La contraception définitive est légale depuis la loi de 2001 (!). Mais cela reste le parcours du combattant pour les femmes cisgenres qui veulent y accéder et faire respecter ainsi respecter leur droit à disposer de leur corps librement.

Une femme a décidé de nous raconter son parcours. Nous relayons son témoignage de façon anonyme sans aucune modification.

Qu’est-ce que c’est ?

Petit point vocabulaire avant de commencer : j’ai choisi d’utiliser le terme contraception définitive (malgré les pressions de ma généraliste pour que j’utilise le terme « stérilisation ») d’une part parce que pour moi, il s’agit littéralement d’une méthode de contraception (contre la conception), mais aussi pour différencier la pratique des stérilisations forcées imposées à certaines populations et groupes de personnes. Petite note militante en passant : je pense que le combat pour l’accès libre à la contraception définitive ne doit pas se faire au détriment d’autres combats pour la libre disposition de son corps. Il me semble qu’il est plus visibilisé ces derniers temps parce qu’il concerne en majorité des femmes cis, hétéro et souvent blanches (je n’ai pas vu en France de témoignages de femmes racisées sur la question mais j’ai peut-être mal cherché), qui sont celles qui ont accès le plus facilement aux médias mais aussi aux informations et qui sont plus facilement prises au sérieux par le corps médical.

Il existe globalement deux méthodes de contraception définitive : soit l’introduction, sans anesthésie, de petits ressorts dans les trompes pour les boucher (appelée méthode Essure), soit la ligature à proprement parler, qui nécessite une intervention chirurgicale et donc une anesthésie. Légalement, les personnes qui choisissent ce type de contraception ont le choix entre les deux méthodes. Dans les faits, selon la gynécologue qui l’a pratiquée sur moi, lorsque vous êtes une femmes cis nullipare de moins de 30ans (comme moi), vous avez intérêt à bien réagir à la première (pas d’allergie au nickel et succès de l’occlusion des trompes au bout de trois mois) parce que visiblement, des instances qui n’ont rien à voir avec votre suivi (par exemple le directeur de l’hôpital) peuvent s’opposer à une ligature des trompes, qui nécessite une anesthésie générale.

 

Mon parcours

Aussi loin que je me rappelle, je n’ai jamais voulu d’enfants, malgré les pressions de mon entourage (« tu es une fââââme, tu ne veux donc pas donner la vie ? »). La décision de la contraception définitive était prise avant même que je ne connaisse la pratique, mais marquée par mon environnement, j’étais persuadée d’être une forme de monstre, pas vraiment humaine, à ne pas vouloir d’enfants, à penser que je préférais mourir que d’être enceinte, que si je devais avorter je ne serai pas dévastée. L’idée d’une grossesse m’angoissait tellement qu’au moment de choisir ma destination pour l’année à l’étranger intégrée à mon cursus universitaire, j’ai éliminé d’office tous les pays où l’avortement n’est pas autorisé.

Je pense que je devais avoir 23ans quand j’en ai parlé pour la première fois à une gynécologue dans un planning familial (rattaché à un hôpital, et non un centre MFPF). Je ne la connaissais pas et j’étais encore assez mal renseignée, je venais pour une contraception, j’ai précisé que je ne supportais pas les hormones et que j’étais incapable de prendre un médicament régulièrement. Je suis repartie sans ordonnance, forte du conseil « à votre âge, c’est la pilule qui est la plus adaptée » et au sujet de la contraception définitive « passez voir notre conseillère familiale, parce que c’est très violent ce que vous dites ». La-dite conseillère a conclu qu’il fallait que je réfléchisse, que finalement, j’avais de la chance d’avoir grandi dans un environnement très marqué par l’extrémisme catholique, parce que « au moins j’avais un cadre ». Elle voulait absolument que je lui dise que j’achetais compulsivement des test de grossesse (ce que je ne faisais pas, je l’ai beaucoup déçue je pense). Je suis ressortie de la consultation pas plus avancée que j’y étais entrée et j’ai passé encore deux ans à trembler à chaque rapport hétérosexuel puis à compter les deux semaines qui suivaient avant d’acheter un test de grossesse malgré un usage systématique du préservatif… Pendant longtemps, toute ma sexualité a tourné autour de ce risque de grossesse et de la terreur qu’il m’inspirait.

