La langue est un outil très puissant et n’est jamais neutre. La langue française, par exemple, est fortement genrée et a été parfois modifiée de façon sexiste : un certain nombre de mots ont perdu leur forme féminine au 17ème siècle, sous l’influence du cardinal de Richelieu.

Alors que l’emploi de mots épicènes (neutres, sans connotation de genre) facilite grandement la neutralité dans une phrase et que le point médian prend désormais son envol sur internet, on voit encore majoritairement dans les médias le masculin l’emporter lors par exemple des “sélections d’auteurs” qui pourraient aisément devenir des “sélections d’auteur·es” ou “sélections d’auteurs & autrices”.

Accord de proximité : Un adjectif se rapportant à plusieurs noms s’accorde avec le nom de plus proche dans la phrase “Les hommes et les femmes sont belles”

Également, alors que la règle de proximité grammaticale semble plus fluide à la lecture et était appliquée jusqu’au 17ème et la création de notre très chère (non) Académie Française, la langue française est toujours la langue dans laquelle “Le masculin l’emporte sur le féminin”.

Dès l’apprentissage de la parole on inculque à nos enfants que les hommes sont plus forts que les femmes. C’est comme un accord tacite, un clin d’œil d’hommes sexistes à de futurs adultes sexistes. La langue que l’on parle conditionne beaucoup notre façon de penser et d’envisager le monde. L’anglais est par exemple beaucoup plus factuel que le français qui dispose en revanche d’un vocabulaire beaucoup plus riche dans un certains nombre de domaines (les sentiments par exemple). Les mots dont nous disposons pour nous exprimer façonnent notre pensée.

Beaucoup d’associations féministes luttent pour une orthographe et une grammaire non-sexiste, mais c’est évidemment toujours au niveau de l’Académie que ça coince. Académie actuellement composée de 33 hommes et 4 femmes (dont Simone Veil !), comme c’est étonnant.

L’écriture non-sexiste (aussi appelée écriture inclusive), en plus d’éviter le sexisme de la langue, prend en compte la non-binarité du genre. On ne peut pas connaître le genre d’une personne avant de le lui avoir demandé ou qu’iel nous l’ai dit directement. Alors pour ne pas faire d’impair et blesser inutilement quelqu’un·e, utiliser le pronom “iel” et genrer les adjectifs de manière neutre (“tu es blessé·e ?” ou encore “iel ne sait pas si iel est admis·e en L2”) est une solution parfaite.
On voit aussi apparaître le “æ”, notamment pour les personnes agenres, qui conjuguent “je suis blessæ” par exemple.

Le choix d’utiliser ou non l’écriture non-sexiste est politique. Il est révélateur de nos opinions en matière de féminisme et sur la place à accorder aux personnes qui ne sont pas des hommes cisgenres dans notre société. C’est pourquoi il nous paraît aussi important.

Chez Simonæ nous avons choisi d’utiliser le point médian, non seulement parce que ça rend la lecture plus fluide mais aussi pour gêner le moins possible la navigation avec les logiciels lecteurs d’écran (Comme Jaws par exemple, aide pour les aveugles et malvoyants). Nous combinons aussi les formes féminines et masculines de certains mots, comme auteurices, illustrateurices ou tatoueureuses afin que la lecture soit plus naturelle.
 
Le æ de Simonæ marque cette importance de l’écriture non-sexiste pour l’équipe du magazine.