« Ah, le printemps ! La nature se réveille, les oiseaux reviennent, on crame des mecs et on continue à lire des autrices avec Simonæ ! ». Bon, ce n’est peut-être pas exactement ce que dit Alexandre Astier dans l’épisode « La fête du printemps » de Kaamelott, mais on n’en est pas loin.

Jetons dès à présent un coup d’œil sur le mois écoulé avec nos læctures de Mars Attacks !

Nimona de Noelle Stevenson

Fibromagique : Dans un royaume où science et magie cohabitent, chapeauté par un Institut de chevaliers et scientifiques à la morale douteuse, vit Ballister Blackheart. Avec sa cicatrice au visage, son bras mécanique et ses plans diaboliques, il est le méchant incontesté de ces terres. Mais un soir apparaît chez lui une jeune fille aux cheveux roses du nom de Nimona, qui assure vouloir être sa stagiaire et bras droit.

Après avoir refusé son offre, Blackheart découvre qu’elle est une métamorphe, c’est-à-dire qu’elle peut se transformer en n’importe quel être vivant : autre humain, chat, dragon, requin… Il décide de la prendre à son service et de fomenter des coups d’éclat avec son aide.

Mais Nimona n’a pas autant de patience et de goût pour les règles de l’art d’être un·e « bon·ne » méchant·e que son maître, et cela va les mener à faire des découvertes glaçantes sur l’Institut et sa directrice, sur le passé de Ballister et son ancien camarade chevalier Sire Goldenloin, et surtout, sur Nimona elle-même…

Je vais être claire : j’adore cette BD, je la conseille dès que je le peux. C’est rythmé, c’est drôle, c’est bien écrit, les personnages sont géniaux, les stéréotypes auxquels iels correspondent sont parfois moqués, il y a même des passages où j’étais pas loin de verser une petite larme.

Nimona est un personnage qui a une place particulière dans mon cœur ; comme elle n’est pas toujours aimable et prend des risques inconsidérés sur des coups de tête, mais elle est aussi très sensible et pleine d’humour, ce qui en fait un personnage très réaliste, humain et attachant. La relation (j’insiste sur ce mot parce que j’ai peut-être lu trop de yaoi, mais je crois avoir décelé un certain sous-texte entre eux dans cette BD) entre Blackheart et Goldenloin, anciens « meilleurs amis » (notez les guillemets) devenus ennemis jurés, correspond certes à un cliché, mais est très bien écrite et très touchante.

Fullmetal Alchemist d’Hiromu Arakawa

Paprika : Ce manga, c’est un subtil mélange de science fantasy et de steampunk dans un univers où, si l’on suit deux héros masculins, on croise aussi un paquet de personnages féminins qui n’ont rien à leur envier. Le manga date un peu (mon Dieu, déjà 12 ans depuis le premier tome !) mais il n’est jamais trop tard pour découvrir une perle.

Suivant les périples d’Edward et Alphonse Elric, deux orphelins pratiquant l’alchimie, ce pouvoir qui permet de contrôler la matière à l’aide de cercles de transmutation, on découvre au fil de l’histoire tout un monde construit et développé, de sa politique étrangère et religieuse à la philosophie entourant l’alchimie. Le tout reste très accessible (dès le collège) et fait réfléchir sur pas mal de sujets sans en avoir l’air.

Et les personnages féminins sont vraiment très bien écrits dans cet univers : d’Izumi Curtis, la maîtresse d’armes des deux frangins au caractère bien trempé mais au passé ensanglanté, à Riza Hawkeye, tireuse d’élite traumatisée par la guerre mais surtout lieutenant qui cache un cœur d’or sous des apparences froides ; les femmes ne sont pas traitées comme de vulgaires princesses à sauver ou des love interests bateaux, elles suivent leur propre chemin et sont de véritables soutiens et amies des deux héros.

Bon, on va pas se mentir, il faut avoir le cœur bien accroché pour lire FMA, tant l’autrice joue avec vos émotions à la manière d’un jouet pour chien. La joie intense peut immédiatement laisser place à un torrent de larmes et à un grand désespoir, jusqu’à ce qu’un nouveau chapitre nous fasse couler de nouveaux pleurs, mais cette fois-ci de rire. L’amour que l’on porte à la tripotée de personnages différents permet de nous tenir en haleine sur les 27 tomes qui composent cette saga de sentiments et d’aventure.

