Quand nous avons commencé à monter le projet Simonæ, nous avons listé les sujets que nous souhaitions traiter. Assez rapidement, en plus des thématiques militantes ou culturelles, nous avons pensé proposer des sélections de vêtements accessibles au plus grand nombre. Nous sommes plusieurs dans la rédaction à être soit gro·sse·s, soit fauché·e·s soit les deux à la fois : nous connaissons donc la frustration d’avoir un coup de coeur pour un vêtement hors de notre portée.

Vous avez peut-être vu, parmi les articles présents à la sortie de Simonæ, notre “sélection de vêtements pour la rentrée”. Leur point commun ? Tous disponibles au moins jusqu’au 52 et en dessous de 20€. Le contrat est rempli.

Pour revenir à nos soirées de brainstorming pour déterminer le futur contenu du site, une fois les catégories choisies, nous avons créé une liste des idées d’articles qui nous paraissaient intéressantes et correspondaient à nos convictions. Plusieurs d’entre elles concernaient de près ou de loin l’éthique dans la consommation. Que ça soit en rapport avec l’alimentation (végétarisme & végétalisme, produits bio et locaux…), les cosmétiques (produits cruelty free, marques problématiques…) ou l’habillement.

 

Une éthique à géométrie variable

Vous voyez maintenant certainement où je veux en venir. Nous avons complètement mis de côté l’éthique dans notre premier article. Et ça nous a clairement simplifié la vie. Trouver des vêtements de bonne qualité, disponibles en grande taille, acceptables d’un point de vue éthique et pour un prix raisonnable n’est pas facile. Vraiment.

Et il y a une bonne raison à ça : si beaucoup d’entreprises (dans le textile, mais pas que) exploitent une main d’oeuvre sous-payée dans des pays en développement, avec des conditions de travail à hurler, c’est parce que c’est rentable. Si elles utilisent des matières premières et des procédés de fabrication qui ont un impact extrêmement négatif sur l’environnement et la santé des populations locales, c’est parce que c’est rentable.

Il est normal que des vêtements (ou tout autre objet manufacturé) produits dans le respect de l’environnement par une main d’oeuvre traitée et payée correctement soient significativement plus cher. Trop cher pour les critères que nous avions fixé initialement.

Nous avons longuement débattu, pour savoir quoi faire. Nous sommes persuadé·e·s que chaque achat est un vote, que chaque choix a son importance. Nous ne voulions pas laisser tomber l’éthique sans autre forme de procès, mais nous sommes conscient·e·s (pour en faire l’expérience au quotidien) que notre pouvoir d’achat peut brider nos convictions.

La pin-up éthique

Quoi qu’il arrive, il est hors de question pour nous de culpabiliser les personnes qui n’ont pas les moyens de consommer éthique. Informer, sensibiliser, inciter à améliorer notre impact sur la planète et ses occupants, quelque soit le domaine, nous semble important. En revanche, distribuer les bons points et les punitions arbitrairement est aux antipodes de nos valeurs.

En théorie, il est possible d’acheter éthique avec un petit budget : il “suffit” pour cela d’économiser pour s’acheter “des belles pièces”, de “privilégier la qualité à la quantité”. En pratique, c’est applicable aux personnes qui achètent beaucoup de vêtements peu chers et ont en fait un pouvoir d’achat pas si faible. Mais pour celleux qui n’ont que 2 tenues par saison, comment réduire ? Se balader nu·e “pour raison éthique” me paraît risqué.

 

Je n’ai pas de solution idéale à proposer

Depuis près de 10 ans, je rêve devant les tenues typées 50’s. J’aimerais m’habiller tous les jours avec ce genre de vêtements, mais cela impliquerait de renouveler entièrement ma garde-robe. Je n’ai pas envie de le faire avec des vêtements fabriqués par des enfants à l’autre bout du monde, mais je n’ai pas les moyens de payer $150 par robe (surtout qu’un prix élevé ne présente absolument pas une garantie d’éthique !). Et coudre mes propres vêtements ne fait que déplacer le problème au choix du tissu.

Et me voici, à 4h du matin, à ne pas savoir quoi décider. Faire une sélection similaire à la première ? Prendre en compte l’éthique mais oublier au passage tou·te·s nos lecteurices qui n’ont pas les moyens ? À défaut de pouvoir réunir les deux critères, j’ai décidé, pour mes prochaines sélections de vêtements, de faire une sélection en deux parties, pour n’exclure personne. Je choisirai donc d’une part des vêtements à moins de 20€ pièce et d’autre part des vêtements plus respectueux de l’éthique, tout en essayant de ne pas trop monter en prix. Et je me garderai bien de porter le moindre jugement sur les choix que vous pourriez faire ; dans mon pyjama H&M, je me sentirai déplacée.

Pour tout vous dire, je n’aurais jamais imaginé passer autant de temps sur une “simple” sélection de vêtements…