, en m’expliquant tous ses gestes, en me montrant ce qu’il faisait et ce qu’il utilisait. J’ai eu mal, il a immédiatement arrêté. C’était la première fois qu’on faisait autant attention à moi pendant un examen gynéco. Il n’a rien décelé d’anormal physiquement. C’est-à-dire que mon vagin et ma vulve étaient correctement formé·e·s, que ma lubrification naturelle était suffisante, que je n’avais pas de blessure interne. Je lui ai parlé de la dyspareunie, il a confirmé mon auto diagnostic. Pour être sûr et pour trouver des solutions, il m’a de nouveau envoyé vers un sexologue bis et une troisième gynécologue. Le sexologue a confirmé le diagnostic, sans m’ausculter. Pour lui, cela ne servait à rien de m’infliger de la douleur pour rien, et que ce que je lui racontais ne pouvait être que de la dyspareunie. Pas du vaginisme, parce que j’arrivais quand même, douloureusement, mais quand même, à mettre des tampons. Il m’a montré un site Internet pour commander des dilatateurs vaginaux. Oui, oui, les mêmes que ceux que voulait utiliser Creepy Sexologue mais cette fois-ci, c’était à moi de me débrouiller. J’ai eu en plus des exercices de rééducation périnéale à faire, pour apprivoiser ce muscle qui me pourrissait la vie. Je ne suis retournée le voir qu’une fois, parce que j’ai réussi à me débrouiller seule avec les dilatateurs. Quelque temps plus tard, je suis allée voir la gynécologue, 3ème de la liste. C’était une femme et elle a tout de suite été compréhensive. Elle a été la première professionnelle de santé à me dire que le sexe ne se résumait pas à la pénétration. Avec le temps, je l’avais appris, mais l’entendre de la bouche d’une médecin, ça change tout. Elle m’a auscultée, avec de la douleur, mais moins que d’habitude. Elle s’y est pris de manière douce mais ferme et j’ai pu avoir mon premier examen gynéco complet. Pour m’aider à vaincre ma dyspareunie elle m’a dit « Achetez vous un sextoy. Utilisez vos doigts. Faites ce que vous voulez, quand vous voulez et découvrez votre corps sans vous mettre la pression ». Mine de rien, c’est le meilleur conseil que l’on m’ait jamais donné de toute mon errance médicale !

Et maintenant ? Et bien j’ai appliqué le conseil de la gynéco. J’ai pris mon temps avec les dilatateurs vaginaux, j’ai appris à contrôler mon périnée. Aujourd’hui il m’arrive encore d’avoir mal, et la peur et la culpabilité sont loin d’être totalement vaincues, mais je vais mieux.