*D’après le titre éponyme de la chanson de Ysa Ferrer

Je suis bisexuelle. La définition que je donne communément à ce terme est « l’attirance pour des personnes du même genre que le mien et de genres différents du mien. » Cette attirance peut être fluide et changeante dans le temps.

Si je revendique aujourd’hui cette identité, il n’en a pas toujours été ainsi.

J’ai grandi dans un milieu hétérocentré. Ma famille ainsi que mon cercle de connaissances plus ou moins proches sont  exclusivement composé·e·s de personnes hétérosexuelles. Il en est de même pour les livres et les médias auxquels j’ai alors accès. Enfant, j’accepte cette norme comme étant naturelle, faute de modèle auquel je peux me raccrocher. Le seul indice me permettant de comprendre qu’un autre type de relation est possible est les remarques homophobes formulées lors de l’un ou l’autre repas de famille. La connotation négative de ces propos ainsi que le manque de représentations m’angoissent pendant longtemps. Je ne suis vraisemblablement pas normale, peut-être même suis-je malade ? Dans les deux cas, j’ai pris parti de ne parler à personne de mon mal-être et de le cacher au plus profond de moi, persuadée qu’il m’arriverait malheur dans le cas contraire.

Petit à petit, mes goûts littéraires évoluent, je fais la rencontre du Portrait de Dorian Gray et des Mémoires d’Hadrien, je découvre le manga ‘L’infirmerie après les cours’ de Setona Mizushiro et je vois également apparaître des couples homosexuels à l’écran. Je m’accroche à eux comme à une bouée de sauvetage. Enis del Mar et Jack Twist (Brokeback Mountain, 2005), Willow Rosenberg et Tara Maclay (Buffy contre les Vampires, saison 4 et suivantes, 1999-2003) et Oscar Wilde m’apportent de l’espoir et une certaine réflexion mais pas encore la réponse que j’attends. Début d’adolescence, alors en plein crise existentielle, je suis perdue dans cet espace invisible entre homo et hétéro. En 2008, j’ai 16 ans. Affalée sur mon canapé, je regarde la nouvelle saison de Docteur House et le personnage de Remy Hadley alias Numéro 13 apparaît. C’est le premier personnage bisexuel que je rencontre qui est présenté comme tel, je suis à la fois heureuse et soulagée de ne plus être seule.

Si je vous ai résumé grossièrement mon parcours, c’est avant tout pour vous parler de la biphobie, qui constitue pour moi le fondement même de cette invisibilisation médiatique. Il est vrai que ces dernières années, de plus en plus de personnalités et de personnages bisexuel·le·s sont présent·e·s à l’écran. Je citerai notamment les noms d’Oberyn Martell et d’Ellaria Sand dans Game of Thrones, d’Annalise Keating dans How to Get Away with Murder, de Brittany Spierce dans Glee et de Piper Chapman dans Orange is the New Black. Même s’il y a encore du travail à fournir du point de vue de la diversité, c’est d’ores et déjà une petite avancée. Cependant, la situation n’est pas idyllique, malgré ce constat relativement réjouissant [1]. La biphobie est encore bien ancrée, aussi bien en milieu hétéro qu’homosexuel. Elle se manifeste sous la forme de peur, de préjugés, de propos ou d’attitudes discriminatoires ou encore de haine. Amber Heard en a récemment fait les frais, suite à son divorce en raison de violences conjugales.

Petit florilège

(N’hésitez pas à le compléter dans les commentaires) :

  • « La bisexualité n’existe pas, un individu ne pouvant être qu’homo ou hétéro. »
    Monde binaire, quand tu nous tiens. Des personnalités telles que Marlene Dietrich, James Dean, Freddie Mercury ou encore Eleanor Roosevelt ont notamment été catalogué·e·s soit l’un soit l’autre, leur bisexualité ayant été minimisée, voir ignorée.
  • « La bisexualité est une phase, un choix ou un mensonge formulé pour attirer l’attention. »
    Dans un cas comme dans l’autre, cela renvoie bien évidemment à l’idée que la bisexualié n’existe pas. Personnellement, si je voulais attirer l’attention, je prendrais une guitare et un micro et j’irais chanter It’s raining men au Vatican en pleine messe de Noël.
  • « Une personne bisexuelle est confuse, instable, infidèle, dangereuse (car transmet des MST) et profiteuse (à la fois des privilèges de la communauté hétérosexuelle et du mode de vie de la communauté LGTBQIA+). »
    Un portrait plus que flatteur donc.
  • « La femme bisexuelle est d’ailleurs nymphomane, secrètement hétérosexuelle, existant avant tout pour satisfaire l’homme cisgenre hétérosexuel. L’homme bisexuel quant à lui n’existerait pas, ou alors il est secrètement gay. »
    Société patriarcale, je hurle ton nom.

