Je suis ce que l’on appelle une potterhead – une fan de Harry Potter. Harry Potter et moi c’est une histoire qui dure depuis que j’ai sept ans, quand j’ai eu l’occasion de voir le deuxième volet au cinéma. Ce fut une révélation.

Attention, cet article contient des spoilers.

Soucieuse de rattraper mon retard, je me suis dirigée vers la bibliothèque de mon école primaire et j’ai lu avec assiduité le premier tome, puis le deuxième et ainsi de suite jusqu’au quatrième. Le cinquième n’étant pas encore sorti, j’ai trompé mon impatience en les relisant tous un an plus tard. J’étais accro. Depuis, chaque livre, chaque film est attendu avec une grande fébrilité. Mon cœur n’a cessé de balancer entre les interprètes de Drago Malefoy et de Harry Potter.

Après la sortie du dernier livre, j’ai ressenti comme un vide. Chaque année, la période de mon anniversaire était bercée par le retour de la saga en librairie. Je me suis consolée en me disant qu’il y avait encore les films, mais ce n’était plus pareil. Les films, quoique fidèles, n’arrivaient pas à recréer les sensations que j’avais pu ressentir en lisant les livres.

Un jour, lors de mes pérégrinations sur Internet, je suis tombée sur une fanfiction, un Drarry (une histoire écrite par un·e fan dont le couple principal est Harry Potter et Drago Malefoy). C’était différent. Les personnages n’avaient pas le même caractère que dans les livres originaux, ce que je trouvais intéressant. Petit à petit j’ai commencé à en lire, surtout au moment où j’ai découvert le site fanfiction.net qui en recense des milliers.

La fan de la saga que j’étais s’est fait un plaisir de découvrir ces histoires où des lecteurices assidu·es comme moi changeaient les couples à l’infini, créaient de nouveaux mondes au sein de celui créé par J. K. Rowling et tant de choses encore. Au fil des années et avec ma connaissance de ce monde, mes choix ont été de plus en plus exigeants, au point que désormais rares sont les fanfictions qui attirent encore mon intérêt.

En 2015, j’ai appris qu’une pièce de théâtre reprenant les aventures de mon sorcier préféré après le tome 7 serait montée à Londres. La joie ressentie alors s’est transformée en dépit. Une pièce de théâtre ? En anglais ? Et nous alors, on fait comment ?

Photo d’une représentation de la pièce.

Photo d’une représentation de la pièce.

Vous le savez déjà, le manuscrit de la pièce a été publié. Je suis loyale à ma maison et je me suis empressée de l’acheter. Verdict ? Harry Potter et l’Enfant maudit est une fanfiction surcotée couplée à une madeleine de Proust. Les retournements de situation présents dans la pièce font sourire la lectrice de fanfictions que je suis. J’ai lu de bien meilleurs textes gratuitement ! Quelle déception après tant d’années.

Ce nouvel opus a à mon sens deux problèmes : le queerbaiting et le format pièce de théâtre.

Le queerbaiting est le fait de créer une tension érotique entre deux personnages du même genre pour attirer un public spécifique sans pour autant que le couple soit établi en tant que tel dans l’histoire. Lorsque je vois [spoiler alert] la relation entre Albus et Scorpius je ne peux que me demander si c’était délibéré ou si en tant que fan je mets ce couple ensemble car je le trouve mignon. Pour autant, je parie plus sur le queerbaiting étant donné qu’Albus ressent le besoin d’être physiquement proche de Scorpius, et qu’il déclenche chez lui une certaine jalousie lorsqu’il montre son intérêt pour une fille.

D’ailleurs, après la fin de la saga, J. K Rowling a révélé que Dumbledore était gay et qu’Hermione aurait pu être noire. Pour les fans racisé·es ou LGBT+, la pilule est amère. Manquer une opportunité de trouver des représentations dans une œuvre majeure de leur enfance aurait pu faire la différence, surtout que ces deux personnages sont particulièrement forts. Le huitième opus aurait été l’occasion de rectifier le tir. Au moins ce fut le cas avec Hermione.

Photo des acteurs de Ron, Hermione et leur fille Rose.

Photo des acteurs de Ron, Hermione et leur fille Rose.

En ce qui concerne l’écriture, le format pièce de théâtre est un vrai souci : læ lecteurice se retrouve complètement déboussolé·e à la lecture. En effet, au départ l’action est rapide, trop rapide. On passe de la 1re à la 4e année en deux pages ce qui ne nous laisse pas le temps d’apprécier les retrouvailles avec l’univers. Dans ses romans, J. K. Rowling faisait de longues descriptions nous permettant de saisir au mieux l’environnement dans lequel on se trouvait mais aussi les émotions des personnages. Retrouver Harry et les autres aurait pu être plus agréable si j’avais mieux perçu ce qu’iels ressentaient, là iels n’étaient que des étrangers vides. Harry Potter et l’Enfant maudit est plus une expérience à vivre qu’à lire.

En cette année 2016, la « magie de Poudlard » n’est pas près de s’éteindre. J. K. Rowling a annoncé la sortie de cinq films Les Animaux Fantastiques au lieu des trois précédemment annoncés ; celle de plusieurs livres racontant les origines de différentes institutions magiques ; puis il y a eu l’annonce tonitruante de l’arrivée de Johnny Depp au casting du 2e volet au cinéma et là, la coupe est pleine. J’étais ravie de la sortie de Pottermore qui m’a permis de prendre conscience de ma nature serpentarde mais mine de rien je suis fatiguée de voir une saga que j’adore être exploitée jusqu’à assèchement. J’ai l’impression qu’on nous prend pour des sacs de gallions plus qu’autre chose.

J’adore cette œuvre mais je ne veux pas la voir dénaturée dans un but commercial. Je ne suis pas naïve. Je me doute bien que si les livres ont été vendus ce n’était pas seulement pour la beauté du geste mais maintenant ça en devient grossier. Que Johnny Depp s’insère dans l’histoire ne m’enchante guère non plus. Il a été impliqué dans une histoire de violences conjugales mais s’en sort sans dommage et il peut continuer sa petite vie et sa carrière tranquille. Je n’étais pas bien chaude pour voir le film qui arrive et ça ne joue pas en faveur de celui-ci. C’est triste mais il me semble que la magie a disparu.