Au théâtre, comme partout, le travail des femmes est moins visible. Nous l’évoquons régulièrement ici, et notamment dans la série des Femmes de théâtre. Aujourd’hui, nous vous invitons à aller découvrir l’exposition Femmes en scène, qui mettra en avant le parcours de 14 femmes du milieu théâtral d’aujourd’hui, du 8 au 11 mars à la Maison des métallos à Paris. J’ai rencontré l’équipe de l’association Les femmes derrière le rideau, à l’initiative de l’événement, et je vous propose donc de découvrir leur projet.

L’équipe de l’association Les Femmes derrière le rideau.

L’équipe de l’association Les Femmes derrière le rideau.

Ce sont 6 étudiantes de master médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle qui ont lancé le projet d’exposition Femmes en scène, dans le cadre d’un projet universitaire :

« On a eu envie de parler de femmes parce qu’on trouve qu’elles ne sont pas du tout assez représentées et assez visibles dans la société en général et dans le théâtre en particulier. Et du coup, nous on a eu envie de les mettre à l’honneur. »

 

Penda Diouf - dramaturge // Crédits : Mélanie Morice - Association Femmes en Scène.

Penda Diouf – dramaturge // Crédits : Mélanie Morice – Association Femmes en Scène.

Chargée de diffusion, comédienne, dramaturge, responsable des relations publiques, technicienne, chargée de billetterie, metteuse en scène, dramaturge, etc. : dans cette exposition, vous pourrez découvrir 14 femmes qui travaillent aujourd’hui dans le milieu du théâtre. Ce sont des visages plus ou moins célèbres qui seront présentés ici, photographiés par Mélanie Morice, avec l’envie de faire découvrir des professions parfois moins connues, et de nous amener dans les coulisses de la création théâtrale, de l’écriture de la pièce à son accueil dans une salle de spectacle. Les femmes choisies ont des parcours très différents, qu’elles ont accepté de partager afin de nous faire découvrir l’aventure collective de la création.

« Quand on a choisi les 14 femmes qu’on allait interviewer, il y avait aussi l’idée de pas interviewer 14 femmes de 30 ans qui sont blanches et qui ont fait le Conservatoire national parce que ça n’aurait pas été intéressant. »

Plusieurs thématiques y sont abordées : les parcours de ces femmes, et les préjugés que peuvent avoir les gens qui les entourent sur leur métier ; le sexisme subi ; mais aussi les autres oppressions, comme le racisme. Les profils sont plus ou moins militants, mais toutes les personnes contactées pour participer ont répondu positivement à la proposition de l’association.

Laëtitia GUÉDON – directrice des Plateaux Sauvages et metteuse en scène, compagnie 0, 10 // Crédits : Mélanie Morice - Association Femmes en Scène.

Laëtitia GUÉDON – directrice des Plateaux Sauvages et metteuse en scène, compagnie 0, 10 // Crédits : Mélanie Morice – Association Femmes en Scène.

Des extraits de leurs témoignages seront visibles sous les photographies et vous pourrez écouter directement les interviews sur des postes prévus à cet effet. Pour les personnes qui le souhaitent, des retranscriptions seront aussi disponibles.

Je leur ai demandé si le fait de se rendre compte à quel point le milieu culturel était le théâtre des mêmes oppressions que le reste de la société avait entaché leur envie d’en faire partie, elles m’ont répondu :

« Tous les milieux dans tous les domaines sont basiquement sexistes donc j’étais partie pour me battre, de base. Donc ça m’a moi aussi encouragée. On s’est dit, quand on a vu des parcours aussi différents, aussi intéressants, que finalement il y avait beaucoup de choses à faire et ça donne de l’espoir en fait. »

 

Elsa Lepoivre – comédienne, Comédie Française // Crédits : Mélanie Morice - Association Femmes en Scène.

Elsa Lepoivre – comédienne, Comédie Française // Crédits : Mélanie Morice – Association Femmes en Scène.

Nous vous proposons de découvrir quelques extraits des témoignages qui seront présentés lors de l’exposition :

Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fait du théâtre. Ma mère, qui avait voulu être comédienne et qui est ensuite devenue productrice de musique, m’a inscrite toute petite dans des ateliers de théâtre dans le XXe arrondissement et j’ai continué les cours de théâtre au lycée. À dix-huit ans, j’ai été engagée pour une adaptation de La maison de Bernada Alba. Ce spectacle a beaucoup tourné et m’a permis de rencontrer beaucoup de gens rapidement. J’ai commencé à travailler avant de me former. Je suis ensuite rentrée à l’École du studio d’Asnières, où je me suis formée en tant qu’actrice tout en continuant de travailler. En sortant de cette école, j’ai commencé à mettre en scène.
– Laeticia GUEDON, directrice des Plateaux Sauvages et metteuse en scène, compagnie 0, 10

En tant que conceptrice lumière, voyez-vous une évolution dans la place que prend la lumière dans une scénographie ?

J’ai toujours travaillé avec des metteur·ses en scène qui avaient une exigence et on a toujours beaucoup échangé là-dessus. Après, les moyens changent. Je pense que cela dépend des metteur·ses en scène, cela dépend des aventures. Parce que l’on voit encore des spectacles où la lumière est inexistante, et le spectacle se joue quand même et il est formidable, et le manque de lumière n’est pas important. Il y a des spectacles où la lumière apporte réellement quelque chose. Il faut que la collaboration soit pensée dès le début : si un·e metteur·se en scène fait son spectacle sans penser du tout à la lumière, on ne peut rien apporter parce qu’on n’a pas de place, du coup on ne fait que éclairer pour y voir.
– Stéphanie DANIEL, conceptrice lumière

Qu’avez-vous envie de défendre, de montrer à travers vos textes ?

En général, je parle de ce que je connais, de mon expérience de femme racisée en Europe, dans les pays du nord. La question de la domination et du patriarcat est un terreau dans lequel je puise beaucoup.
Je travaille aussi les question liées à notre héritage colonial. Par exemple, j’ai écrit une pièce qui s’appelle Le symbole. Le symbole est une punition, un os de mouton que les élèves doivent porter autour du cou lorsqu’ils parlent leur langue d’origine à l’école et ça se passe encore aujourd’hui en Afrique francophone. Je trouve ça incroyable que cette pratique existe encore alors que la décolonisation date des années 60.
– Penda DIOUF, dramaturge

L’exposition sera présentée à la Maison des métallos à Paris, du 8 au 11 mars. Vous pourrez la visiter de 14 h à 20 h en semaine, et de 14 h à 19 h le week-end. Un vernissage est même organisé le 8 mars de 18 h à 22 h. Et si vous ne pouvez pas vous y rendre physiquement, les différents portraits et témoignages seront disponibles sur le site internet de l’exposition ! Un catalogue regroupant toutes les photographies et les témoignages sera aussi consultable sur place.

Plus d’informations :

Le site Internet de l’exposition
L’événement facebook

Contact : lesfemmesderrierelerideau@gmail.com
06 78 86 38 74

Maison des métallos
94, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Métro : Couronnes / Parmentier