Dans ce deuxième opus de mes aventures à Lyon BD, je vous parle de livres biographiques et des ouvrages évoquant des tranches de vie. Toujours écrits par des femmes !

Les Culottées, biographies de femmes d’exception :
rencontre avec Pénélope Bagieu


Titre : Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent.
Autrice/Illustratrice : Pénélope Bagieu
Éditions : Gallimard
Genre : Société
Nombre de tomes : 2
Pages : 144 et 168 pages
Prix indicatif : 19,50 € (tome 1), 20,50 € (tome 2)
ISBN : 9782070601387 (tome 1), 9782075079846 (tome 2)
Date de sortie : 22 septembre 2016 (tome 1), 26 janvier 2017 (tome 2)

Invitée d’honneur de Lyon BD cette année, Pénélope Bagieu a même conçu l’affiche de cette édition ! Elle était présente le samedi matin pour une conférence sur sa série de bandes dessinées Les Culottées, que je vous recommande fortement !

Les femmes polies n’ont pas changé l’histoire.

L’aventure a commencé quand elle a proposé au journal Le Monde de faire un blog, avec la contrainte positive pour elle de faire des histoires assez courtes, dans un format adapté à un blog, sur la vie de femmes qui ont marqué l’histoire, ou non. Elle s’est principalement fondée sur des autobiographies, quand elle le pouvait, ou des biographies. Il lui a même été possible parfois d’interagir directement avec les personnes concernées.

« J’ai essayé de me focaliser pas forcément sur un point de leur vie, mais sur des moments-clef, qui ne sont pas toujours les mêmes mais qui sont un basculement. »

Si l’idée était de rendre hommage à des femmes, Pénélope Bagieu ne voulait pas tomber dans l’écueil de ne célébrer que celles qui l’étaient déjà, des figures historiques connues ou exceptionnelles de par leur destin ou leurs travaux.

« J’avais aussi envie de parler de femmes qui n’avaient pas forcément leur place dans les livres d’histoire. […] Au bout d’un moment, il faut arrêter de ne célébrer que les reines et les CEO d’entreprises, ce qui importe c’est leur chemin, ce qu’elles ont parcouru. »

À travers son œuvre, elle nous présente aussi des femmes qui nous sont inconnues alors que leurs vies sont passionnantes. Elle a aussi veillé à la diversité des portraits, sans s’imposer de quota mais en faisant attention à ne pas présenter uniquement des femmes blanches, occidentales et hétérosexuelles. Beaucoup de noms lui ont été suggérés par son lectorat, mais elle a fait un tri, éliminant parfois les femmes trop connues ou les histoires qui ne la touchaient pas.

« L’angle que j’ai choisi pour chacune des histoires c’est juste son lien avec moi… Pour chacune j’ai raconté une histoire en imaginant que c’était moi, c’était mes réactions, ce qui permet de les rendre plus humaines aussi, que de rester à l’extérieur et de faire des biographies plus vernies. En quoi sont-elles plus courageuses que moi, qu’est-ce que je peux en tirer. »

Pénélope Bagieu apprécie le mouvement de valorisation des femmes qui existe en ce moment. Il permet notamment aux enfants de grandir avec des modèles féminins de plus en plus variés.

« Comme plein de filles, j’ai grandi en m’identifiant à des personnages masculins parce qu’ils étaient plus cools, parce que c’est eux qui faisaient les choses bien… Les mecs sont cools et débrouillards et aventuriers, et c’est insupportable parce que… comment tu veux avoir envie de grandir et de faire des trucs chouettes si tu es soit la relou, soit la coquette [NDLR : dans les histoires]. »

Pour elle, la rage peut être un moteur, il ne faut pas hésiter à l’utiliser si cela nous pousse à essayer de changer les choses qui nous énervent.

« Les femmes polies n’ont pas changé l’histoire. […] J’essaye de ne pas vider ce que je fais de sa substance rageuse. »

Vous pouvez aussi découvrir à Lyon une exposition dédiée aux Culottées, jusqu’au 30 juin.

Retrouvez Pénélope Bagieu sur Twitter et Instagram.

