Aujourd’hui, c’est conseils et soutien pour les personnes subissant harcèlement et agressions sexuelles dans leur milieu professionnel.

L’affaire Baupin, en mai dernier, a mis le feu aux poudres sur le harcèlement et les agressions sexuelles en milieu professionnel. De plus en plus de professionnel·le·s ouvrent les vannes et les femmes témoignent de leur vécu et leur quotidien, que ce soit chez les avocates, les collaboratrices d’élu·e·s ou dans les métiers du dessin animé. Mais il ne s’agit que d’une première étape ; la suivante consiste en une réaction face à ces comportements sexistes. Loin de moi l’idée de vous imposer quoi que ce soit, ou de vous culpabiliser quant à vos réactions actuelles, il sera seulement ici question de pistes émises pour réagir en tant qu’individu*, du point de vue psychologique et juridique (dans le cas où vous en arriveriez à déposer plainte contre la personne et à la traîner au tribunal).

Si vous avez le moindre doute, voici un tableau qui clarifie la reconnaissance de harcèlement et agression sexuelle (merci Paye Ta Shneck) :

Tableau provenant du site payetaschnek.tumblr.com qui explique la différence entre la drague et le harcèlement en milieu professionnel.

Tableau provenant du site payetaschnek.tumblr.com qui explique la différence entre la drague et le harcèlement en milieu professionnel.

Nous vous recommandons également le site Stop Harcèlement Sexuel mis en place par le gouvernement.

Dénoncer la personne concernée n’est pas toujours la solution la plus évidente et la plus facile qui soit. Se dire “S’il me dit/fait ça, c’est que j’y suis pour quelque chose” est un syndrome de culpabilisation fréquent mais aisément retournable. Il faut permettre à la victime de comprendre qu’elle est victime ; travail psychologique primordial, qui permet ensuite de prendre les armes. Prendre un certain recul est souvent nécessaire, car c’est souvent en quittant le milieu agressif ou les personnes concernées que l’on se rend compte de la force des remarques et du harcèlement. La première étape est donc bien de mettre un mot sur ce que l’on vit. Et pour cela, mieux vaut écouter son ressenti : le fait d’être gênée ou d’être mal à l’aise, même sans savoir exactement pourquoi, suffit à montrer qu’il y a situation abusive. La gêne sert de signal.

Une fois que l’on a identifié un cas de harcèlement, chercher un soutien est un point psychologique (et juridique) primordial. On peut demander à ses collègues s’iels ont observé le comportement du harceleur, envers soi, mais aussi envers d’autres personnes. Plus vous serez nombreux·ses, plus vous aurez de poids. Une première solution pacifiste est de faire passer le mot dans la boîte et d’en discuter avec le harceleur dès que possible. Peut-être celui-ci ne se rend-il pas compte de l’aspect offensant et oppressif de ses propos / comportements (si si, je vous jure, ça arrive, c’est rare, mais ça arrive). Si cette démarche vous met mal à l’aise, le mieux est encore d’en référer à la hiérarchie, même si celle-ci s’avère faire mine de ne pas entendre, d’où l’intérêt de soutien de la part de collègues.

Les soeurs Quann prêtes à se défendre, armées de l'épée et du bouclier de Rose Quartz

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Il faut aussi savoir que les médecins du travail sont censé·e·s être formé·e·s à ce genre de situation et peuvent intervenir auprès de l’entreprise pour appuyer les propos de la victime. Iels ont souvent plus de poids en tant que professionnel·le·s de santé et personne extérieure à l’entreprise en question. Cela peut amener à une inspection du travail et peut tout à fait être anonyme. Si l’on veut pouvoir prouver ses dires, ce qui nous est malheureusement souvent demandé (puisque notre parole ne semble pas suffire), il faut surtout conserver tout échange par écrit (mail notamment) avec le harceleur pouvant soutenir votre propos. De même, n’hésitez pas à lui demander explicitement à l’écrit de cesser son comportement. Le mail permet aussi d’avoir une trace, sans être formel. Il peut aussi permettre de libérer la parole lorsque celle, orale, est difficile à prendre. Cela peut aussi servir de première pièce pour un avocat, car tout ce qui est écrit est attestation et peut servir dans un tribunal.

Si ni la confrontation orale, écrite, voire en groupe, ne change le comportement de la (ou des) personne·s et si votre hiérarchie ne prend aucune mesure après que vous lui avez fait part du problème, il est toujours possible de faire appel aux prud’hommes, ou du moins d’en menacer l’entreprise afin que celle-ci réagisse. Tant que possible, il faut éviter d’en arriver à un procès**, pour deux raisons : ce n’est pas anodin pour quiconque, psychologiquement, d’engager un procès. Si on peut l’éviter, c’est plus évident pour une personne ayant subi outrages et agressions, d’un point de vue thérapeutique. Le temps du procès fixe et creuse la souffrance, l’événement traumatisant. L’autre raison est bien plus vicieuse : les plus coupables sont souvent les plus violents en défense dans la justice, pour diffamation notamment. Même lorsque les témoignages sont multiples, on est sur un terrain de ressenti, d’où difficulté auprès d’un tribunal de faire reconnaître ces agissements.

Ces quelques idées jetées ça et là à l’aide d’une avocate du bureau de Paris spécialiste de la question et d’une psychologue ne résoudront pas le sexisme dans les milieux professionnels mais donneront peut-être quelques clés aux victimes afin que celles-ci ne soient plus démunies lorsque face à un harcèlement sexuel.

*Même si le sexisme est largement institutionnalisé et qu’il faudrait des réactions de la part du gouvernement, au delà de celles des individues concernées.

**Les précisions juridiques sont directement tirées des propos et vérifications faites par une avocate du bureau de Paris spécialiste de la question des plaintes pour harcèlements et agressions sexuelles.