J’ai ensuite rencontré (dans un MFPF) une gynéco, une vraie, qui a été à l’écoute, qui prend en compte ce qu’on lui dit et qui le note, pour avoir tous les éléments en mains lors de la consultation. Après ma précédente expérience, je m’étais renseignée soigneusement et j’ai demandé un stérilet cuivre, qu’elle m’a prescrit sans problème après avoir vérifié que je connaissais les autres modes de contraception. Je lui ai également parlé de mon projet de contraception définitive mais elle était peu renseignée sur le sujet. Elle m’a tout de même promis que si je décidais d’y avoir recours, elle me ferait une lettre de recommandation confirmant que j’avais fait part de mon non-désir d’enfant depuis la première consultation.

Les choses se sont bien passées avec mon premier stérilet pendant environ un an et demi, le moyen me convenait à peu près et j’avais entendu parler des difficultés des femmes qui réclamaient une contraception définitive. Je ne me sentais pas la force de me battre, surtout que le stérilet représentait un bon compromis. J’avais moins peur, même si je guettais toujours anxieusement mes règles et les moindres signes de grossesse, jusqu’au jour où, convertie à la coupe menstruelle depuis quelques mois, j’y ai retrouvé mon stérilet, pénard. La pose du second a été rapide, tout comme sa chute, d’autant plus traumatisante que j’ai du finir de le sortir moi-même. Après cette expérience, je n’ai plus voulu de stérilet et me suis retrouvée à nouveau sans contraception de confiance.

Mon copain m’avait montré, quelques mois auparavant, un article de Martin Winckler qui recensait tou-te-s les gynécos qui pratiquaient la méthode Essure sur des nullipares sans poser de problèmes (disponible ici) et bingo, il y en avait une dans ma ville. J’ai donc pris rendez-vous chez elle, munie de la lettre de ma gynéco régulière.

 

La procédure

Je suis sortie du premier rendez-vous assez mitigée : j’avais signé les papiers confirmant ma demande d’une contraception définitive, la gynéco n’avais rien demandé et m’avait informée de la procédure : quatre mois de réflexion puis le rendez-vous pour la pose des implants, suivie d’une hystérographie de contrôle (plus invasive qu’une simple échographie, et visiblement nécessaire quand la personne est jeune pour bien voir les trompes) trois mois plus tard. J’étais cependant mal à l’aise, je n’avais pas pu parler de mon parcours alors que j’en avais besoin, la gynéco était très froide et je ne lui faisais pas vraiment confiance, tout en sachant que je n’avais pas le choix. Ma « candidature » a été acceptée sans histoires car j’ai été considérée en échecs de contraception suite à la chute des deux stérilets et de mon intolérances aux hormones, mais elle n’a pas beaucoup insisté sur la question et elle ne semblait pas prendre ce critère très au sérieux.

Les quatre mois de « réflexion » se sont extrêmement mal passés. Je pense que si la secrétaire m’en a parlé, c’est que ç’avait déjà été pratiqué, mais je ne sais pas sur quels critères c’était pris en compte. Je conseillerai de bien s’entourer, de personnes de confiance, qui ont déjà accepté cette décision et qui pourront permettre de se recentrer sur soi, sa décision et ses choix de vie au besoin. Je n’ai pas cherché assez de soutien auprès de mes amis ou de mon copain, je n’avais pas dit (et n’ai toujours pas dit) à la quasi-totalité de ma famille que j’allais passer à la contraception définitive si ce n’est à ma mère qui a très mal pris la chose. Actuellement le sujet est encore tabou avec elle et elle ne m’en a plus jamais reparlé. J’étais assaillie de doute qui n’étais pas les miens, tous les discours que j’avais entendus, intégrés et que je croyais avoir dépassés sont remontés et, tout en sachant que je ne voulais pas d’enfant, je me laissais envahir par les « et si tu regrettes » qu’on m’avait répétés.

Le 17 juillet, je me suis présentée pour l’intervention. La gynéco était beaucoup plus douce et attentive que lors de la première consultation, j’ai pu voir l’intérieur de mon utérus, mes trompes… ce qui m’a permis de reprendre un peu le contrôle sur cette partie de mon corps qui avait été malmenée ces derniers mois et que j’avais par ailleurs toujours considérée comme une menace. Le premier ressort sans douleur particulière, puis le second qui a provoqué une petite crampe et a déclenché des larmes… de joie ! J’ai été étonnée de l’intensité de ma réaction et même au bord du malaise vagal je n’arrêtais plus de sourire. Avec le recul, je pense que c’est un des souvenirs les plus importants et les plus heureux de ma vie : il note le jour où mon corps a commencé à me ressembler, à vraiment être le mien.