 

I don’t know how ; I don’t know why, but I like ladies and I like guys. I realize it’s a surprise. But now I see that that’s just me, it’s not like I even try. So, if you ask me how I’m doing, here is my reply. I’m g-g-g-g-gettin’ bi. I’m gettin’ bi. Oh yeah, I’m lettin’ my bi flag fly. Not gonna hide it; not gonna lie. I’m a bi kinda guy; there’s no reason to be shy; my, oh, my, it’s a fact I can’t deny. I’m bi, bi, bi until the day I die. Now some may say, « Oh, you’re just gay. Why don’t you just go gay all the way? » But that’s not it, ’cause bi’s legit. Whether you’re a he or a she, we might be a perfect fit. And one more thing, I tell you what; being bi does not imply that you’re a player or a slut. Sure, I like sex. But I’m no ho, I take things slow, until I feel at ease. So, if you ask me how I’m doing, I’m feeling preppy, sprightly, spry I’m g-g-g-g-gettin’ bi. I’m gettin’ bi. And it’s something I’d like to demystify. It’s not a phase; I’m not confused; not indecisive; I don’t have the « gotta choose » blues. I don’t care if you wear high heels or a tie, you might just catch my eye because I’m definitely bi. I’m gettin’ bi. I’m gettin’ bi. I’m gettin’ bi. I’m gettin’ bi. I’m gettin’ bi. I’m gettin’ bi. It doesn’t take an intellectual to get that I’m bisexual.

Je ne sais pas comment ; je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les filles et j’aime les gars. Je réalise bien que c’est une surprise. Mais maintenant je me rends compte que c’est juste moi, ce n’est même pas comme si j’avais essayé. Donc, si tu me demandes comment je vais, voici ma réponse. Je suis bi. Je suis bi. Oh oui, je laisse mon drapeau de la bisexualité voler. Je ne vais pas le cacher ; ni mentir. Je suis un garçon bi ; il n’y a pas de raison d’être timide ; oui, oui, oui, c’est un fait que je ne peux pas nier. Je suis bi, bi, bi jusqu’à ma mort. Maintenant certaines personnes pourraient dire, ‘’Oh, tu es gay. Pourquoi ne pas tout simplement le présenter ainsi ?’’ Mais ce n’est pas ça, la bisexualité existe. Que tu sois un il ou une elle, nous nous accorderons parfaitement. Et je vais te dire une chose encore ; être bi n’implique pas que tu sois un·e joueureuse ou un·e salop·e. Bien sûr, j’aime le sexe. Mais je fais les choses en douceur, jusqu’à ce que je me sente à l’aise. Donc, si tu me demandes comment je me sens, je suis un bisexuel stylé, pimpant et dynamique. Je suis bi.  Et il y a quelque chose que je voudrais démystifier. Ce n’est pas une phase ; je ne suis pas confus ; ni indécis ; je n’ai pas le blues de « je dois choisir ». Je m’en fiche si tu portes des talons hauts ou une cravate,tu devras simplement me taper dans l’œil parce que je suis définitivement bi. Je suis bi. Je suis bi. Je suis bi. Je suis bi. Je suis bi. Je suis bi. Il ne faut pas être un intellectuel pour comprendre que je suis bisexuel.

Les conséquences

Il faut  savoir que le manque de représentation, les propos et attitudes discriminatoires et les actes haineux ont des conséquences sur la santé mentale et physique des bisexuel·le·s, ainsi que sur leur situation :

  • D’après une étude effectuée aux Etats-Unis [2], les femmes bisexuelles sont davantage victimes de viols et de violences sexuelles que les femmes hétéro ou homosexuelles, et elles sont aussi beaucoup plus victimes de violences conjugales [3].
  • Elles sont également plus précaires (niveau d’éducation et salaire plus bas, davantage d’enfants à charge) que les femmes homosexuelles [3].
  • Les personnes bisexuel·le·s ont plus de risque de souffrir d’hypertension, d’une mauvaise santé physique, de troubles de l’anxiété, de dépression et d’avoir des pensées suicidaires que les individus hétéro et homosexuels [3].
  • Les adolescent·e·s bisexuel·le·s ont davantage de problème d’alcool ou de drogues que les adolescent·e·s hétérosexuel·le·s [3 ; 4]. Iels consomment également plus de tabac [4].

Ce qu’il faut retenir de tout cela est que de manière générale, la communauté bisexuelle manque de supports institutionnels [5], de reconnaissance globale et de visibilité, d’où l’importance d’une journée comme le 23 septembre dernier [6].

Bibliographie et liens utiles

[1]  Gay & Lesbian Alliance Against Defamation – Rapport annuel de 2016  (À lire ici)

 

[2] The National Intimate Partner and Sexual Violence Survey : 2010 Findings on Victimization by Sexual Orientation, 2013 (À lire ici (fichier .pdf, 1,72Mo))

 

[3] San Francisco Human Rights Commission, Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations. (À lire ici (fichier .pdf, 436Ko))

 

[4] SAEWYC E. et al., 2007. Not Yet Equal : The Health of Lesbian, Gay, & Bisexual Youth in BC., McCreary Centre Society.

 

[5] Bisexual Resource Center a produit un ouvrage répertoriant toutes les associations bisexuelles dans le monde (Bisexual Resource Guide). Sinon, il existe un site répertoriant toutes les associations européennes. En France, il existe notamment l’association Bi’Cause sur Paris. En Belgique, on peut retrouver l’association AmBIgu basée à Bruxelles.

 

[6] La Journée Internationale de la Visibilité Bisexuelle a également son propre site web.