Aujourd’hui c’est l’Aïd.

L’Aïd el-Adha (fête du sacrifice), aussi appelé Aïd el-kebir (le grand aïd, par opposition à l’Aïd el-seghir le petit aïd qui marque la fin du mois de Ramadan). Cet événement est célébré dans le monde entier car, j’enfonce une porte ouverte, il n’y a pas que les arabes ou maghrébin·e·s qui ont l’Islam pour religion, loin de là. Cette fête porte différents noms selon que l’on se situe en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient etc : Tabaski, Aïd Hejaj, Aïd Qurban, Tafaska, Lebaran Hji… Et le socle commun est qu’il s’agit d’une des célébrations les plus importantes du calendrier musulman qui a lieu tous les ans lunaires, le dixième jour du mois Dhu el-Hidja.

C’est un événement clé : une fête religieuse, spirituelle et familiale.

Il se trouve que nous le célébrons avec ma famille. Ce jour a toujours eu pour moi une saveur spéciale, festive et chaleureuse ; bien avant que cela devienne pour certain·e·s un indice de ma pseudo-radicalisation-express ou de ma non-assimilation à notre sacro-saint état laïc. C’était juste un jour de fête et c’est ce que j’essaie de retrouver chaque année. C’est mon makroud de Proust que je vais tenter de partager.

L’Aïd c’est le jour où lorsque je me lève je trouve déjà ma mère au téléphone avec le bled. Parce qu’il faut appeler tôt, sinon après les lignes sont saturées car beaucoup de gens appellent leurs proches pour leur souhaiter “aïdek mabrouk” (bonne fête). Je me retrouve alors à peine réveillée à parler avec mon accent ridicule à toute ma famille qui m’envoie du love alors que je suis encore en pyjama. Car en effet, c’est un moment de partage avec sa famille et/ou ses proches. On se rencontre ou on s’appelle, on tente de se réconcilier si tensions il y a. Si elle est à proximité, toute la famille débarque et c’est la grande réunion pour deux voire trois jours à certains endroits.

Partage avec les siens

L’Aïd est surtout connu pour son emblématique sacrifice du mouton. Ce rite est un hommage au sacrifice d’Abraham. Celui-ci s’apprêtant à sacrifier son fils en signe de dévotion totale à Dieu, aurait reçu un mouton à sa place pour épargner l’enfant. C’est pourquoi les musulman·e·s sacrifient un mouton le jour de l’Aïd. Généralement chaque famille effectue ce geste symbolique en fonction de ses possibilités financières et/ou physiques, sinon cela peut être substitué par un don, il n’y a pas de souci. Le mouton n’est pas entièrement consommé, il y a un tiers que l’on offre aux personnes nécessiteuses, un tiers que l’on partage avec la famille et les amis et enfin un tiers que l’on garde. Car l’Aïd est également une occasion d’aider les personnes dans le besoin, par le partage d’une partie du sacrifice et par un don d’argent.

Partage avec les siens, partage avec les gens.

Pour la petite fille que j’étais, c’était un de mes jours préférés parce que c’était aussi ma fête. Les enfants sont choyé·e·s le jour de l’Aïd. Les parents leur offrent de nouveaux habits, des cadeaux. Les membres de la famille leur glissent des sous quand ielles arrivent et c’est la grosse effervescence de voir la maison remplie de cousines cousins.
Bref j’étais sapée comme jamais et j’étais la reine du jour.

L’Aïd marque également la fin du pèlerinage à la Mecque, un événement extrêmement important pour les croyant·e·s, étant donné que c’est un des 5 piliers de l’islam.

Partage avec les siens, partage avec les gens, partage spirituel.

Ce n’est pas tout mais « mon diabète n’est pas la pour rien » comme dirait ma vieille tante moulkheir, il y a aussi la culture culinaire. En tant que végétarienne pratiquante radicalisée, ma partie préférée ce sont les gâteaux : je te glisse les recettes en bas, c’est ça la générosité du grand remplacement.

Chez les gens qui effectuent le sacrifice du mouton, on consomme d’ordinaire cette viande, souvent sous forme de grillades ou de plats à base de mouton. Chez moi on ne le fait plus donc c’est couscous : parce que c’est traditionnel et bon et facile à faire en grandes quantités vu qu’il y a du monde à la maison. Parce qu’il ne faut pas oublier que cela représente énormément de travail pour les personnes qui se chargent de cuisiner. J’imagine que chaque famille a ses petites traditions, les habitudes sont très riches et diverses selon les régions.

