Short (trop court) ? Prêt ! Bottes (trop hautes) ? Prêtes ! Pull (trop décolleté) ? Prêt, et neuf ! Conclusion, je suis prête à sortir, à m’amuser, à discuter de tout et de rien et surtout de l’utilité du féminisme avec des mecs cis qui la connaissent mieux que moi. Passer une bonne soirée calme quand on est ouvertement féministe, c’est mon père Noël à moi. J’y ai cru au tout début, et je me suis rendu compte que c’était de la naïveté de débutante. Pourquoi ?

Déjà, parce que devant un film, si le mot est prononcé, on me regardera avec des gros yeux, qui font l’aller-retour entre la montre et mes globes oculaires levés au ciel, en pariant sur le temps qu’il me faudra avant de m’énerver sur les conneries sexistes du réalisateur dont j’aime même pas les films.

Aussi, parce que j’échappe jamais au fameux « XXX est vraiment trop extrémiste mais toi ça va. » Oui mais le problème c’est que je suis d’accord avec ellui. Mais contrairement aux « autres féministes, toi tu comprends le second degré. » Ravie de l’apprendre, mais c’est peut-être parce que ça fait 3 minutes que nos verres sont posés sur la table, et quand ça en fera 75 et que tu auras fait une vanne sur les travailleureuses du sexe, 3 sur la présumée orientation sexuelle du pote qui écoute un certain genre musical, et encore 2 autres sur les fringues de la barmaid, peut-être que je risque aussi d’être trop extrémiste/radicale/pas drôle-sérieux (je ne relèverai pas le fait que je suis super drôle quand je fais des vannes sur les mecs cis qui pensent le monde selon leurs organes génitaux, mais que ça ne fait marrer que celleux qui participeraient à une réunion en non-mixité avec moi).

Ensuite, parce qu’il semble difficile de concevoir que j’ai beau être féministe, c’est pas ma première occupation, et que, comme quand on s’est connu·e·s, j’ai plein de sujets de conversation. Crois-moi, la psychologie me passionne toujours, je lis encore beaucoup et on pourra quand même débattre sur les starters du nouveau Pokémon. Par conséquent, tu n’es pas obligé·e de me demander si je pense vraiment que c’est pas de la diffamation de croire qu’untel est un conjoint violent, ou que l’autre a violé quelqu’un·e même s’il fait de la bonne musique. Quand je suis avec toi et tou·te·s les autres que j’apprécie énormément, avec un bon verre à la main, surtout si vous n’êtes pas concerné·e·s par mon féminisme, je me passe volontiers de tout ça. Ça peut paraître incroyable mais il faut le savoir : on peut être féministe et un être humain qui aime parler de n’importe quoi avec des potes.

Enfin, parce que je finis toujours par devoir choisir entre éviter les sujets et par conséquent ne pas relever tout ce qui est dit d’oppressif (ça fait vite beaucoup quand on est avec 5 mecs cis ivres), et passer une soirée nulle à me justifier sur toutes les convictions qui font de moi celle que je suis. La balance finit toujours par être plus lourde du côté de la première possibilité, et moi par rire jaune en regardant ma montre et mon copain en espérant un secours (que je reçois parfois, heureusement).

Et là, une question se pose sûrement dans presque toutes les têtes : pourquoi tu continues à sortir avec ces gens ? Parce que selon moi, on peut aimer des gens avec qui on n’est pas d’accord, on peut faire la part des choses quand on a la chance d’avoir, aussi, des ami·e·s et/ou endroits safe où on peut avoir des vrais débats logiques, voire juste la possibilité de s’énerver a posteriori sur ce pote beauf mais gentil qui nous a rabâché, avant de reprendre une latte sur sa cigarette, que :

« je comprends pas les machos, soyons d’accord. Mais les féministes non plus. Chacun existe grâce à l’autre et ne devrait pas exister »

Alors que j’ai cette chance, je sais que ce n’est pas le cas de tou·te·s et parfois, il faut se rendre à l’évidence : quand le fossé est trop profond et l’effort trop casse-pieds, il vaut mieux fuir et, au choix, changer de pote(s), de bar, ou, en dernier recours, de teneur d’alcool dans son verre.