Rendue célèbre par la série de romans Téméraire, une uchronie mettant en scène des combats de dragons à l’époque napoléonienne, l’autrice états-unienne Naomi Novik revient avec une œuvre de fantasy captivante : Déracinée.

De quoi ça parle ?

L’autrice plonge læ lecteurice dans un monde rural et presque médiéval. On y vit selon le bon vouloir des récoltes et surtout du « bois », une forêt sous l’emprise d’une force mystérieuse et maléfique. Imprévisibles, les créatures issues de cet obscur mélange entre humain et végétal happent les villageois·es qui s’en approchent trop. Le bois contamine aussi les plantes et les bêtes et une crainte insidieuse et permanente règne sur les villages alentour, surtout lorsque les arbres gagnent soudainement du terrain.

Le Dragon, un puissant magicien, veille sur ses terres et les protège des assauts ennemis. Une fois par décennie, cependant, il choisit une jeune femme et l’enlève à sa famille pour la faire vivre avec lui dans une tour reculée. Le mystère plane concernant la vie qu’elle mène au cours des dix années suivantes, toujours est-il que chacune revient différente, transformée, et choisit de quitter son village d’origine.

Le roman commence au moment de la sélection de la prochaine jeune femme ; on découvre Agnieszka, une villageoise de Dvernik apparemment quelconque, qui fait partie des recrues potentielles. Elle aime grimper aux arbres, cueillir des fruits, et revient toujours couverte de terre suite à ses explorations forestières, aussi ne semble-t-elle pas la mieux placée pour servir un si puissant maître. Kasia, sa meilleure amie, a quant à elle été élevée et éduquée dans le but de devenir une bonne servante, et le choix devrait logiquement se porter sur elle. Mais à la surprise des villageois·es, le Dragon en décide autrement : c’est Agnieszka qui est sélectionnée, et ce sont ses aventures pleines de rebondissements que nous sommes invité·es à suivre tout au long du roman.

Il est alors question de magie, de potions, de forces surnaturelles et ancestrales, mais aussi et surtout d’une lutte souvent désespérée pour permettre aux habitant·es de poursuivre leur vie sans être englouti·es par l’expansion du bois. L’enjeu principal du roman réside dans le combat du Dragon, d’Agnieszka et de leurs allié·es contre ce qui se révèle être une entité indistincte et ancestrale abritée par le bois, bien disposée à étendre patiemment ses racines aussi loin que possible sans se décourager si certaines graines ne prennent pas.

Les limites entre bien et mal sont plus floues que d’ordinaire, les « gentil·les » peuvent aisément être corrompu·es ou empoisonné·es par le bois, et le bois lui-même n’est peut-être pas complètement malveillant.

Pourquoi le lire ?

Tout d’abord, l’intrigue est très habilement menée, avec beaucoup de détails et de découvertes inattendues dans un univers extrêmement riche. Il ressemble fortement à celui des contes, y fait de multiples allusions, mais se révèle encore plus sombre et cruel par l’incertitude du dénouement. La traduction française (par Benjamin Kuntzer) est extrêmement plaisante à lire, et l’on se sent embarqué·e dans le récit dès ses premières pages.

Ensuite, parce que le personnage d’Agnieszka est attachant et très surprenant au-delà de ses apparences candides et maladroites. Sa vie connaît un véritable chamboulement au moment du choix, et marque une sorte de rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. Elle s’émancipe des attentes posées sur elle par la société dans laquelle elle vit, qui voudrait la voir mariée et mère le plus tôt possible pour tracer le chemin dont elle a envie. Ainsi, elle se révèle déterminée, intrépide, douée à sa manière singulière, le genre d’héroïne que l’on aimerait voir plus souvent dans les ouvrages de fantasy.

Il est trop rare d’entendre parler d’œuvres de fantasy écrites par des femmes, ce changement fait donc du bien.

Points négatifs

Le principal reproche que l’on peut faire au roman, c’est de s’appuyer par moments sur des lieux communs de la narration un peu trop évidents. Par exemple, on devine très vite que le choix du Dragon va se tourner vers Agnieszka et non sur Kasia, tant l’accent est mis sur l’impossibilité de sa sélection. Cependant, il y a plusieurs très bonnes surprises scénaristiques à d’autres endroits du roman qui compensent largement ces quelques facilités.

Même si vous n’êtes pas particulièrement amateurice de romans de fantasy, je vous conseille chaudement la lecture de Déracinée. Naomi Novik nous emporte très rapidement dans les aventures d’Agnieszka, cette jeune villageoise devenue bien malgré elle l’héroïne d’un combat acharné pour retrouver une vie paisible.

Titre : Déracinée (Uprooted)
Autrice : Naomi Novik
Éditions : Pygmalion ; J’ai lu
Genre : fantasy
Nombre de tomes : 1
Pages : 509
Prix indicatif : 19,99 € (Pygmalion), 8,50 € (J’ai lu)
ISBN : 9782290154892
Date de sortie : 11 janvier 2017
TW : sang, mort, violence physique