Intermède anecdote moutonesque :
J’avais une voisine, appelons-la Micheline (sans rancune les Michelines). Micheline donc, se réveille un beau midi de printemps et ouvre ses volets pour respirer l’air frais mais… fichtre ! La voilà tout à fait éveillée car elle aperçoit un filet de fumée s’élevant au bout de la rue. Micheline calcule le temps qu’il lui faut pour fuir avec ou sans charentaises et décide finalement d’appeler les pompiers. Voilà donc la brillante escadrille qui débarque toutes sirènes dehors, camion brillant dans le soleil à la rescousse de Micheline. Ces braves héros sonnent donc avec hâte à la porte de la maison, dans l’urgence de sauver des vies. C’est ainsi que ma mère a ouvert, tablier sur les hanches et une tête de mouton à moitié grillée entre les mains, interrompue en plein barbecue de l’Aïd. Voilà comment je me suis retrouvée avec une demi-douzaine de pompiers hilares dans mon salon ce jour là.

Malheureusement ceci ne se serait probablement pas déroulé ainsi dans le climat actuel, il y aurait eu le GIGN sur le coup et soyons honnête, il n’y aurait pas eu assez de makrouds pour tout le monde.

Plus sérieusement, ceci me permet d’enchaîner sur un message qui me tient à cœur. Je sais que ce n’est pas facile en ce moment. On nous somme d’être discret·e·s. On nous enjoint à adhérer à un régime de conditionnalité qui veut gommer nos cultures sans pour autant nous octroyer les droits fondamentaux qui nous reviennent. Des personnes sont agressées, humiliées, écrasées chaque jour parce qu’elles sont musulmanes ou perçues comme telles. Et comme l’Aïd est entre autres une célébration du partage j’aimerais envoyer de l’affection et du courage à toutes les personnes qui fêtent l’Aïd, ou qui ne la fêtent pas mais pour qui cela signifie quelque chose, peu importe que ce soit culturel, éminemment religieux ou bien une tradition familiale qui vous est chère.

Je vous dis saha aïdkoum, profitez de vos proches choisis ou non, dieu sait que nous en avons besoin.

Les recettes de la maman de Canan

Tulumba

Recette pour 6 personnes

Pour la pâte :

  • 600g de farine
  • 2 œufs
  • 1 cuillère à soupe de sucre
  • 2 yaourts nature (gardez le pot, il servira de mesure)
  • ½ pot d’huile neutre
  • 1 pot de lait
  • 1 pot de polenta
  • 1 sachet de levure
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • De l’huile neutre pour la friture.

Pour le sirop :

  • 2 verres de sucre en poudre
  • 3 verres d’eau

Préparation :

Pour le sirop : faire chauffer et réduire un peu pour obtenir le sirop.

Mettez les deux œufs dans un saladier, puis ajoutez le sucre, la levure et le sucre vanillé. Mélangez bien. Ajoutez un à un les deux yaourts. Mélangez.

Ajoutez l’huile et mélangez. Faites de même avec le lait, mélangez, puis la polenta.
Mélangez le tout.
Ajoutez petit à petit la farine en mélangeant peu à peu pour faire épaissir la pâte. Brassez bien.
Faites chauffer de l’huile dans une poêle ou une casserole pour la friture.
Quand la pâte est prête et l’huile chaude, mettez de la pâte dans une poche à douille pâtissière cannelée et formez de petits ronds que vous plongerez aussitôt dans l’huile chaude.

Faites-les frire puis sortez-les et plongez-les dans le récipient contenant le sirop. Égouttez-les et disposez-les sur un plat.

Sekerpare

Recette pour 8 personnes

Pour la pâte :

  • 125 g de beurre
  • 150 g de sucre
  • 2 œufs
  • 75 g de semoule fine
  • 1/2 zeste de citron râpé
  • 1 sachet de levure chimique
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • farine selon convenance
  • noisettes entières (environ 300 g)

Pour le sirop :

  • 3 verres d’eau (30 cl)
  • 2 verres de sucre en poudre
  • le jus d’1/2 citron

Préparation :

Cassez les noisettes. Mélangez le sucre avec le beurre fondu, jusqu’à ce que le mélange mousse. Ajoutez les œufs et la semoule fine et mélangez le tout.

