Aujourd’hui, nous sommes le 28 septembre, Journée Mondiale pour le Droit à l’Avortement. Elle intervient deux jours après la Journée Mondiale de la Contraception, deux journées pour deux facettes d’un même droit : celui de disposer librement de nos corps.

Ces journées sont indispensables, car en 2016, même en France, le droit à l’avortement ne cesse d’être remis en question. Des groupuscules anti-choix sont de plus en plus vocaux, et remettent en cause ce droit fondamental, plus de trente ans après sa proclamation. Même si nous avons le droit d’avorter, dans les faits cet acte reste fortement stigmatisé ; cela le rend difficile d’accès et les concerné·e·s sont souvent culpabilisé·e·s. Pour sensibiliser les jeunes à cette question, le Planning Familial a lancé la campagne #CeciNestPasUnCintre, qui a été un véritable succès sur les réseaux sociaux. La phase de teasing est aujourd’hui terminée, et le site cecinestpasuncintre.fr est maintenant visitable. C’est le moment de faire le point sur la situation du droit à l’avortement en France et en Europe et ce qui peut être fait pour défendre ce droit fondamental. Merci à Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial et Danielle Gaudry, responsable de la commission avortement au Planning Familial pour leurs informations et réponses à nos questions.

#CeciNestPas1Cintre, une campagne qui marche !

Pour la 1ère fois, le Planning Familial a fait le choix d’une campagne en 2 temps, résolument moderne, alliant une communication décalée mais aussi prodiguant des informations précises et sérieuses. Les visuels ont été réalisé par SilverBD, et de nombreuses personnalités se sont associés à la campagne : Pénélope Bagieu, Kiyémis, Elsa Grangier, et Rokhaya Diallo, entre autres. Cette campagne constituait à détourner le cintre, instrument d’avortement illégal dans beaucoup de pays, et historiquement en France, en objets loufoques et inattendus. Elle avait pour but d’informer et de déculpabiliser, plus particulièrement les jeunes à travers l’utilisation des réseaux sociaux.

Résultat : plus de 6000 fans sur Facebook en 10 jours, plus de 1000 followers sur Twitter, près de 9000 vues sur le trailer. Cette campagne a également permis de libérer des paroles, puisque le Planning a reçu un millier de témoignages de personnes ayant été confrontées à l’avortement.

Le Cintre, un symbole du passé en France, mais toujours d’actualité ailleurs !

Les avortements ont toujours existé, même quand ils n’étaient pas autorisés. Ils ne sont pas arrivés avec le droit à l’IVG. Le nombre d’avortement est même continuellement en baisse. Et aujourd’hui encore, 50% des avortements dans le monde se font clandestinement. Cette situation entraîne 5 millions de complications (stérilité, fistules, infections…) et jusqu’à 47 000 décès chaque année. L’avortement est encore illégal ou extrêmement restreint dans de nombreux pays d’Amérique du Sud et d’Afrique. Mais pas seulement ! En Europe aussi, des pays comme l’Irlande, Malte ou Chypre ne disposent pas d’un droit à l’avortement. La situation est d’ailleurs extrêmement alarmante dans certains pays d’Europe, qui menacent d’un recul dangereux. Hier en Pologne, où le droit à l’avortement était déjà fortement limité, le Parlement a adopté en première lecture le projet de loi visant à l’interdire purement et simplement et surtout à le pénaliser sous la pression de militants anti-choix.  Cette situation est d’autant plus dangereuse qu’on craint l’effet domino en Hongrie et en Roumanie. Mais la résistance est bien là puisque face à cela, une autre initiative populaire polonaise, “Sauvons les femmes”, s’est créée et milite pour le droit à l’avortement. Si vous souhaitez vous mobiliser, un grand rassemblement est prévu à Paris, le dimanche 2 octobre à 15h devant l’Ambassade de la Pologne, à l’initiative de l’Association “Vous d’Abord”.

