Nous entrons depuis peu dans une nouvelle ère, où l’écologie et la technologie vont devoir se prendre la main pour éviter la disparition de nos écosystèmes et de notre propre espèce. Malheureusement encore vues par beaucoup comme un sujet de bobo, les mesures mises en place en France pour limiter la pollution atmosphérique, la production énergétique polluante, les déchets, etc. ne sont que partielles, voire pour certain·es une simple poudre aux yeux (greenwashing, quand tu nous tiens). Démêlons alors ensemble les vraies des fausses bonnes idées écologiques du moment !

« Est-ce que l'écologie n'est pas une question de bobo ? »

Sur BFMTV, Ruth Elkrief demande : « Est-ce que l’écologie n’est pas une question de bobo ? »

Prisonniers des quatre roues

Parmi les grands débats au centre de la transition énergétique se trouve la voiture. Qu’elle soit à abandonner, à réduire, à taxer ou à modifier, nombreuses sont les solutions qui existent pour ne plus en dépendre sur le long terme. Les villes comme le gouvernement tentent cahin-caha d’adapter leurs territoires et la population urbaine grandissante au besoin croissant de déplacements, mais toutes les solutions ne se valent pas. Rappelons d’abord que la France, reine du Diesel, ne fait que peu d’efforts pour en sortir. Et si les ventes de Diesel chutent progressivement (-33 % entre 2010 et 2016), notamment grâce aux nouvelles normes antipollution (européennes), les constructeurs continuent de fabriquer des moteurs Diesel, et ce malgré le scandale ayant touché Volkswagen en 2015 (voir détails). Pour contrer ce moteur maudit, certaines communes, comme la métropole nantaise, développent leur réseau de transports en commun, mais le plus efficace reste jusqu’à présent les péages urbains, comme à Londres.

Malheureusement, la France a un sacré train de retard sur ses voisins anglo-saxons. Prenons l’exemple de l’Île-de-France (pas représentatif des habitudes nationales cela dit, mais très bien renseigné). Plusieurs études tendent à démontrer que la majorité des automobilistes provient des zones aux revenus les plus élevés et que nombre de déplacements en voiture sont professionnels (à différencier des métiers nécessitant des déplacements fréquents et des transporteurs). Et que fait la région parisienne pour endiguer les embouteillages, la pollution sonore et atmosphérique produites ? Elle met en place la vignette Crit’Air.

Exemples de vignettes Crit’Air.

Exemples de vignettes Crit’Air.

L’exemple de Crit’Air

Cette nouvelle coquetterie environnementale va dans le sens de la politique de Ségolène Royal qui ne veut pas d’une écologie punitive et préfère encourager les particulier·es. Mais il n’y a en réalité que peu de contrôle aux portes de Paris (où la vignette est mise en circulation) et il ne semble pas qu’une augmentation de policiers routiers soit prévue. Une vignette qui, de plus, n’exclut pas les véhicules roulant au Diesel et inclut même les plus récents d’entre eux (sortis après 2011) dans la liste de ceux pouvant circuler en ZCR (Zone de Circulation Restreinte). Enfin, les 68 € d’amende prévus récoltés par la police routière iront dans les poches de l’État sans pour autant qu’on soit assuré·es qu’elles servent, comme en Suède, à l’aide au développement des transports en commun propres. Car encore une fois, c’est bien une question d’échelle qui se pose, comme il en était question dans notre article sur la culpabilisation écologique, on pousse læ particulier·e à un important nombre d’efforts mais ceux-ci sont réduits à bien peu de choses puisque derrière, ses efforts ne sont ni traités de manière plus globale, ni utilisés comme poussée d’action écologique.

Mais ne faudrait-il pas, à long terme, prévoir une politique de réaménagement du territoire, qui ne tourne plus autour de nos véhicules à quatre roues ? Nous savons déjà que les populations vont continuer à se motoriser dans les années à venir, et que certain·es de nos politiques actuel·les préfèrent fermer des lignes de train pour favoriser le trafic routier ainsi que supprimer la gratuité des transports en cas de pic de pollution. Les exemples d’initiatives, qu’elles soient citoyennes ou nationales, ne manquent pourtant pas : du télétravail au covoiturage d’un côté, et de la redéfinition de nos zones urbaines et de l’utilisation propre de nos routes de l’autre. Encore faudrait-il que des moyens financiers conséquents soient mis en œuvre par nos communes et gouvernements, pour que nous envisagions différemment nos déplacements. Aux vues des dernières primaires, il est cependant peu probable que l’écologie et la transition énergétique soient au cœur des prochaines décisions politiques.

Logo nucléaire sur une photo de centrale.

Vue de l’intérieur d’une cheminée nucléaire avec le symbole nucléaire en transparence sur les nuages.