Râpez ensuite le zeste d’un demi-citron au dessus de la préparation, et ajoutez la levure et le sucre vanillé. Mélangez à nouveau.

Ajoutez petit à petit la farine, en malaxant à la main. Il ne faut pas mettre trop de farine d’un coup car vous devez obtenir une pâte douce au toucher et non collante. En effet, si vous obtenez une pâte trop sèche, vous ne pourrez pas la rattraper. Une fois la pâte obtenue, laissez-la reposer le temps de faire le sirop.

Préparez le sirop : Dans une casserole, mélangez les verres d’eau et de sucre et le jus du demi-citron. Portez à ébullition et laissez bouillir 10 minutes. Éteignez ensuite le feu et laissez refroidir.

Préchauffez le four à 180°C (thermostat 6). Faites de petites boules de 4 cm de diamètre et disposez-les sur un grand plat à gâteau (faites-en plusieurs si nécessaire) en les espaçant de 3 cm. Disposez une noisette au centre en l’enfonçant jusqu’au fond. Faites cuire environ 15 minutes. La cuisson dépend du four, donc surveillez-les : ils doivent être de couleur doré.

Aussitôt les gâteaux sortis du four, versez le sirop dessus petit à petit, laissez les gâteaux absorber et ajoutez-en si nécessaire et suivant le goût. Laissez-les ensuite refroidir.

Revani

Recette pour 12 personnes

Pour la pâte :

  • 4 oeufs
  • 1 verre de yaourt nature
  • 1 verre d’huile
  • 2 verres de de farine
  • 1 verre de semoule fine
  • 1 verre de sucre
  • 1 sachet de levure chimique

Pour le sirop :

  • 3 verres d’eau
  • 3 verres de sucre en poudre
  • 1/2 citron

Préparation :

Pour le sirop : commencez par chauffer l’eau et le sucre et les mélanger. Pressez un demi citron dedans quand le sirop commence à chauffer. 15 min après ébullition, retirer du feu et laisser tiédir.

Mélangez les œufs et le sucre. Ajoutez les autres ingrédients en finissant par la levure.
Beurrez un plat et versez le mélange. Faite cuire dans un four préalablement chauffé à 150°C (thermostat 5) pendant 1 h. Le gâteau est cuit quand il est bien doré. Sortez-le du four et coupez-le en autant de parts que vous voulez, à même le plat. Versez aussitôt le sirop tiédit dessus. Le gâteau chaud absorbe bien le sirop tiède.
Couvrez le plat d’un plat plus grand, et laissez reposer. Servez frais parsemé de noix de coco.

Les recettes de ma famille

 

Baklawa (losanges feuilleté farcis aux amandes)

Recette pour un plat de 50cm de diamètre, possibilité de réduire pour une plus petite quantité

Pour la feuilletage :

  • 1kg de farine
  • 250g de beurre ou de margarine
  • 2 œufs
  • 1 pincée de sel
  • eau

Pour la farce :

  • 1,5kg d’amandes moulues
  • 750g de sucre en poudre
  • 1 cuillère à café de cannelle
  • 1 verre d’eau de fleur d’oranger

Pour le sirop :

  • 1kg de miel
  • 1/2 litre d’eau de fleur d’oranger

Et beurre/margarine pour enduire le plateau et la pâte feuilletée, 1 poignée d’amandes pour décorer.

Préparation :

Pâte pour le feuilletage : passez la farine au tamis, puis mettez la dans un grand saladier. Faites une fontaine dans laquelle vous versez le beurre ou la margarine fondu·e puis ajoutez le sel et mélangez. Ensuite, ajoutez les œufs, et pétrissez la pâte en versant un peu d’eau de temps en temps, jusqu’à ce qu’elle devienne souple. Laissez reposer 30 minutes.

Préparation de la farce : broyez les amandes et mélangez-les avec le sucre et la cannelle. Ajoutez petit à petit l’eau de fleur d’oranger en mélangeant du bout des doigts (ne pas écraser).

Retour à la pâte : formez un gros rouleau, découpez le en 14 tranches, chacune devant être étalée pour obtenir une feuille très mince d’environ 1 mm d’épaisseur.