 

En France, de récents progrès au niveau de la loi, mais toujours des difficultés en pratique

Depuis deux ans, de nombreux progrès ont étés réalisés au niveau de l’accès à l’IVG : les centres de santé ont le droit de procéder à des interventions chirurgicales et les sages femmes ont la possibilité d’effectuer des IVG médicamenteuses. Tous les actes et examens du parcours IVG sont également remboursées à 100 %. Le numéro vert “Sexualités, Contraception, IVG” fête également son premier anniversaire (0800 08 11 11).

Malgré toutes ces avancées, l’avortement reste un acte fortement stigmatisé : les concerné·e·s sont culpabilisé·e·s et ont peur de demander de l’aide, et de nombreux centres ont fermé par manque de subventions ou de rentabilité. Ce manque de centres a entraîné une grande inégalité territoriale, notamment dans les milieux ruraux, ou pour les mineur·e·s qui ne peuvent pas se déplacer seul·e·s. La désinformation est également un des plus grands obstacles à l’IVG pour les jeunes qui ne sont pas renseigné·e·s : des groupuscules anti-choix se sont réappropriés de nombreux slogans pro-ivg, afin de créer des sites contenant de fausses informations ou des pamphlets culpabilisants. Il est donc important de connaître les seuls sites fiables et sûrs : ivg.planning-familial.org et ivg.social-sante.gouv.fr.

 

Recommandations et actions du Planning Familial

Le combat ne s’arrête pas là. Le Planning Familial réclame actuellement de nouvelles avancées au niveau des lois et des moyens pour garantir la bonne application des lois déjà en vigueur. Il s’agit entre autres de : toujours laisser le choix de la méthode aux concerné·e·s, donner la possibilité aux sage-femmes de procéder à des IVG instrumentales, former tous les personnels de santé et d’accueil des personnes en parcours IVG, supprimer la clause de conscience pour les praticien·ne·s et personnel de santé, et appliquer la loi de 2001 sur la contraception, la contraception définitive, et l’éducation sexuelle qui prévoit notamment 3 séances par an d’éducation sexuelle et sentimentale, entre 6 et 16 ans (!).

Le Planning Familial s’engage aussi dans la lutte contre les mouvements anti-IVG pour détricoter les informations fallacieuses qu’ils prodiguent. Iels attendent la concrétisation du projet de Laurence Rossignol sur l’introduction délit d’entrave numérique à l’IVG pour contrer les sites internet de désinformation qui se cachent derrière une apparente neutralité. Le 10 octobre, iels seront présent·e·s à l’Assemblée Nationale, avec la députée Catherine Coutelle, pour une conférence afin de faire le point sur les mobilisations “anti-genre” en Europe. Des chercheur·se·s qui connaissent très bien ces réseaux conservateurs et anti-choix seront là pour mettre au grand jour les méthodes de financement et le lobbying intense auquel ils se livrent auprès des institutions européennes. Cela servira aussi à mettre en lumière les réseaux progressistes qui s’organisent à travers l’Europe.

 

Et nous, que pouvons-nous faire pour défendre notre droit à l’avortement devant les menaces des anti-choix ?

Faire du bruit : La très vaste majorité des français·e·s sont pour le droit à l’avortement mais elle est beaucoup plus silencieuse que cette minorité anti-choix. Il faut occuper l’espace, en partageant des témoignages sur nos expériences et démonter leur argument du “traumatisme” ou de “séquelle insurmontable”. Si vous le souhaitez, Simonæ peut relayer votre témoignage. Et surtout : ne pas relayer ou nommer les sites anti-choix car cela contribue à leur référencement. En parler c’est relayer leurs messages, même si c’est dans un but critique. Les laisser s’empêtrer dans leur haine est la meilleure solution.

Le Planning Familial offre un accompagnement à la demande pour le Parcours IVG :

  • Numéro Vert “Sexualités, Contraception, IVG” pour répondre à toutes vos questions et vous aider à vous orienter au 0800 08 11 11
  • Une permanence d’accueil dans les centres physiques du planning familial (annuaire)
  • Possibilité pour les mineur·e·s qu’une conseillère vous accompagne lors de l’IVG si vous n’avez pas de personne majeure pouvant vous accompagner comme le demande la loi

Sites d’information sur l’ivg: ivg.planning-familial.org et www.ivg.social-sante.gouv.fr