Le locavorisme (néologisme formé à partir du mot base « local » et du suffixe « -vore » qui signifie « qui mange ») est un mouvement et un mode de consommation qui privilégie les produits (fruits, légumes, produits animaux…) provenant d’un rayon restreint autour du domicile.

Le locavorisme est en réalité la redécouverte d’un système de consommation directe que l’on avait oublié depuis les Trente Glorieuses, âge d’or des grandes surfaces et autres supermarchés. Autrefois symboles de progrès, ils ont poussé comme des champignons, promettant toujours plus de choix et de praticité. Il s’agit donc d’un mode de consommation « rétro » en quelque sorte, même si à cette époque il ne portait pas le doux nom de « locavorisme », puisqu’il était la norme (tout comme l’agriculture sans pesticides que l’on appelle aujourd’hui « bio »). Il s’agissait d’une manière de consommer « évidente », une évidence due notamment au fait que le choix de consommer « non-locavore », en dehors des champs environnants n’existait pas ou peu.

Le locavorisme peut apparaître comme une simple tendance, mais le cercle vertueux qu’il engendre pourrait faire de ce mouvement (encore marginal, même s’il croît) un mode de consommation pérenne et non « alternatif » comme c’est le cas aujourd’hui. Attention tout de même à l’effet de tendance qui pousse les grandes surfaces et les grandes marques à revêtir une image « verte » en parlant de proximité et de produits locaux à tout va. Même si ces enseignes prétendent avoir les meilleures intentions, il ne faut pas oublier qu’elles restent des intermédiaires entre læ producteurice et læ consommateurice. La meilleure façon de consommer locavore est de s’informer ainsi que de se fournir directement (ou presque) auprès des producteurices, qui connaissent leurs produits mieux que personne et qui reçoivent une juste rémunération pour leur travail, directement de votre poche. Même s’il faut éviter les généralités utopistes et penser que cette pratique est accessible à tou·tes, nous allons voir dans cet article que le locavorisme est à la portée du plus grand nombre !

Le greenwashing, écoblanchiment ou verdissage désigne un procédé de marketing et de communication qui a pour but de donner une image publique d’acteurice pour l’environnement. Une entreprise, un grand groupe, une multinationale dont les activités polluent va essayer de redorer son image en se « verdissant » pour tromper l’opinion publique et læ consommateurice.

Aujourd’hui, les consommateurices se méfient à juste titre des intermédiaires. Rappelons-nous les crises alimentaires comme celle de la vache folle ou d’autres scandales qui ont entaché la confiance qu’iels leur portaient, tels que les lasagnes à la viande de cheval (une viande ayant fait le tour de l’Europe et que l’on faisait passer pour du bœuf). C’est cette méfiance, entre autres, qui a poussé à la redécouverte d’un mode de consommation de proximité.

Le cercle vertueux du locavorisme

Les avantages du locavorisme sont nombreux et liés entre eux jusqu’à former un cercle vertueux. Tout d’abord, le locavorisme permet de limiter le gaspillage : moins il y a d’intermédiaires et de kilomètres parcourus, plus on limite le gaspillage car les produits qui voyagent s’abîment et se gâtent plus facilement.

Il s’agit aussi d’encourager l’économie locale : rapprocher producteurices et consommateurices en éliminant les médiations qui ne font qu’augmenter le prix d’un produit brut.

Le locavorisme est une pratique écologique : faire l’économie du transport, c’est faire l’économie de produits phytosanitaires et des pesticides qui sont essentiels aux modes de culture conventionnels et rendent plus fermes les produits afin qu’ils résistent au voyage. C’est aussi faire l’économie du carburant (et de ce que cela implique en termes de rejet de CO2 et de particules fines), du plastique pour les emballages et suremballages.

Le goût est un autre aspect de la consommation de proximité : les produits destinés à faire un long voyage sont cueillis alors qu’ils n’ont pas atteint leur maturation afin qu’ils ne pourrissent pas lors du trajet. Mais cette cueillette hâtive n’est pas sans conséquences sur le goût. Ici nous pouvons établir un lien avec le fait de manger de saison car un fruit ou un légume sera toujours meilleur dans son cycle naturel, lorsque toutes les conditions qu’il requiert sont réunies pour qu’il puisse pousser « normalement ».

Enfin, la santé représente un aspect non négligeable : la traçabilité et la transparence de l’origine d’un produit permet aux consommateurices d’avoir la garantie de connaître ce qu’iels mettent dans leur assiette et de savoir que ces produits ne leur causeront pas de dommage. Ainsi, les produits locaux peuvent se passer du traitement susmentionné imposé à ceux qui sont destinés à voyager, ce qui est préférable lorsqu’on on connaît la nocivité des produits utilisés. Si les producteurices se trouvant à proximité de votre domicile pratiquent en plus une agriculture biologique (ce qui est souvent le cas), c’est tout gagné !