Dans la combi de Thomas Pesquet : rencontre avec Marion Montaigne


Titre : Dans la combi de Thomas Pesquet
Dessinatrice/Scénariste/Coloriste : Marion Montaigne
Éditions : Dargaud
Genre : Humour, documentaire, biographie
Nombre de tomes : 1
Pages : 208 pages
Prix indicatif : 22,50 €
ISBN : 9782205076394
Date de sortie : 24 novembre 2017

Tout a commencé quand Thomas Pesquet a mis un commentaire sur le blog de Marion Montaigne, sous un article concernant les astronautes. Quelques temps après, il est passé à Paris, et iels ont pu se rencontrer. À l’époque alors inconnu du grand public, Thomas Pesquet est par la suite retenu parmi plus de 8 000 candidat·es pour participer à une mission de 6 mois dans la Station Spatiale Internationale. Marion Montaigne le suit à travers plusieurs de ses déplacements, assistant à des entraînements, aux tests de sélections et même au décollage de la mission Soyouz MS-01 pour laquelle il faisait partie de l’équipe de remplacement. Entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour, Marion découvre le quotidien des astronautes, qu’elle met ensuite en scène dans une bande dessinée pleine d’humour.

Elle explique avoir complètement atterri dans un autre monde. Greffée à l’équipe de La 25e heure/Prospect TV qui réalise des documentaires sur Thomas Pesquet, elle commence par suivre un entraînement à Cologne, mais le spationaute lui explique que si elle veut réellement se documenter il faudra qu’elle aille plus loin, beaucoup plus loin. C’est ainsi qu’elle se retrouve par exemple dans les locaux de la NASA. Elle nous explique avoir été extrêmement impressionnée par la résistance physique des astronautes face aux épreuves qui leur étaient imposées.

« Le mystère pour moi, c’était de faire parler quelqu’un qui n’a pas le même cerveau que moi » explique-t-elle. Car Marion Montaigne voulait retranscrire au mieux la façon de penser et de fonctionner de quelqu’un qui n’a pas du tout la même vie, les mêmes approches, les mêmes réflexes, ou simplement la même façon de parler. En plus des dessins, elle a donc pris beaucoup de notes sur la façon dont s’expriment les astronautes. Et au-delà du texte, se posait la question de l’identité graphique du personnage. Le représenter de façon réaliste était impossible.

« J’allais devoir le dessiner sur un album de 200 pages, et il allait falloir qu’il soit expressif, donc il fallait trouver un alter ego pour le dessin. »

Tout au long de sa sélection et de son entraînement, elle communique régulièrement avec lui, de visu, par mail ou téléphone. Pendant sa mission elle a même pu continuer à lui écrire, et a même reçu un coup de téléphone depuis l’espace ! Elle a participé aussi à une conversation Skype avec lui, sa famille et des ami·es. Ses échanges pendant la mission lui semblent encore aujourd’hui complètement surréalistes.
Au milieu des astronautes, dans les centres spatiaux si impressionnants, Marion Montaigne se sent parfois illégitime.

« J’ai eu des moments où je me suis foutu un sacré stress. […] C’est un peu bizarre de dire “je suis auteure de bande dessinée, je vais dessiner ce mec”. J’ai eu des périodes même de culpabilisation, à ne pas me sentir légitime. »

Tout au long de la rencontre, Marion Montaigne nous montre des photographies et même des vidéos des endroits qu’elle a visité. Elle nous raconte les émotions qu’elle a pu ressentir face aux tests que passaient Thomas Pesquet et les autres astronautes. Intimement touchée par cette histoire, elle nous donne simplement envie de lire sa bande dessinée !

Pour vous tenir au courant des dernières actualités de Marion Montaigne, suivez la sur son blog et sur Twitter.

La vie d’Ebène Duta : rencontre avec Elyon’s

Titre : La vie d’Ebène Duta
Auteurice/Dessinatrice : Elyon’s
Éditions : Maduta
Genre : Humour
Nombre de tomes : 3 (6 tomes prévus)
Pages : 76 pages (tome 1), 96 pages (tome 2), 96 pages (tome 3)
Prix indicatif : 15 € (format papier) / 6,99 € (e-book tome 1)
ISBN : 978-2954714813 (tome 1), 978-2955495100 (tome 2), 979-1096664009 (tome 3)
Date de sortie : 24 novembre 2016 (tome 1), 23 mars 2017 (tome 2), 28 septembre 2017 (tome 3)

