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J’ai été violée.
Ça y est, je peux le dire. Et ça me soulage.
Ça peut sembler stupide dit comme ça, mais je viens d’avoir la confirmation que ce truc qui s’est mal passé et que je vis super mal depuis plus de 3 ans sans pour autant oser mettre le mot « viol » dessus, et bien c’en est un.

Une des personnes que je suis sur Twitter vient de partager un article sur un homme qui a été condamné pour avoir retiré son préservatif pendant un rapport alors que sa partenaire avait explicitement dit qu’elle voulait qu’il en mette un.

C’est ce qui m’est arrivé, et je n’avais jamais réussi à mettre le mot « viol » dessus parce que ça ne me paraissait « pas assez grave ». À vrai dire, je n’ai même pas réfléchi à ce que cette relation représentait pour moi jusqu’à ce qu’il y a quelques mois, un témoignage de viol me rappelle ce passage que j’avais occulté.

Sur le moment, je m’étais sentie très mal, mais je n’avais absolument pas l’occasion de me poser et d’y réfléchir, puisque j’avais eu la bonne idée d’avoir une appendicite dans les heures qui ont suivi, donc entre la douleur, l’hospitalisation, le stress de l’opération et la semaine chez moi assommée par les médicaments, j’avais d’autres choses à penser.

J’ai toujours ressenti un malaise en repensant à cette soirée, et mon rapport de confiance avec les amants qui ont suivi n’a plus été le même, mais je n’avais pas réussi à poser de mots dessus.

Je me souviens clairement avoir parlé de cette soirée à une amie, et d’avoir menti sur ce qui s’était passé, lui avoir dit que je m’étais rendue compte qu’il avait enlevé le préservatif et que je l’avais chassé de chez moi. Je savais que quelque chose clochait, mais j’avais honte, comme si j’étais quelque part responsable de ne pas m’en être rendue compte, de ne pas avoir réagi. Sauf que : non.

Lire cet article de presse aujourd’hui, savoir que la justice a reconnu un cas similaire, fait que je m’autorise à me dire que « si, c’est grave », que non, je ne suis pas responsable et que oui, c’était un viol. D’où l’importance des mots, l’importance pour certain·e·s de pouvoir nommer précisément ce qui nous arrive et ce qu’on ressent.

J’ai été violée. Je ne pensais vraiment pas un jour être contente de pouvoir dire ces quatre mots, mais vraiment ça va bien, ça me soulage d’un poids, maintenant que je sais que mon vécu est valide.