L’inconvénient principal du locavorisme est la restriction. En effet, un mode de consommation locavore restreint les choix et les variétés disponibles. Yuna Chiffoleau, agronome à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et co-autrice de Et si on mangeait local ? (Quae, 2017), dit à ce propos : « Au début, les circuits courts, ce n’était pas drôle, ça l’est davantage. Les producteur[ice]s ont fait des efforts pour diversifier leurs productions, pour développer les légumes oubliés. »

Quelques pistes pour s’initier

Mais alors, comment consommer locavore ? Pour celleux qui ont la chance de vivre près d’un marché hebdomadaire où les producteurices viennent vendre leurs produits, la question ne se pose peut-être pas – encore faut-il être disponible aux heures de marché. Fort heureusement il existe des solutions adaptées aux contraintes de chacun·e, en voici quelques-unes.

Tout d’abord, il y a les AMAP, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne : avec 2 000 AMAP en France et 250 000 adhérent·es, il s’agit d’une garantie de produits frais de qualité et d’un revenu juste pour læ producteurice. Après un accord entre les agriculteurices et les consommateurices sur le prix et la qualité des produits, il n’y a plus qu’à récupérer son panier contenant le fruit des récoltes arrivées à maturité. Voici ce que l’on peut lire sur leur site : « La diversité est très importante car elle permet aux partenaires de l’AMAP de consommer une grande variété d’aliments, d’étendre la durée de la saison, et de limiter les risques dus aux aléas climatiques et aux éventuels problèmes sanitaires. ».

Il existe aussi « La Ruche qui dit oui ! », une start-up reposant sur le même principe de mise en relation des producteurices avec les consommateurices. À la différence des AMAP, la commande se fait en ligne et le choix des produits achetés appartient aux consommateurices. Il suffit alors de se rendre au lieu et à l’heure de distribution fixée. Contrairement aux AMAP, il n’y a pas d’engagement, læ consommateurice est libre de commander le nombre de produits qui lui convient d’une semaine sur l’autre. Pour læ producteurice, la différence est d’ordre économique : iel reverse 16,7 % de son chiffre d’affaires (hors taxes) à la start-up, contrairement à læ producteurice d’une AMAP qui touche 100 % du prix du panier vendu.

Le « Drive fermier », quant à lui, est un moteur de recherche géolocalisé qui permet aux client·es de commander à partir du site et d’aller directement récupérer leurs commandes, de la même manière. Comme avec « La Ruche qui dit oui ! », læ consommateurice ne s’engage pas, iel est libre de choisir les produits qu’iel achète et la fréquence de ses commandes. Comme nous l’a expliqué le créateur du site Éric Lesage, les réseaux de drive fermiers (dont le plus important est « Bienvenue à la ferme ») peuvent être créés par les producteurices elleux-mêmes, ou bien des entrepreneureuses. Libre donc à ces dernier·es (en accord avec les agriculteurices) de retenir une part du chiffre d’affaires généré par la vente. La rémunération directe et totale des producteurices dépend donc de chaque drive, une consultation rapide de leur site vous permettra de vous assurer du fonctionnement choisi.

Les enjeux actuels auxquels nous devons dès à présent faire face nous poussent à constamment remettre en question notre mode de consommation. Le minimalisme, le zéro déchet, le végétarisme ou le véganisme sont autant de signes que l’émergence d’une conscience est de plus en plus nécessaire et urgente. Le locavorisme s’ajoute à ces pratiques et croît parmi les multiples initiatives pour ses qualités vertueuses. La consommation est un enjeu fondamental, autant ou même plus que par le vote, c’est par l’investissement de ses euros que les citoyen·nes ont un impact sur la société et contribuent à son changement. En revanche, même si les citoyen·nes possèdent en effet ce pouvoir, ce moyen de pression, il ne doit en aucun cas devenir un argument pour les culpabiliser. L’initiative individuelle doit aussi se penser en considérant la force d’action des grandes firmes, sur lesquelles il est juste de reporter une grande partie du poids de la responsabilité.

« Every time you spend money, you’re casting a vote for the kind of world you want. » [“À chaque fois que vous dépensez de l’argent, vous votez pour le type de monde que vous voulez”]
– Anna Lappé, Diet for a hot planet: the climate crisis at the end of your fork and what you can do about it. (2010)

Sources :