Oh, le joli mois de mai… où certain·e·s ont lu de la poésie. Oui, parce qu’on a pas été beaucoup à la rédaction à participer pleinement au club ce mois-ci, moi y comprise. Mais nous avons quand même des choses à dire avant de vous rappeler le thème de Juin et présenter notre traditionnelle liste de læctures possibles !

Vous avez lu quoi chez Simonæ ?

Shamrodia avoue tout : elle n’a pas vraiment suivi le club en mai. Mais elle a ses raisons, et après tout, ce n’est pas bien grave :

En ce mois de mai ensoleillé, j’ai un peu failli à la tâche mensuelle du club de læcture et n’ai pas lu de recueil de poésie. Souci de santé oblige, et un nombre déjà trop indécent de livres dans ma bibliothèque pour en acquérir de nouveaux. Malgré tout, je suis une fan absolue de poésie, les vers faisant vibrer la corde romantique et mélancolique en moi. Et le thème de ce mois-ci m’a fait prendre conscience à quel point j’étais néophyte à la poésie féminine. À part en cours de français (dont le programme limitait les poétesses à Marceline Desbordes-Valmore), je n’avais jamais lu de poésie « féminine » (pardonnez moi l’expression, c’était pour éviter les répétitions). Alors à défaut de lire un recueil entier, j’ai découvert une autrice formidable et mystérieuse, oubliée des manuels de littérature : Renée Vivien. Poétesse britannique de langue française, elle fut une figure importante du mouvement parnassien. Sa figure est fascinante, ses poèmes empreints de mélancolie, de romantisme et de saphisme. Son homosexualité affichée et ses romances avec de riches héritières de la Belle Époque lui valurent le surnom de « Sappho 1900 ».

Pour vous donner un avant-goût de sa poésie, voici un de ses poèmes qui m’a profondément touché [TW Mort/Suicide] :

Lassitude

Je dormirai ce soir d’un large et doux sommeil…
Fermez bien les rideaux, tenez les portes closes.
Surtout, ne laissez pas pénétrer le soleil.
Mettez autour de moi le soir trempé de roses.

Posez, sur la blancheur d’un oreiller profond,
De ces fleurs sans éclats et dont l’odeur obsède.
Posez-les dans mes mains, sur mon coeur, sur mon front,
Les fleurs pâles au souffle amoureusement tiède.

Et je dirai très bas : « Rien de moi n’est restée…
Mon âme enfin repose… ayez donc pitié d’elle.
Qu’elle puisse dormir toute une éternité. »
Je dormirai, ce soir, de la mort la plus belle.

Que s’effeuillent les fleurs, tubéreuses et lys,
Et que meure et s’éteigne, au seuil des portes closes,
L’écho triste et lointain des sanglots de jadis.
Ah ! le soir infini ! le soir trempé de roses !

Cendres et Poussières, 1902

De son côté, br s’est intéressé·e à la poésie russe :

J’ai d’abord découvert Marina Tsvetaïeva par l’entremise de ses lettres envoyées à Rainer Maria Rilke et Boris Pasternak (rien que ça) pendant leur correspondance à trois en 1926. Son style et son tempérament passionnés, et même enflammés, m’avaient à l’époque beaucoup marqué.
Rilke et Pasternak encensaient le travail de Tsvetaïeva, qui est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes poète·sse·s russes du XXe siècle. Quelque part, lire ainsi des auteurs aussi talentueux écrire les louanges d’une des rares poétesses que j’ai eu l’occasion de connaître pendant mon adolescence a constitué une respiration féministe, non conscientisée comme telle à l’époque mais essentielle. Pour le club de læcture du mois de mai, j’ai donc voulu me replonger dans la poésie de Tsvetaïeva, en particulier sur sur ses écrits racontant ses relations avec les femmes de sa vie. Tsvetaïeva a eu plusieurs histoires d’amour, avec des femmes comme avec des hommes. L’une de ces idylles s’est nouée à partir de 1914 avec la poétesse Sophia Parnok, surnommée la « Sappho russe ». Un recueil intitulé « Sans lui » rassemble des poèmes écrits par les deux femmes qui tirent leur inspiration de cette période. Le long poème « L’Amie » de Tsvetaïeva, en particulier, contient des descriptions aux détails tendres et à faire frémir sur leur relation, et l’une de ses sections raconte justement leur première rencontre :

Je me souviens : votre entrée, et
Votre visage – sans couleur, l’arrêt
Sur le seuil, un doigt entre les dents,
La tête inclinée, légèrement.

Et votre front ambitieux
Sous la masse du casque roux,
Ni femme, ni garçon, mais
Quelque chose de plus fort que moi.

L’Amie, 28 janvier 1915
(traduit du russe par Henri Deluy, publié par les éditions Fourbis, 1994)

J’avoue que de mon côté, j’ai un peu (re)lu Sylvia Plath. Mais je n’ai pas d’extrait à vous proposer comme je l’ai lue en anglais et que bien des poèmes qu’elle a écrits ne sont pas trouvables en français (ou sous un titre différent, ce qui rend la recherche de traduction difficile).

 

 

Et en juin, on lit quoi de beau ?

Ah, juin… L’été, le soleil, les glaces, la piscine, les vacances, le meurtre… Oui, le meurtre. Car pour fêter l’arrivée de la hausse du thermostat (et des moustiques), nous allons lire des ouvrages policiers/thriller ce mois-ci avec notre thème “L’été meurtrier” !

Comme toujours, voici notre petite liste non-exhaustive dans laquelle vous pouvez piocher :

Un amour importun – Ruth Rendell.

Sur ce, je vous souhaite de bonnes læctures et vous retrouve le mois prochain !