L’été, tout le monde n’a pas le temps d’aller au cinéma. Et pourtant, quantité de films sont sortis pendant ces deux derniers mois. Voici ceux que la rédaction vous conseille.

Patti Cake$

Premier long métrage de Geremy Casper, il raconte l’histoire de Patricia Dombrowski, aka Patti Cake$, aka Killa P, une jeune femme blanche et grosse qui cherche à percer dans le rap pour s’arracher à son New Jersey natal. Accompagnée de sa grand-mère, de son meilleur ami Jehri et de l’étrange Basterd, elle va sortir son premier EP et, elle l’espère, commencer à gravir les marches de la gloire. Même si l’histoire très prévisible rappelle les défauts de 8 Mile : c’est læ blanc·he qui se fait une place dans la culture noire – il a d’ailleurs été reproché au film de ne pas suffisamment aborder la question du racisme, et de rester dans le politiquement correct dans un climat politique qui n’y est pas propice, surtout aux États-Unis alors que les scandales racistes sont terriblement d’actualité.

Le film reste tout de même rempli d’humour, de bonne humeur et de chansons qui vous donneront des frissons, et, sorti de ce contexte, vous fera très certainement passer un bon moment.

120 battements par minute

C’est le début des années 1990, et le sida fait déjà des ravages dans le monde depuis dix ans. Les principales victimes, des personnes LGBT, meurent dans l’indifférence générale. Nathan, jeune homme gay, rejoint Act Up-Paris, une association qui milite contre le silence autour de la maladie et pour une meilleure prévention des risques liés aux rapports sexuels non protégés, à la prise de drogue, à la prostitution. Les fêtes en mode « No future » succèdent à des interventions mémorables afin de secouer l’État et l’opinion publique. Nathan est ébloui par la radicalité du mouvement et de ses membres, il va vite devenir un militant très impliqué dans celui-ci.

Ce film est bouleversant de réalisme. Il est dur à regarder, car il représente la vérité terrible d’une maladie dont on parle à demi-mot encore aujourd’hui, alors qu’elle est toujours présente. Mais il est indispensable, car il perce ce silence étouffant, tout en rendant hommage à toutes les victimes du sida et à celleux qui le combattent, et notamment Act-Up, qui vingt ans après est toujours l’un des principaux adversaires de la maladie. Allez le voir avec quelqu’un·e que vous aimez.

Et n’oubliez pas de descendre avec nous dans la rue le 1er décembre, pour la journée mondiale de la lutte contre le SIDA.

Atomic Blonde

Envoyée à Berlin dans un climat hivernal de 1989 des plus tendus, Lorraine Broughton du MI6 doit récupérer un microfilm ultra-sensible et adapter ses plans à l’agent local, David Percival. Le plot n’a en soi que peu d’importance tant c’est le casting qui fait tout l’intérêt du film. On ne pouvait en même temps pas trop en demander au réalisateur de John Wick et Dracula Untold de ce côté-là, mais on attendait beaucoup de sa part niveau baston. Ancien cascadeur, David Leitch sait rendre des scènes de combat interminables passionnément jouissives et lorsque c’est Charlize Theron qui se charge du sale boulot, c’est carrément orgasmique.

Les héroïnes badass sont encore trop peu nombreuses dans les salles de cinéma et si elles tendent à se multiplier ces dernières années, une de plus, surtout de la qualité de Theron, n’est pas à renier. Deux scènes de luttes en particulier allient comique et réalisme de manière à ce que l’on craigne et s’amuse en même temps des coups échangés à l’écran. Il faut dire que l’actrice réalise seule ses cascades et n’hésite pas à se frotter à de gros morceaux. Il est alors regrettable que son personnage ne soit pas plus fouillé, et qu’elle ne soit (un peu comme John Wick) qu’une machine à distribuer des tartes, sans état d’âme. Il n’y a que Sofia Boutella, dans son rôle d’espionne française débutant sur le terrain, qui humanise un tant soit peu le personnage dans la romance qu’elle vit avec elle.

Atomic Blonde, c’est un film bourrin, mais du bourrin soigné : l’ambiance lumineuse, les costumes, la musique, le montage sont mis au service de la baston et de l’héroïne, à laquelle il ne manque décidément qu’une histoire qui tienne la route. Pour l’espionnage, en vérité, on en oublie l’intrigue principale tant elle manque de corps.

Seven Sisters

Dans une dystopie futuriste de Tommy Wirkola durant laquelle l’humanité est en surpopulation extrême, une politique de l’enfant unique est mise en place. Les frères et sœurs sont cryogénisé·e·s en attente d’un monde meilleur. Sept sœurs, Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, et Dimanche, ont réussi à échapper au gouvernement en adoptant l’identité de Karen Settman. Leur quotidien s’effondre cependant lorsque Lundi disparaît – le titre original de l’œuvre est d’ailleurs What happened to Monday? qui se traduit par « Qu’est-ce qui est arrivé à Lundi ? ».

Les sept sœurs, toutes interprétées par l’impressionnante Noomi Rapace, ont chacunes leur apparence et leur personnalité propre dans un monde qui appelle à l’uniformité. L’intrigue suit un rythme effréné, accru par des scènes de violences crédibles et haletantes : cela fait du bien de voir des femmes se battre… comme des femmes. Suivant de près Atomic Blonde de David Leitch, on pourrait peut-être espérer une nouvelle représentation des femmes combattantes ?