La Vie d’Ebène Duta raconte le quotidien d’une jeune fille noire, partie faire ses études en Belgique, loin de son pays d’origine, le Cameroun. Au début, les strips sont publiés sur un blog, puis sur Facebook. Elyon’s a ensuite proposé sa bande dessinée à des maisons d’édition, qui l’ont toutes refusée. Elle rencontre ensuite Mathieu Diez, directeur du Festival Lyon BD qui lui propose un marché : si elle réussit à financer sa bande dessinée avec une campagne de financement participatif, elle fera partie des artistes invité·es par le Festival. Elyon’s réussit ce pari en 2014, après avoir récolté 15 000 € depuis chez elle, à Douala, sans même encore avoir de visa pour venir en France. C’est sa première bande dessinée humoristique, étant jusque là davantage spécialisée dans le drame.

« Je voulais casser avec les bandes dessinées qui se mettaient toujours dans une période qui n’était pas la mienne, avec un personnage qui s’inscrivait dans le XXIe siècle à sa manière, qui n’avait comme problématique que son quotidien. En tant que noire, quel est son quotidien ? Si on enlève la problématique des sans-papiers qui occupe très souvent les tribunes, si on enlève la problématique épique, mythique ou mythologique, qu’est-ce qu’il reste de læ noir·e qui s’inscrit dans le XXIe siècle ? »

Au début, les éditeurices lui expliquent que la partie « tranches de vies » du marché de la bande dessinée est déjà occupée, et qu’il ne reste plus de place pour de nouvelles auteurices, que le seul quotidien d’une jeune femme noire n’intéressera personne. C’est faux, bien évidemment.

« On est dans un monde qui est de plus en plus compliqué à gérer, on a l’impression de marcher sur des œufs en permanence, tout le monde essaye d’être parfait·e, tout le monde essaye de bien faire, on fait des erreurs et on a un effet boule de neige des situations de quiproquo, des situations embarrassantes. Donc ça m’intéresse de traiter des sujets à malaise, des sujets pas forcément tabou mais qui sortent les gens de leur zone de confort. »

Elyon’s dénonce aussi le racisme ambiant, subit par la jeune Ebène déjà parce qu’elle est noire, et aussi car « rien que dans l’apparence, le personnage contraste avec l’idée qu’on se fait de la femme noire », elle n’est donc dans aucun standard. Mais ce qui caractérise aussi Ebène, c’est simplement de survivre à tout ce que la vie décide de lui faire endurer.

« Au fil des situations, elle va apprendre à être résiliente, parce que si dans la vie d’Ebène Duta il y a un message que je veux faire passer, c’est que quelque soit ce qu’on à a vivre, tout le monde a une vie de merde à son niveau. C’est pour ça que la nature humaine n’est jamais satisfaite de l’endroit où elle est, du niveau où elle est. Je voulais rappeler que quelque soit la vie qu’on a, il faut continuer à la vivre. Ebène cumule les situations embarrassantes mais on tourne toujours les pages. À aucun moment elle ne baisse totalement les bras, elle ne se laisse pas totalement noyer dans le flot de tout ce qu’on dit sur elle, de tout ce qu’on penserait d’elle, ce qu’elle vivrait elle même comme situation embarrassante. »

Militante afroféminisme, Elyon’s rappelle l’importance de célébrer la force de toutes les femmes, et pas seulement de celles qui accomplissent de grandes choses aux yeux de l’humanité, il est nécessaire aussi d’avoir des héroïnes du quotidien.

« Dans le féminisme aussi tu as les femmes qui ont la sincérité de dire qu’on est pas des Wonder woman, ce n’est pas parce que l’on décide d’être fortes qu’on l’est partout, et justement avec un personnage comme Ebène Duta on voit un personnage “faible”, et sa vraie force c’est de subir sans que ça ne la détruise complètement. Et grâce à ça elle ne nage pas encore mais elle flotte, elle ne se laisse vraiment pas noyer. La vraie force n’est pas toujours de gagner, la vraie force n’est pas toujours de dominer, mais la vraie force est de tenir le coup. Et elle le fait brillamment.
C’est un appel à la résilience. »

Vous pouvez suivre le travail d’Elyon’s sur son blog, Facebook et Twitter.

