Lors de ma dernière lecture flash, j’ai traité de deux essais édités en France aux éditions Cambourakis relatifs aux problématiques de santé vues comme féminines ; aujourd’hui, je continue sur ce thème et je vous présente un essai paru aux États-Unis en 2016 et en France en 2018, dirigé par Alana Apfel, activiste du mouvement pour une naissance juste et doula, et traduit de l’anglais par Adel Tincelin. Donner naissance : Doulas, sages-femmes et justice reproductive a pour ambition de parler de la santé reproductive des personnes possédant un utérus parmi les minorités et les populations vulnérables : une grande place est par exemple accordée à celleux vivant leur grossesse et leur accouchement en milieu carcéral, et dont le suivi est réduit au strict minimum.

La traduction a été faite en utilisant l’écriture épicène, et la volonté générale de l’ouvrage est bien de parler de toutes les personnes potentiellement concerné·es par la grossesse, et pas uniquement des femmes cisgenres.

Constitué de treize récits autour de l’expérience reproductive, ce livre est rédigé collaborativement par des doulas, personnes accompagnant les grossesses et les accouchements sans toutefois se subtiter aux professionnel.les de santé, des sages-femmes travaillant en hôpital ou en libéral, et par des activistes féministes états-uniennes. Parmi elles, on trouve Loretta J. Ross, militante des droits reproductifs aux États-unis, qui parle de son expérience d’accouchement dans les années 1960 en tant qu’adolescente noire, et Sylvia Federici, autrice notamment de Caliban et la Sorcière.
Les thèmes abordés sont vastes : on y parle de l’histoire de la justice reproductive, de naissances dans différents environnements, de l’importance de l’accompagnement de la grossesse et de l’information, et on trouve même, en fin d’ouvrage, des recettes naturelles pour les maux pouvant être causés par la grossesse, l’accouchement et l’allaitement.

A l’instar de l‘Europe, la naissance aux États-Unis a été très médicalisée à partir des années 1940. La césarienne programmée est très largement pratiquée – davantage qu’en France – et les parturient·es sont encouragé·es à être anesthésié·es. À la différence de la France, en revanche, et en raison du montant des frais hospitaliers, les séjours à l’hôpital sont très courts, généralement une journée. L’accompagnement après la naissance est donc souvent le fait de doulas ou de professionnel·les de santé libéralaux, réservé par conséquent à une frange relativement aisée de la population.

Les membres des classes sociales les plus précaires n’ont, de toute façon, que peu de ressources pour s’informer à propos de la grossesse et de la naissance. Les accouchements à domicile et l’accompagnement par une doula ou une sage-femme libérale, s’il se répand, se développe surtout auprès des classes moyennes supérieures. Des associations pour la justice reproductive militent donc pour informer tou·tes les concerné·es de leurs options : aux États-Unis, où le taux d’incarcération est le plus élevé de l’hémisphère nord, des associations de doulas interviennent dans les prisons pour informer et accompagner les détenu·es attendant un enfant.

Ce livre donne un bon aperçu du chemin parcouru dans le monde occidental, des principales problématiques autour de la naissance et surtout des progrès qu’il reste à faire, et j’en conseillerais la lecture à chaque personne que le sujet intéresse, qu’iel soit ou non concerné·e.
Disclaimer: ill faut noter plusieurs TW, notamment autour des agressions sexuelles et du sang (descriptions d’accouchement).