Aujourd’hui, on vous parle de Women who do stuff, une newsletter féministe qui a pour objectif de « présenter des meufs (trans, cis, fluid) qui s’activent dans différents domaines. »

En deux ans et demi d’existence, WWDS a présenté une centaine de meufs, qu’elles soient autrices, astronautes, pizzaïolas, gameuses, rappeuses, photographes, bibliothécaires à vélo ou encore militantes !

La campagne de crowfunding pour le magazine papier est lancée ! Vous pouvez participer sur Kiss Kiss Bank Bank dès aujourd’hui !

On en parle plus bas dans l’interview, mais ce premier numéro sortira en septembre et sera consacré à Internet : « C’est sur Internet que beaucoup de jeunes femmes se sont construites. Malgré les attaques et le cyber-harcèlement dont elles sont souvent victimes, elles se sont construit des communautés, elles ont lancé des médias, elles ont lutté et créé. Des contributrices aux parcours très divers parleront de sujets passionnants afin d’offrir un véritable panorama de cet Internet féministe qui se construit malgré
les obstacles. »

Qui est derrière Women who do stuff ?

Nous sommes deux aux commandes, Mélissa et Mathilde. On s’est rencontrées sur Twitter et en vérité, avant de faire la newsletter, on n’avait pas forcément beaucoup d’interactions ensemble. Maintenant, c’est quasi tous les jours !

Comment vous est venue l’idée de créer une newsletter féministe ? À quel besoin ça répondait ?

Mathilde : J’ai eu l’idée de la newsletter début janvier 2017 : j’en avais marre de voir des meufs de mon entourage faire des trucs géniaux sans être relayées et sans qu’on prenne une seconde pour dire : « Ah ouais, cool, sacré boulot ! » J’avais vraiment envie de m’investir dans quelque chose de concret. Comme je vis aux Pays-Bas, c’est assez difficile d’aller dans les évènements féministes français et de participer activement ; je me suis donc dit : « Hey, dépoussiérons les newsletters commerciales et faisons-en quelque chose de cool. »

Mélissa : Quant à moi, j’ai rejoint Mathilde au bout de quelques éditions. Je la voyais parler de son projet sur Twitter et l’idée m’a tout de suite plu. Je me suis proposée pour la relecture, et puis au fil des éditions j’ai pu bosser sur le graphisme et les portraits. On est assez contentes du résultat !

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce format particulier ? Comment faites-vous le lien avec vos lecteurices ?

Le fait de ne pas avoir d’espaces commentaires peut être perçu comme un inconvénient mais je pense au contraire que c’est un avantage : ça met une distance entre nous et les lecteurices, ça ne permet pas vraiment de commentaires à chaud. Déjà, le fait de s’inscrire à une newsletter est une démarche, il faut avoir envie, il faut cliquer au moins 5 fois, ça décourage pas mal de masculinistes et autres personnes à qui on ne veut pas avoir affaire. On est vraiment à l’aise avec ce format, on est super libres, et si les gens ont des remarques il y a toujours Twitter ou les mails : on est super accessibles et on adore répondre aux mails.

Comment choisissez-vous ce que vous mettez en avant dans les newsletters ?

On choisit au feeling, on essaye d’avoir des profils toujours variés afin que tout le monde puisse se reconnaître dans la newsletter. Par exemple, on a envoyé en mars une newsletter spéciale femmes qui portent le voile en collaboration avec le site dialna.fr : ça a très bien marché et on est super fières de l’avoir fait. Si on repère une meuf sur Twitter ou Instagram, on se renseigne et hop ! on en fait un profil. On a plusieurs petits encarts dans la newsletter où on relaye des livres ou des évènements. On montre aussi une œuvre d’une peintre ou d’une photographe peu connue du grand public.

Comment vous faites votre « veille » ? Est-ce que c’est galère de faire ça à deux ?

L’important, c’est de bien communiquer entre nous : Mélissa s’occupe surtout de la partie graphisme de la newsletter et Mathilde de la partie écriture et réseaux sociaux. On discute ensemble de ce dont on a envie de parler et des meufs qui nous ont tapé dans l’œil récemment. Si par exemple on a 7 portraits, on en garde 2 pour la newsletter d’après et voilà. C’est assez simple, on ne se prend pas vraiment la tête, notre but est de parler de personnes avec des cultures, métiers, activités et personnalités différent·es.