Le rendez-vous de contrôle, trois mois plus tard, a été beaucoup plus éprouvant. J’étais extrêmement stressée par l’hystérographie (et la secrétaire qui m’a prévenue que « c’est extrêmement douloureux » n’a rien fait pour me rassurer). Sur place, le personnel a été adorable, du radiologue aux infirmier-e-s sauf que… la salle de radio n’était pas équipée d’étriers, je devais donc tenir mes jambes repliées sur le bord de la table tout en étant détendue (essayez, c’est impossible, encore plus avec du liquide dans l’utérus). Résultat : une perte de connaissance et 1h30 de malaise vagaux enchaînés. Mais mes trompes étaient bien bouchées. J’en avais fini avec plus de 25ans d’angoisse.

 

Bilan : un an plus tard

Je ne regrette à aucun moment ma décision. Je suis mieux dans mon corps, j’ai l’impression qu’il me correspond beaucoup mieux maintenant qu’il est débarrassé de ce qui était pour moi une encombrante capacité de procréer. J’aurais aimé avoir accès à ce mode de contraception plus vite, sans culpabilisation, sans violences… en fait comme j’en ai le droit légalement.

Mais… j’aurais aimé aussi qu’on me laisse le choix de la méthode. Mon premier mouvement a été de me dire que la ligature était hors de question pour moi, j’ai trop peur des anesthésies générales et de toute façon la question ne se posait pas, c’était Essure ou rien. Ce à quoi je n’avais pas pensé, c’est qu’il y a encore peu de recul sur la méthode Essure, j’ai lu des témoignages assez anxiogènes (visiblement plutôt liés aux allergies au nickel) et j’ai été très peu informées sur les effets secondaires lors de la première consultation gynéco. On m’a dit que la méthode était sûre et fiable, rien de plus. Je n’ai aucun effet secondaire, si ce n’est une sensation de tension au niveau des implants de temps à autres et des règles moins abondantes qu’avant. Globalement tout se passe bien, mais la plupart des femmes qui ont recours à cette contraception ont plutôt entre 40 et 50ans voire un peu plus, je n’ai pas trouvé de témoignages d’autres personnes ayant eu recours à cette contraception dans leur vingtaine, je n’ai aucune idée de comment mon corps et le dispositif vont évoluer ensemble et jusqu’à maintenant, personne n’a pu me renseigner. J’ai l’impression de servir de cobaye sans qu’on m’en ait informée à l’avance. Je ne pense pas que ma décision aurait été différente si l’on m’avait parlé clairement de ce manque de visibilité avant, mais c’est assez désagréable et anxiogène de se poser ces questions sans pouvoir y répondre une fois que l’intervention a été faite. D’une façon générale, je regrette le côté « à la chaîne » des interventions, sans pouvoir à aucun moment me décharger. Je ne sais plus si on m’a proposé un suivi avec un-e psy, je l’aurai de toute façon refusé de peur qu’on essaie de me faire changer d’avis ou de compliquer la procédure. Mais j’aurais aimé que la gynéco me fasse sentir que j’étais une personne avec un parcours particulier, et non juste un élément de sa routine de travail.

D’un point de vue plus personnel, j’aurais aimé mieux savoir m’entourer (ou qu’on me le conseille) durant la période de réflexion. Idéalement, je pense qu’elle devrait être supprimée, elle me semble inutile et culpabilisante : le/la gynécologue a de toute façon l’obligation d’informer sur les autres modes de contraception au cours de la première consultation, je doute que des femmes demandent une contraception définitive puis regrettent qu’elle soit définitive si les informations sur la contraception sont librement accessibles. Je pense que ça pourrait être bien d’avoir une page, des endroits où on puisse trouver du soutien si l’on en trouve pas dans son entourage pour pouvoir se recentrer sur ses besoins et ses envies, se débarrasser des discours dissuasif, qui regroupe aussi les témoignages des personnes qui ont pu accéder à ce type de contraception pour échanger sur la présence ou non d’effets secondaires (les seuls sites que j’ai trouvés sur le sujet étaient très alarmistes et angoissants, presque tous rédigés en anglais, et souvent assez peu rigoureux concernant les analyses médicales effectuées). Vous pouvez aussi contribuer à la liste de Martin Winckler si vous trouvez des gynécos pratiquant cette méthode qui n’y figurent pas.