Alors préparez les mouchoirs et les pop-corns, parce qu’une fois le manga ouvert, il ne vous lâchera pas de sitôt.

Mars Horizon de Florence Porcel et Erwann Surcouf

Petiteminipizza : Cette BD est très belle, aussi bien dans le fond que dans la forme. Elle nous raconte comment, en 2080, la première résidente permanente de la planète Mars (et son équipe bien sûr) amarsissent (oui j’invente des mots et alors ?).

Au-delà de l’histoire en elle-même, l’amour de Florence Porcel pour la planète rouge est très prégnant et, je l’avoue, m’a tiré quelques larmes. Et le fait que la société dépeinte dans cette œuvre d’anticipation ne soit pas (aussi) hétérocentrée que maintenant n’est bien sûr pas pour me déplaire.

xxxHOLIC de CLAMP

Laura : En me replongeant dans xxxHOLIC, c’est toute une partie de mon adolescence qui m’est revenue en pleine face. Publié entre 2003 et 2010 au Japon, il s’agit d’un manga réalisé par une équipe de femmes mangakas, Nanase Ōkawa, Mokona, Tsubaki Nekoi et Satsuki Igarashi, nommée CLAMP. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce qu’elles sont notamment les autrices de cette série qui a eu un succès certain dans nos pays francophones : Card Captor Sakura (Sakura, chasseuse de cartes). Mais si, cet anime mettant en scène Sakura, une fillette d’une dizaine d’années dont la mission est de retrouver les cartes magiques de Clow qu’elle a un jour laissé s’échapper, vous la remettez ? Elles comptent à leur actif plus de 25 séries publiées dont fait partie xxxHOLIC.

Au cours des 19 tomes, on suit l’histoire de Kimihiro Watanuki, lycéen japonais capable de voir et de communiquer avec les esprits. Cherchant à tout prix à se débarrasser de son don trop lourd à porter, il fait alors la connaissance de Yūko Ichihara, une sorcière qui a le pouvoir d’exaucer les vœux. Afin que le sien se réalise, il accepte de travailler dans sa boutique où il sera dès lors confronté à une série d’aventures surnaturelles.

Après réflexion, trois éléments me viennent en tête pour vous inciter à commencer ce manga. D’abord, il est plaisant visuellement parlant. Le graphisme soigné jouant sur les contrastes entre aplats noirs et espaces laissés blancs plutôt que sur les trames, le style épuré, et la richesse des vêtements des personnages et du décor rendent la lecture agréable dès le premier coup d’œil. Ensuite, si vous êtes curieuxes du folklore japonais, vous allez être servi·es. Le manga est peuplé de yōkai, créatures surnaturelles appartenant à la mythologie japonaise dont vous découvrirez les histoires au fil des épisodes. Enfin, malgré l’ambiance lugubre, l’humour reste bien présent.

Pour comprendre pleinement l’intrigue de certains passages du manga, je vous recommande de débuter dans un même temps Tsubasa Reservoir Chronicle, une autre œuvre du groupe, car les croisements avec l’histoire sont fréquents. Par ailleurs, j’ai récemment appris que les deux séries avaient reçu une suite xxxHOLIC Rei et Tsubasa World Chronicle Nirai kanai-hen, cela vaut certainement la peine de s’y attarder ! Bonnes lectures !

Frankenstein de Mary Shelley

Attention cette critique contient des spoilers !

Carmille_Na : Quand on vous dit Frankenstein vous pensez sûrement comme moi aux nombreuses versions en dessins animés avec une créature monstrueusement verte qui grogne. Plaisanteries à part, Frankenstein, ou le Prométhée moderne est avant tout l’œuvre d’une autrice féministe, Mary Godwin, alors âgée de dix-huit ans qui cherche à créer une histoire d’épouvante pour rivaliser avec son amant, Percy Shelley et leur ami, Lord Byron. Publiée en 1818, l’œuvre d’inspiration gothique et romantique est souvent considérée comme la première œuvre de science-fiction, avec un scientifique qui crée une vie artificielle dans son laboratoire.

Le roman se présente comme une narration dans la narration en s’ouvrant sur la correspondance entre le capitaine Robert Walton et sa sœur, Margaret. Ce cher Walton croise au Pôle Nord Victor Frankenstein qui commence à lui raconter les aventures qui l’ont mené à poursuivre une créature gigantesque dans ces terres désolées.