Nucléaire mon amour

Si l’on parle d’énergie, il faut également parler du nucléaire. S’il y a bien une politique sur laquelle la France voit au long terme, c’est la production atomique. Le pays n’a d’ailleurs pas trop le choix vu le coût initial d’une centrale nucléaire. Les quelques 19 centrales françaises et leurs 58 réacteurs nucléaires produisent 77 % de l’énergie électrique de la métropole (en 2014). Championne du monde de ce type de production derrière les États-Unis, il est difficile pour la France de tourner le dos à cette production à faible coût d’exploitation, d’autant que le démantèlement des centrales est un procédé extrêmement long et onéreux. EDF a récemment été épinglée pour avoir sous-estimé le budget et le temps nécessaires à ces déconstructions de sites, comme à Fessenheim, plus vieille usine à atomes française, dont la fermeture a été décidée fin janvier 2017. La cerise sur le gâteau étant qu’EDF peine, en parallèle, à terminer sa nouvelle centrale à Flamanville. Cette dernière est particulièrement controversée du fait de son lieu de construction (au bord de la Manche), de la qualité des matériaux utilisés menaçant la sécurité du site, de son coût démesuré, multiplié par trois depuis le démarrage des travaux. La question se pose également sur la nécessité de construire une énième centrale à une époque où le bon sens serait plutôt de se tourner vers les énergies renouvelables.

EDF étant en outre contrôlée à 85 % par l’État, l’entreprise devrait être une actrice majeure de la transition, ne serait-ce qu’à cause des conséquences court et moyen-termistes du nucléaire telles que le traitement des déchets, les risques d’incident (comme à Tricastin), le coût monstrueux de la gestion du parc français, etc. Là où EDF devrait miser sur de nouvelles sources propres, la société propose de construire de nouveaux réacteurs alors que les anciens ne sont pas même encore démantelés. Elle semble oublier que la loi sur la transition énergétique suppose l’arrêt d’une quinzaine de réacteurs d’ici 2025 pour atteindre les 50 % d’électricité produite par le nucléaire sur le territoire français. Des initiatives, parfois encore à l’état de test, comme les routes solaires, ou en cours d’amélioration, comme le parc éolien, ainsi que d’importantes rénovations de bâtiments, pour l’isolation de ceux-ci, permettraient à la fois de produire propre et de réduire notre facture énergétique.

Vue aérienne d’une ville de nuit.

Vue aérienne d’une ville de nuit.

Chauffages et éclairages du feu de Dieu

Importants acteurs de notre production énergétique, chauffages et éclairages ne sont pas encore considérés comme suffisamment impactants par l’État pour qu’il leur accorde le budget de mise à jour nécessaire. Les récents pics de pollution en Île-de-France, mais également à Lyon, Grenoble et dans d’autres grandes villes européennes, ne sont pas uniquement dus aux conditions météorologiques ou au trafic routier de nos métropoles (même si ceux-ci ont un sacré impact sur la qualité de l’air). Parmi les premiers responsables, nos radiateurs, cheminées et poêles sont de très gros·ses consommateurices d’énergie. Les premiers car leur consommation subitement augmentée par la vague de froid a demandé une production énergétique supplémentaire, en partie via une « valorisation » des déchets (comprenez un gros incinérateur dans lequel on balance un peu de tout) particulièrement polluante. Les second·es car le chauffage au bois est un important émetteur de micro-particules et qu’il se révèle particulièrement apprécié pour son moindre coût.

Mais plutôt que de se lancer dans une politique de rénovation long-termiste dont nous parlions plus haut, il nous est conseillé de baisser le chauffage (et de nous peler les fesses en silence). Il en va de même pour l’éclairage public et des jolis lampadaires à lumière orangée, au tungstène, très voraces en énergie, qui pourraient être remplacés par des LED. Une politique globale d’efficacité de production (moins de pertes d’énergie dans son transport) et de consommation (qui a déjà commencé puisque l’électrique baisse depuis 2010) permettrait une chute radicale des besoins énergétiques et donc une transition plus douce. Mais l’importance des coûts à engager dans une telle démarche semble refroidir l’État qui n’offre aucune alternative aux entreprises et aux particulier·es (si ce n’est un crédit d’impôt peu réaliste qu’il ne cesse de vanter) pour entamer une transition énergétique durable. Pourtant, ce ne sont pas les chiffres et les études qui manquent : Greenpeace pointe régulièrement du doigt l’ingérence d’EDF et l’association NégaWatt a récemment proposé une porte de sortie atteignable et complète, à 100 % de renouvelables et zéro émissions nettes en 2050. Nous attendons cependant toujours que le ministère de l’Environnement, ainsi que nos élu·es localaux, régionalaux et nationalaux se prennent par la main et ouvrent les yeux, au-delà de l’horizon étriqué de leur mandat.

La transition énergétique touche bien entendu d’autres domaines, tels que l’alimentation, le secteur industriel, notre gestion de nos territoires marins, et si elle n’est pas au cœur des ambitions politiques actuelles, elle n’en a pas moins d’importance dans notre avenir proche. Si l’État peine à mettre la main à la pâte, montrons-lui l’exemple en favorisant à nos échelles les projets propres, ne serait-ce que dans nos communes, dans nos bureaux, dans nos supermarchés. Et si nos politiques semblent attendre que nos villes finissent enfumées comme Beijing, qu’une centrale nous pète au nez et que nous ne puissions plus ni nous nourrir ni nous chauffer, faisons-leur entendre nos voix et nos idées pour un monde plus vert, plus propre, plus propice à notre survie.