On ne va pas se mentir, il nous arrive à tou·te·s – ou presque – de lâcher une bordée d’insultes ou de jurons. Et il n’y a pas forcément de mal à cela, quoiqu’en dise ma mère (pardon maman !). Sauf que. La plupart des insultes que nous utilisons sont oppressives et là, ça devient gênant.

Qu’est-ce qu’une insulte oppressive ?

C’est une insulte qui s’attaque à un groupe minorisé, qui lui renvoie dans les dents ce en quoi il est censé être inférieur.

Par exemple, quand on dit à un garçon de “ne pas se comporter comme une fillette”, on utilise la faiblesse supposée des femmes pour le rabaisser. C’est sexiste.

Quand on dit à quelqu’un·e d’aller se faire enculer, c’est à la fois homophobe et sexiste, car ça renvoie à l’infériorité du pénétré par rapport au pénétrant. Il en est de même pour “va te faire foutre” ou “enfoiré”, qui ramènent toutes les deux à la sodomie.

En fait, beaucoup des insultes que nous utilisons sont oppressives sans qu’on le sache. Après tout, “con” signifie au départ le sexe féminin. Le but de l’insulte étant de rabaisser la personne visée, la plupart d’entre elle sont des comparaisons avec les catégories de personnes censées être inférieures : les femmes, les personnes racisées, LGBTQI+ ou handicapées… Tout ce qui n’est pas un homme blanc cishétéro valide a droit à sa propre collection d’insultes !

Et ça dépasse même ce cadre là, beaucoup d’expressions toutes faites sont aussi oppressives : sans être une insulte, l’expression “avoir des couilles” sous-entend que le courage est intrinsèquement masculin, alors que cette caractéristique n’est en rien liée à ce que nous avons ou pas entre les jambes.

Il en est de même avec l’expression “C’est Bagdad/Beyrouth ici !” : oui, une chambre bordélique n’est pas la chose la plus agréable. Mais de là à la comparer avec des villes détruites par les guerres…

Beaucoup d’insultes tournent autour de la sexualité présumée des femmes. Sac à foutre en est un bon exemple. Et surtout, l’exemple ultime, l’insulte passée dans le langage courant et utilisée par certain·e·s presque comme une ponctuation, j’ai nommé putain !

Alors oui, comme ça, ça n’a l’air de rien, c’est super versatile, ça sort tout seul et on l’utilise à toutes les sauces. Sauf que, une putain, c’est une travailleuse du sexe, une prostituée. Et les prostitué·e·s sont la cible de nombreuses oppressions et sont souvent utilisé·e·s comme comparaison insultante.

Prenons l’exemple de l’insulte “fils de pute” : Elle est à la fois insultante pour la mère de la personne visée et pour l’ensemble des travailleureuses du sexe. Quitte à insulter quelqu’un·e, autant éviter de faire des dommages collatéraux, non ?

D’ailleurs, quand quelqu’un·e est qualifié·e de “pute” ou équivalent, iel s’empresse de réfuter, preuve que pour beaucoup, il n’y a pas pire que cette insulte. Alors qu’il n’y a rien de mal à être un·e travailleureuse du sexe.

Ceci dit, quelque soit l’intention qu’on met derrière une expression, si elle blesse les concerné·e·s, elle est oppressive. Traiter vos ami·e·s de “PD” et autres “taffioles” n’est pas moins méchant parce que “c’est pour rire”. Ces mots sont oppressifs quelque soit le contexte, c’est pourquoi il est très important de ne jamais les utiliser, qu’importe la situation.

Le point Desproges

Souvent, quand on demande à des gens d’arrêter d’employer un vocabulaire oppressif, on a droit à la même réponse : “On ne peut plus rien dire !” (ou sa cousine “on ne peut plus rire de rien !”, cf. le point Desproges, à qui on fait dire tout et n’importe quoi, malheureusement).

Quand on a appris depuis tout·e petit·e a parler (et à blaguer) de manière oppressive, ça nous paraît parfaitement normal et inoffensif. Après tout, quand on n’est pas concerné·e, ça n’est qu’un jeu de mot, une expression toute faite et plus ou moins vide de sens.

Mais quand cette expression nous renvoie aux discriminations quotidiennes, ce n’est pas drôle. Ce n’est pas anodin.

Les insultes dont tu es le héros

Alors plutôt que de nous morfondre sur toutes les insultes ou expressions nazes qu’on ne va plus utiliser (parce que quand un·e concerné·e nous demande d’arrêter, on ne discute pas), cherchons des insultes non oppressives qui déchirent pour les remplacer !

Déjà, à la place des charmants “va te faire [insérer ici une pratique sexuelle]”, on peut conseiller aux gens d’aller se faire cuire le cul, d’aller regarder l’intégrale des feux de l’amour ou encore d’aller marcher pieds nus sur des Lego !

On peut également emprunter plein d’insultes au Capitaine Haddock, comme par exemple amiral de bateau-lavoir, chouette mal empaillée, ectoplasme ou pirate d’eau douce, pour ne citer que quelques unes de mes préférées ! Attention cependant, toutes les insultes utilisées par ce cher Capitaine ne sont pas safes.

Pour remplacer “putain”, il y a plein de possibilités, dont les merveilleuses expressions datées fichtre, sapristi ou encore saperlipopette. Ou alors la méthode “rattrapage de dernière seconde” : Puuuuu…rée !

Globalement, les comparaisons enfantines et/ou incongrues sont de bons moyens de faire passer le message sans risquer d’être oppressif·ve. Elles ont en plus l’avantage d’être surprenantes et de, parfois, détendre la situation.

Une super insulte non oppressive à partager avec nous ? Le hashtag #SimonaeToiMeme est là pour ça !

Mise à jour du 04/10 11h : Suite aux remarques d’un·e lecteurice, nous avons retiré l’insulte « Bougre », qui fait référence à la sodomie (source).
Mise à jour du 11/10 17h : Nous avons également retiré l’insulte « Moule à gaufre », qui fait référence aux personnes marquées par la petite vérole