Beurrez un plat rond d’environ 50cm et 4-5 cm de hauteur. Disposez une première feuille de pâte dans le fond du plateau en la laissant déborder de quelques centimètres. Enduisez cette feuille de beurre/margarine fondu/e. Recouvrez la d’une deuxième feuille qui va également être enduite de beurre ou de margarine. Répétez l’opération jusqu’à la septième feuille. Étalez la farce en une couche de deux ou trois centimètres d’épaisseur. Égalisez la surface et reprenez la superposition des feuilles de pâte et de beurre ou de margarine.

Découpez le gâteau en petits losanges, de trois à quatre centimètre de côté chacun et décorez chaque losange d’une amande entière émondée. Puis badigeonnez de beurre/margarine fondue la surface du gâteau à l’aide d’un pinceau. Laissez cuir au four moyen pendant 1h environ.

Préparation du sirop : chauffez le miel et ajoutez-y l’eau de fleur d’oranger. Laissez bouillir une dizaine de minutes à feu moyen. Puis laissez refroidir.

Lorsque la baklawa est bien dorée, sortez la du four. Arrosez la aussitôt de sirop et laissez la reposer pendant 24h. Puis détachez les losanges pour faire des gâteaux individuels à mettre dans des caissettes.

 

M’chewek (petits fours aux amandes)

Ingrédients :

  • 500g d’amandes moulues
  • 200g de sucre semoule
  • 5 blancs d’œufs
  • 2 sachets de sucre vanillé
  • 1 sachet de levure chimique
  • amandes concassées ou cerises confites

Préparation :

Mettez la poudre d’amandes, le sucre tamisé, le sucre vanillé et la levure chimique dans un saladier. Mélangez puis ajoutez les blancs d’œufs, la pâte obtenue doit être assez molle et maniable.

Faites de boules de la taille d’une châtaigne, enrobez les d’amandes concassées et piquez au milieu de chaque boule une amande émondée (ou rien si vous aviez prévu les cerises confites qui seront mises après).

Disposez les gâteau sur une plaque graissée et mettre au four préchauffé une dizaine de minutes pour chaque fournée. Les gâteaux doivent être très légèrement dorés.

Après avoir retiré les gâteaux du four, disposez les cerises si vous n’aviez pas mis d’amandes et laissez les refroidir avant de les disposer dans des caissettes.

 

Tcherek el eriane (cornes de gazelle)

Recette pour 130 pièces
Ingrédients pour la pâte :

  • 1kg de farine
  • 2 œufs
  • 130g de beurre ou de margarine
  • 175g de sucre
  • 1 bol d’eau
  • zeste d’un citron
  • 2 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger
  • 1/2 sachet de levure chimique

Ingrédients pour la farce :

  • 250g d’amandes moulues
  • 175g de sucre semoule
  • 1/2 cuillère à café de cannelle
  • 2 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger

Ingrédients pour la décoration :

  • 1 jaune d’œuf
  • 1 poignée d’amande concassées

Préparation :

Mettez la farine tamisée et la levure dans un grand saladier avec le beurre ou la margarine fondue, mélangez la pâte en la sablant avec les mains. Ajoutez le zeste de citron, les œufs, l’eau de fleur d’oranger, le sucre et mélangez pour obtenir une pâte homogène. Arrosez la doucement d’eau tout en continuant à mélanger jusqu’à obtenir une consistance ferme et souple.

Divisez la pâte en boules de la taille d’un poing et laissez reposer en couvrant.

Préparation de la farce : mélangez les amandes, le sucre, la cannelle et imbibez le tout d’eau de fleur d’oranger.

Assemblage des pièces : découpez les boules de pâte en quatre, et étalez la pâte au rouleau à pâtisserie en disques d’environ 20-24 centimètres. Découpez les disques en quatre pour obtenir quatre triangles isocèles d’environ 17cm de base et 12cm de côté. Déposez une cuillère à soupe rase de farce sur la base du triangle, roulez puis pliez en fer à cheval pour obtenir la forme d’un croissant.

Dorez la surface au jaune d’œuf au pinceau puis parsemez d’amandes concassées.

Disposez sur une plaque et mettez à cuir au four préchauffé pendant 15 minutes environ à feu moyen. Sortez les gâteaux lorsqu’ils sont légèrement dorés.