Betty Boob : rencontre avec Julie Rocheleau

Titre : Betty Boob
Auteurices : Véro Cazot (scénario) ; Julie Rocheleau (dessin)
Éditions : Casterman
Genre : Vie quotidienne
Nombre de tomes : 1
Pages : 184 pages
Prix indicatif : 25 € (format papier), 15,99 € (e-book)
ISBN : 9782203112407
Date de sortie : 13 septembre 2017

Betty Boob est une jeune femme survivante du cancer du sein. Elle a subi une mastectomie, mais ne peut se défaire de son sein gauche, qu’elle garde précieusement dans une boîte à bijoux. Sa vie de couple bat de l’aile, elle se fait renvoyer de son travail car elle n’est plus conforme aux standards de physique que sa patronne impose… Sa vie commence à s’écrouler. Un soir, Betty rencontre par hasard une troupe de burlesque, et se réapproprie alors sa vie et son corps.

J’ai eu le plaisir de pouvoir échanger avec Julie Rocheleau, qui m’a parlé de son travail sur ce livre.

C’est Véro Cazot, scénariste, qui est venue à Julie Rocheleau en lui proposant ce projet, avec cette idée de parler de ce sujet intime, difficile, de façon plutôt joyeuse et optimiste sans pour autant en oublier la gravité.

« Je me suis amusée du côté visuel. J’ai essayé de rendre cet univers à la fois touchant, il fallait que ça soit drôle mais il fallait que ça ait l’air assez réaliste pour que ça soit touchant. […] Mettre du dialogue sur cette histoire-là, ça aurait sûrement été soit trop documentaire soit carrément plombant, et dans tous les cas faire des expressions trop exagérées puis des pauses très théâtrales avec des dialogues en plus c’est too much. Le fait qu’il n’y ait pas de dialogue nous permet de faire un truc exacerbé et que ça soit un univers cohérent et que les gens embarquent sans se poser de question. »

C’est une histoire touchante de réappropriation de son corps, après avoir fait le deuil de son sein, elle va utiliser sa poitrine comme élément principal de son personnage burlesque, Betty Boob : « elle va se servir de cet espace libre-là pour faire de la créativité et puis que ça devienne quelque chose de bien dans sa vie. »

« Un des thèmes c’est aussi la représentation des corps dans la culture populaire. Individuellement, les gens sont intelligents, ils sont capables de réfléchir, mais on dirait que la société bouge très lentement en tant que groupe et souvent c’est encore tellement codifié. […] Tout le monde peut être séduisant, tout le monde peut être charmant. »

Mais, malgré cette volonté de travailler à la représentation des corps non normés, Julie Rocheleau a conscience que cela n’est pas simple, qu’il faut faire un gros travail sur soi-même :

« On a essayé de représenter toutes sortes de femmes, d’hommes aussi. Je me dis avec le recul : j’aurai pu en faire plus. Je suis moi-même un peu dans certaines conventions, c’est vraiment difficile de s’en défaire, même quand on se croit tellement de bonne foi et progressiste, finalement on a quand même sans s’en rendre compte souvent des trucs qui nous retiennent, qui nous accrochent et ça prend du temps. »

Dans le cadre de son travail de dessinatrice, Julie Rocheleau est invitée par le Musée d’Art Contemporain de Lyon, en partenariat avec le festival Lyon BD, pour penser une exposition autour de Betty Boob.

« C’est toujours un peu délicat d’exposer juste des planches de bande dessinée, même dans le cadre d’un festival de bande dessinée, parce que c’est comme une page de roman mise en dehors de son contexte. Ça peut être intéressant mais on voudrait que ça raconte plus. On a fait plus une sorte de rétrospective avec une collection d’originaux de bandes dessinées mais aussi toutes sortes d’illustrations qui viennent reprendre des thèmes des bandes dessinées et en rajouter des nouveaux. Il y avait aussi le mandat de faire une grande murale que j’ai fait en 5 jours. »

L’exposition est visible jusqu’au 8 juillet au premier étage du Musée d’art contemporain de Lyon.

Scaphandrier à cheval, œuvre murale de Julie Rocheleau au Musée d’art contemporain de Lyon.

Scaphandrier à cheval, œuvre murale de Julie Rocheleau au Musée d’art contemporain de Lyon.

Retrouvez le travail de Julie Rocheleau sur son site web, sur Facebook et sur Instagram.

Il ne s’agit évidemment que d’une infime sélection de ce type de bande dessinées présentes sur le festival. Et vous, quelles sont vos bandes dessinées de récits de vie favorites ?