Nous avons eu la chance de voir en avant-première le documentaire Warrior Women, qui sort aujourd’hui, et nous vous recommandons chaleureusement ce très beau film.

Le film nous a été fourni par la société de distribution dans le cadre de sa sortie, nous n’avons pas été payé·es pour écrire dessus et avons rédigé notre critique librement, conformément à notre charte.

Elizabeth Castle et Christina D. King nous livrent un très beau portrait de Madonna Thunder Hawk, une des figures de proue de l’American Indian Movement (AIM). Fondé à Minneapolis dans les années 1960 en réaction aux violences policières, AIM est un des mouvement « Red Power » les plus actifs. Dans les années 1970, en plus de son engagement dans AIM, Madonna Thunder Hawk co-fonde Women of All Red nation (WARN), qui se concentre sur les problèmes touchant directement les femmes natives, comme les conséquences de la pollution de leur environnement sur leur santé reproductive, ou bien les stérilisations forcées qui avaient lieu à l’époque.

« The press, they just automatically gravitated to the men. And who really know what was going on, and was really running the show, was the women! We were a movement of families. »

« Les médias ont gravité automatiquement autour des hommes. Celles qui savaient réellement ce qui se passait et qui étaient au commandes, c’étaient les femmes ! Nous étions un mouvement de familles. »

Membre des Sioux-Lakota, Madonna Thunder Hawk a vécu en direct l’annexion du territoire Lakota (Dakota du Nord) par l’homme blanc. Déracinement culturel des enfants, expropriation des natifes (dans cette région, cela représente plus de 400 000 hectares de terres perdues), destruction de l’environnement (barrages, pipeline, pollution…), racisme et violences policières ; rien ne leur a été épargné.

Warrior Women

Le documentaire regroupe beaucoup d’images d’archives, et nous présente certains moments clefs des luttes amérindiennes, comme l’occupation du Mont Rushmore en 1970 ou celle d’Alcatraz entre 1969 et 1971. Un parallèle est bien entendu fait avec le combat contre le pipeline à Standing Rock, qui a débuté en 2016. Ce sont plus de 50 ans de lutte à qui ce documentaire rend hommage.

When you want good words, invite the men. But if you want something to get done, bring the women.

Plus précisément, Warrior Women s’attarde sur la part des femmes dans ce combat : « In Indian country they say: “When you want good words, invite the men. But if you want something to get done, bring the women.” » (« En pays Indien, iels disent : “Quand vous voulez de belles paroles, invitez les hommes. Mais si vous voulez que quelque chose soit fait, amenez les femmes.” »).

Que ce soit à travers la « survival school » qui avait pour but d’apprendre le mode de vie indien aux enfants que les blanc·hes essayaient d’acculturer ou à travers des occupations comme celle de Wounded Knee en 1975, les femmes ont fait partie intégrante des luttes amérindiennes. À un homme qui lui demande si avec son école de la Survie elle ne rend pas les enfants plus indiens, moins aptes à « s’adapter à une société ouverte », elle répond « you bet. ».

« Survival of our people. Survival of our way »

« La survie de notre peuple. La survie de notre mode de vie »

La question de la transmission et de l’héritage militant sont également au centre du film. On le voit à travers l’école de la Survie, mais aussi avec la propre fille de Madonna, Marcella Gilbert, elle aussi militante. Toutes les femmes de la famille sont impliquées, et les actions militantes et les occupations sont aussi l’occasion de transmettre le savoir et les traditions aux plus jeunes générations. Qu’on ne s’y trompe pas : les militant·es autochtones sont nostalgiques d’un temps où iels étaient libres, mais iels ne veulent pas retourner à cette époque-là, iels veulent changer les choses maintenant. Iels veulent le respect de leurs droits et de leur liberté maintenant.

On connaît très peu l’histoire et les luttes des natifes américain·es en France. Ce film est l’occasion de commencer à combler nos lacunes, à travers la figure de Madonna Thunder Hawk qui, à 75 ans passés, continue sa lutte quotidienne pour les droits des sien·nes et pour ceux de leurs enfants.

TW mentions de viols, de racisme et de violences dans le documentaire.