J’avais l’impression d’être seule à ressentir ça, cette attirance pour mon agresseur, que je n’arrive pas à canaliser, à contrôler. Et puis en abordant le sujet avec d’autres, je me suis rendue compte que nous étions beaucoup en réalité, sans trop oser l’exprimer.
J’ai donc souhaité vous partager mon témoignage sur le sujet, un texte écrit parce que, malgré tout, j’avais besoin d’en parler.

Tu es magnifique.
Je regarde ton visage, ton corps.
Tu me souris et je te trouve beau.
Je te trouve beau et la nausée monte, elle monte à ma gorge, mon ventre se tord, mes entrailles prennent feu.
Comme d’habitude je te souris en retour, les poings serrés jusqu’à laisser l’empreinte de mes ongles dans mes paumes.
Je te trouve beau et tu m’attires, et je me dégoûte.
Je te hais, tu me révulses, mon corps entier n’aspire qu’à être loin de toi, et pourtant veut être contre le tien.
Mes yeux me brûlent, à force de retenir les larmes que je me refuse à verser devant toi.
J’ai honte.
J’ai honte alors que l’ordure de nous deux, c’est toi.
À chaque fois que je te croise, je suis attirée par ta beauté, par ton charme taquin et joueur. Par ton sourire et tes mots doux, bien loin de la douleur que tu engendres.
Tu fais naître une chaleur au creux de mes reins, une chaleur sauvage qui se répand comme une angoisse sourde dans tout mon corps. J’ai l’impression qu’on m’enfonce une multitude de poignards le long de la colonne vertébrale, je n’arrive plus à penser. J’agis automatiquement quand tu es là, en pensant seulement à survivre jusqu’à ton départ que j’espère imminent.
Mais tu ne t’en vas jamais, tu ne comprends pas, tu n’as jamais compris. Tu ne t’es jamais rendu compte de ce que tu avais fait, pour toi nous sommes simplement d’anciens amis qui se sont éloignés, qui ont pris des chemins différents. Qu’il est agréable de se revoir, de se recroiser au hasard d’une terrasse de bar un verre à la main.
Je crois n’avoir jamais connu le dégoût avant de t’avoir rencontré. Tu es un élancement dans ma poitrine, une douleur atroce qui me lamine chaque cellule et me fait perdre toute envie de continuer. À quoi cela servira ?
Ta suffisance me nargue, ton ego me fait vomir. Littéralement. Je rentre chez moi en titubant, les larmes aux yeux, à chaque fois que je te croise. Tu as introduit en moi un vice de faiblesse, une torture nerveuse que je ne saurais nommer. Tu me diminues, m’écrases. J’exècre chaque molécule qui compose ton corps. Chaque bout de toi dans lequel la vie vibre encore.
Principalement tes mains. Ces mains qui ont retenu les miennes, de force, laissant des bleus sur mes poignets. Et tes lèvres, qui se sont apposées sur ma bouche qui te suppliait d’arrêter. Tes yeux, qui me regardaient avec envie alors que mon corps entier était paralysé par la peur.
Je tremble de dégoût quand je pense à toi. Quand je te vois, c’est comme si à chaque fois on me traînait à nouveau sur ce canapé. Je retombe toutes ces années en arrière et m’aperçois que rien n’a changé.
J’ai eu beau avancer, réussir à en parler, franchir les portes du commissariat, rien n’a changé.
Tu insuffles toujours en moi cette douleur fulgurante qui tranche les artères de ma haine pour ne laisser que le vide, l’amertume et la honte.
Combien de fois j’ai rêvé de te confronter, de te balancer à la figure les mots que j’ai mille fois répétés, pour finalement me retrouver silenciée de mon mépris. Quand je ne rêve plus de mots, je rêve de mes poings qui s’abattent sur toi, en sachant pertinemment que même cela ne calmera pas la répugnance qui m’habite.
Je te hais, et je te trouve beau.
Je te trouve encore beau et je me fais horreur.