Aujourd’hui, jeudi 5 mai, c’est la journée mondiale des sages-femmes. Cette profession composée à 99% de femmes, est très peu connue et surtout entourée du cliché de « plus beau métier du monde » qui borne le métier à celui d’accoucheuse, alors que c’est bien plus que ça. Chez Simonæ, nous n’aimons pas les clichés, et Chloé L., sage-femme, non plus. Nous lui avons posé quelques questions.

Qu’est-ce qui vous a poussée vers le métier de sage-femme ?

Jusqu’à la fin du lycée, j’étais un peu perdue. Toute ma famille travaillait dans la médecine, et ce n’était pas ce qui m’attirait, mais sans trop savoir comment, je suis tombée dedans. Au début, je voulais faire soit gynécologue soit psychiatre, mais durant ma deuxième première année de médecine, je me suis interrogée sur des alternatives, et j’ai passé le concours de sage-femme. Et me voilà.
Ce que j’aime dans mon métier, c’est que la plupart du temps nous travaillons avec des personnes qui vont bien, et qui sont dans une partie joyeuse de leur vie. Et nous travaillons avec plusieurs personnes en même temps : la mère, le fœtus, læ partenaire. Mais nous accompagnons aussi des femmes tout au long de leur vie, dans leur contraception, ce qui est une partie moins connue de notre métier, mais tout aussi intéressante. J’ai même eu l’occasion de faire des interventions dans des écoles, pour initier les jeunes, du collège au lycée, à la contraception.

En parlant d’éducation sexuelle, est-ce que vous pensez qu’il y a des manques à ce niveau ?

Tout à fait. Lorsqu’on nous demande de faire une intervention, nous devons l’axer sur la contraception et les MST. On ne parle pas de la vie amoureuse, de la vie sexuelle avec ou sans sentiments. Je pense qu’on met l’accent sur les mauvaises choses, et après on se demande pourquoi le taux d’IVG en France ne descend pas, malgré le fait que l’IVG est remboursée totalement – il faudrait peut-être commencer par rembourser totalement les contraceptions. Il faudrait aussi commencer l’éducation à la sexualité et à l’amour dès le primaire, car à force de ne pas en parler, ou de juste montrer des schémas qui n’expliquent rien, les lycéen·ne·s subissent souvent des tabous qui les gênent et les ferment aux informations.
Il y a aussi, bien sûr, un manque d’information dramatique par rapport aux sexualités non-hétérosexuelles : ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de risque de grossesse qu’il n’y a pas de risque du tout, et une jeune fille homosexuelle devrait avoir un suivi gynécologique.

Est-ce que vous assurez beaucoup de suivis gynécologiques ?

Le souci avec le métier de sage-femme, c’est qu’il a beaucoup évolué, mais que personne ne s’en est rendu compte : en 2009, nous avons obtenu le droit d’assurer un suivi gynécologique, l’année dernière nous avons acquis des compétences de vaccination… Même les professionnel·le·s de santé ne les connaissent pas et n’orientent pas les personnes concernées vers nous. Il y a cette idée autour de la profession de sage-femme qui dit que nous ne sommes « que » des accoucheuses ; ce n’est bien sûr pas vrai, les gens ignorent juste nos compétences.
D’ailleurs, cet acquis de compétences a occasionné une rivalité discrète entre les gynécologues, les médecins généralistes, et nous, comme si nous volions leurs patient·e·s, alors que nous pourrions travailler ensemble.

Quelle est l’idée que les gens se font de votre métier ?

Il y a cette fameuse phrase qui revient tout le temps : « Vous faites le plus beau métier du monde ». C’est un peu frustrant car on imagine le métier de sage-femme comme une profession joyeuse tout le temps, mais on a aussi nos mauvais moments : on induit des IVG, qui même si elles sont voulues sont parfois un moment dur, on a des bébés morts-nés… Nous sommes confronté·e·s à la vie autant qu’à la mort, et ce même avant la naissance.
Les gens nous prennent pour des accompagnantes fragiles – après tout, c’est un métier de femme – alors que nous aussi, nous sommes responsables de nos actes.

Quel est la plus belle histoire que vous ayez été amenée à vivre en tant que sage-femme ?

C’est dur de se rappeler de tout le monde lorsqu’on fait des veilles de douze heures, mais il y a une histoire qui me revient à l’esprit.
Il y avait cette femme qui avait des contractions prématurées à huit mois de grossesse, qu’on ne pouvait pas stopper, et qui se retrouvait toute seule car son mari était en voyage. Elle avait été traumatisée par son premier accouchement, car elle était encore toute seule, on lui avait fait une péridurale et elle n’avait rien senti.
Elle m’a demandé de rester avec elle, et on a réalisé un accouchement un peu hors du commun : elle n’a pas pris de péridurale, nous avons essayé plein de positions pour qu’elle se sente le mieux possible, et elle a finit par accoucher sur le côté et attraper son bébé directement pour le serrer contre elle, avant qu’on ne l’envoie en pédiatrie.
Je l’ai revue plusieurs fois quand elle venait voir son bébé, et elle lui a donné mon prénom en deuxième prénom, en souvenir.

Pour trouver une sage-femme, consultez l’annuaire des sages-femmes libérales.