Ce qui est chouette, c’est qu’on se complète bien : on a chacune des passions un peu différentes et ça nous permet de piocher dans un large éventail de domaines. Mathilde va trouver la chanteuse incroyable qui est en train de se faire un nom et je (Mélissa) vais vous parler d’une nana en train de percer dans le milieu du jeu vidéo par exemple. Ça marche bien.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

En 2019 sur Internet il faut savoir tout faire : écrire, faire du community management, assurer sa pub, envoyer des mails pour qu’on parle de toi, interviewer des gens, être pédagogue. Notre principale difficulté est qu’il n’y a que 24 heures par jour, qu’on doit travailler et que la newsletter ne peut pas être un job à temps plein.

Quelle est votre plus grande fierté depuis le lancement de WWDS ?

Que Rokhaya Diallo soit abonnée à la newsletter, que Françoise Vergès ait aimé la newsletter sur les femmes qui portent le voile et qu’on reçoive des mails de meufs nous disant : « J’ai pensé à toutes ces meufs badass en passant mon examen ce matin, c’est trop bien. »

Quels thèmes aimeriez-vous aborder dans les mois à venir ?

On ne sait pas forcément, on a envie de mettre en valeur plus de personnes marginalisées, de relayer plus d’initiatives qui n’ont pas forcément l’écho mérité.

Avez-vous des recommandations de newsletters (françaises et anglaises) ?

La newsletter de nos copines des Flux est top, elle parle de la réappropriation des savoirs gynéco, c’est passionnant. Autre newsletter géniale : Lesbien raisonnable, une newsletter sur l’actualité du Gouinistan, c’est trop cool, ça parle de cinéma, de musique, de mode, d’actu.

Women who do stuff lance sa version papier : un magazine annuel dont le lancement est prévu pour septembre 2019. Le thème du premier numéro sera Internet, et un appel à contribution est en cours !

Pourquoi lancer une version papier ?

Ça fait un moment qu’on y pense et qu’on a la trouille car c’est vraiment un immense projet, mais on se dit que si on ne le fait pas, on regrettera sans doute. J’ai (Mathilde) sorti plusieurs zines plus ou moins sérieux et bien faits et j’ai envie de faire quelque chose de plus clean et pertinent.

Il y a beaucoup de publications indépendantes et féministes en Angleterre et aux États-Unis mais moins en France : c’est assez dommage car il y a tellement de meufs francophones qui ont des choses passionnantes à partager et à qui il suffit de dire : « Hey, lançons-nous dans cette aventure un peu flippante. » C’est un projet coûteux en temps, en énergie et en argent mais ça vaut clairement le coup : même si nos mères seulement achètent un exemplaire, on est quoi qu’il arrive super fières des meufs avec qui on bosse (s’il vous plaît achetez un numéro quand ça sortira).

Ça aura quel format ? Qu’est-ce qu’il y aura dedans ?

Ça sera un magazine annuel au format A5 (facile à transporter). Le thème du premier numéro à paraître en septembre est Internet. C’est sur Internet que l’aventure féministe a commencé car, si la graine avait été plantée avant, elle a clairement germé grâce aux forums, aux blogs, à Twitter et à tant d’autres sources d’info.

On va parler de tout ce qui traite d’Internet, de près ou de loin, avec un angle féministe, que ça soit les hashtags sur Instagram, la pollution digitale, les initiatives des meufs qui bossent dans la tech, les rencontres sur Internet, le cyberharcèlement…

Quel genre de contributions recherchez-vous ? Tout le monde peut participer ?

Toutes les personnes qui ne sont pas des mecs cis peuvent participer. Nos pages sont à la disposition de toutes, envoyez-nous vos idées, pour qu’on puisse en discuter ensemble et voir si on peut vous glisser dans nos pages.

Comment peut-on vous aider, autrement qu’en proposant du contenu ?

En juin, on va lancer une campagne de crowdfunding pour financer le magazine : on aura besoin de soutien à ce moment-là car on va clairement stresser comme jamais.

Si on vous a donné envie de découvrir plein de meufs qui déchirent, vous pouvez vous abonner à Women who do stuff ou les retrouver sur Twitter. Vous pouvez aussi, jusqu’au 30 avril, proposer du contenu pour le magazine papier à womenwhodostuff@gmail.com !