Valérie Rey-Robert est une militante féministe, animatrice du blog Crêpe Georgette et autrice d’un essai intitulé Une culture du viol à la française : du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner ».

En guise de préambule, si vous ne savez pas ou ne comprenez pas ce qu’est la culture du viol, je vous renvoie à notre article « Expliquez-moi la culture du viol ». Brièvement, la culture du viol est composée de toute les idées reçues à propos du viol ou autres violences sexuelles, des violeurs [1] et de leurs victimes. Ces stéréotypes sont ancrés et perpétrés dans la société, et notamment les médias.

Dans son essai, Valérie Rey-Robert donne une définition de la culture du viol, puis de la culture du viol à la française. En effet, toute culture du viol s’inscrit dans une société donnée, ici en France, et certains particularismes émergent alors : certaines figures de « violeurs types » par exemple, comme « le jeune de banlieue », « l’immigré » ou encore « le Maghrébin », qui sont plus ou moins spécifiques à la France (aux États-Unis par exemple, on retrouve plus « le noir » ou « le Natif »).

« C’est pourquoi je parlerai de “culture du viol à la française”, terme qui choquera davantage parce que beaucoup n’accepteront pas qu’il y ait une spécificité française à nier les violences sexuelles en invoquant qui le “troussage de domestique”, qui “la liberté d’importuner”, qui la grivoiserie si typiquement française, qui le pays qui a inventé l’amour. »

La culture du viol encourage et perpétue les idées reçues à propos du viol, des violeurs, de leurs victimes, mais ce ne sont pas ses seuls effets. « La culture du viol contribue de façon massive au nombre réduit de plaintes [pour violences sexuelles]. »


Trois minutes avec Valérie Rey-Robert, vidéo YouTube de la chaîne Éditions Libertalia.

Pourquoi le lire ?

Cet essai de Valérie Rey-Robert est un livre très sourcé, une véritable mine d’or pour qui cherche des arguments et des faits contre la culture du viol. La démonstration s’appuie sur de très nombreux exemples, l’affaire DSK et les hashtags #MeToo et #Balancetonporc en tête.

« Le 31 décembre 2015 furent commises des agressions sexuelles dans différentes villes allemandes, suédoises, finlandaises, suisses et autrichiennes. La presse parla tout particulièrement de Cologne et des agressions commises sur la place de la gare, et les réseaux d’extrême droite diffusèrent très rapidement l’idée que des “hordes de migrants” avaient agressé sexuellement des centaines d’Allemandes. Il fallut attendre février 2016 pour que le procureur de Cologne révèle que plus de 60 % des agressions n’étaient pas à caractère sexuel mais constituaient des vols. On apprenait également que sur les 58 agresseurs arrêtés, seulement trois étaient des réfugiés. »

Dans ce livre sont également proposées des solutions afin de lutter contre la culture du viol :

  • s’attaquer à l’éducation genrée des enfants mais aussi apprendre aux hommes à ne pas violer, à comprendre qu’ils n’ont aucun dû ou autres « droits sexuels » ;
  • repenser par là-même les rapports sexuels, notamment hétérosexuels ;
  • repenser l’espace public afin de diminuer l’oppression masculine ;
  • prendre garde aux différents messages véhiculés dans les médias et les œuvres culturelles ;
  • enquêter sur les violeurs (mais pas seulement ceux qui ont été poursuivis ou condamnés) afin de concevoir des campagnes ciblées : « Il est important de mener des campagnes publiques sur les violences faites aux femmes qui placent la responsabilité du côté de l’agresseur. »

Ce livre est – à mon avis – un bon outil pour les personnes cherchant à se documenter sur la culture du viol, ou cherchant des arguments à ce sujet. Quoique dense, il peut être compris sans un bagage féministe conséquent. Même pour des féministes plus « aguerries », il n’est pas sans intérêt : de nombreuses phrases m’ont fait cet effet « ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant. »

Titre : Une culture du viol à la française : du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner »
Autrice : Valérie Rey-Robert
Éditions : Libertalia
Genre : Essai
Nombre de tomes : 1
Pages : 300
Prix indicatif : 18 €
ISBN : 9782377290765
Date de publication : 21 février 2019
TW/CW dans le livre : mentions de viols et autres violences sexuelles, notamment sur mineur·es, d’inceste, de meurtres.

[1] Nous écrivons toujours « agresseur » et « violeur » au masculin, sauf dans le cas spécifique où l’auteurice d’une agression ou d’un viol n’est pas un homme. Il s’agit d’un choix politique, pris pour refléter la réalité de la démographie des agresseurs et des violeurs, en immense majorité des hommes, ainsi que l’influence du patriarcat (c’est un problème systémique et non individuel).

 

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