La vie de Victor commence plutôt bien : ses parents s’aiment et aiment leurs trois fils, sont riches et cultivé·es. Iels adoptent même dans leur bonté une petite fille italienne : Elizabeth Lavenza, dont Victor tombe amoureux. Le temps passe, la mère meurt, et Victor pour se consoler, à l’université, s’intéresse aux sciences, notamment occultes, dont celle qui prétend animer la matière non-vivante.

Et Victor, qui est un génie après tout, y parvient ! Il anime une créature composée d’on ne sait trop quelle matière, mais elle n’est qu’humanoïde. Géante et laide, elle est abandonnée de son créateur qui se réfugie chez son ami d’enfance Henry Claval qui s’occupe de lui pendant sa convalescence. Et là c’est le drame : son petit frère William a été assassiné, il sait que c’est sa créature qui est coupable, mais l’on accuse et condamne à mort Justine Moritz, la nounou du garçon. À partir de là, c’est une histoire de vengeance qui débute. Histoire qui laissera la parole à son monstre, qui défendra sa propre conception du monde : c’est parce qu’il est seul et abandonné qu’il a commis un crime, il est prêt à s’exiler si Victor lui crée une femme. Victor refuse, d’autres morts suivent, un passage par l’Irlande, puis le Pôle Nord et la boucle est bouclée.

C’est ici que j’avoue que je n’ai pas été enchantée par la lecture de l’œuvre. Ce n’est pas que l’écriture soit mauvaise ou les thèmes peu intéressants, c’est tout simplement que je n’ai pas été touchée personnellement par celle-ci. Qu’essaye de nous dire Mary Shelley à travers son roman ?

Que l’hybris de l’homme ne peut que mener à sa perte ? Victor a cherché à remplacer Dieu, mais n’étant qu’humain, il a créé quelque chose à son image : une créature incapable de contrôler ses pulsions malgré sa raison. Que la vie ne peut être donnée que par un homme cis et une femme cis afin de fonder une parfaite petite famille ? En créant une descendance, Victor se passe du processus de reproduction, et écarte le féminin. Si la petite créature avait eu une gentille maman comme celle de Victor, aurait-elle tué ?

Que c’est la question de la responsabilité qui est au cœur de l’œuvre ? C’est l’abandon de la créature par Victor qui laisse celle-ci seule pour s’occuper de sa propre éducation, et seule, elle connaît la déception et la trahison, ce qui la pousse au crime, dans l’unique espoir de retrouver son créateur. N’est-on criminel·le que par malheur ? C’est la philosophie professée par la créature, du moins. Que Victor aurait mieux fait d’étudier les mathématiques et épouser sa cousine et mener une parfaite vie de famille sans vouloir animer la matière contre l’ordre naturel ? Peut-être, après tout il raconte son histoire comme un avertissement, afin que le capitaine ne suive pas son exemple. Que Victor est le double de Percy qui a laissé Mary s’occuper de la mort de leur enfant pendant qu’il avait une aventure avec Claire, la demi-sœur de celle-ci ?

C’est peut-être tout là le principe d’une grande œuvre, comme diraient mes professeur·es : elle pose plus de questions que de réponse, et traverse les temps. Il suffit de voir la popularité qu’a eu la créature dans la culture mainstream.

 
Et comme depuis le début du club de læcture, pas mal de gens suivent l’aventure avec nous, notamment grâce au hashtag #laecture sur Twitter ! Merci de participer à ce club avec nous !

En Avril, ne te découvre pas d’un livre …

Ce mois-ci, le thème est… roulements de tambour… Avril Awards ! Ce mois-ci, nous allons lire des œuvres et des autrices qui ont reçu des prix.

Précision importante : pour la sélection, nous nous sommes focalisé·es sur des autrices francophones, avec des prix français en priorité, car nous essayons de limiter nos sélections à 15 ou 20 titres.

Voici donc nos propositions de læcture pour avril !
 

Les Prix Nobel de littérature (qui récompensent une autrice, pas un livre) :

Les prix Goncourt :

Les prix Renaudot :

Les prix Femina :

Les prix de Flore :

Les prix du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême :

N’hésitez pas à proposer vos propres choix de læctures en commentaire ou via Twitter, je vous retrouve fin avril pour de nouvelles critiques, un nouveau thème et une nouvelle liste !

Bonnes lectures !