Chez Simonæ, nous avons à cœur de vous présenter des artistes femmes qui manquent de visibilité et surtout de reconnaissance. Nous nous sommes donc intéressé·e·s à Kuraiden en tant qu’artiste tatoueuse autodidacte. À tout juste 18 ans, elle s’est lancée toute seule dans le tatouage en se piquant les jambes à l’aide d’une aiguille, sans machine et sans formation. Elle a maintenant le corps orné de ses œuvres et parcourt la France pour tatouer de plus en plus de personnes intéressées par son travail. Aujourd’hui, elle a accepté de répondre à nos questions et de nous présenter son parcours plus en détail.

 

Comment expliquerais-tu à nos lecteurices ce qu’est le handpoke ?

Il s’agit d’une technique de tatouage dite « traditionnelle » : on n’utilise pas de machine (aussi appelé dermographe), il n’y a pas de système électrique. Le mouvement, tu l’effectues toi-même ; c’est ta main qui fait tout le taff, c’est elle la machine. Un dermographe pique plusieurs fois à la seconde, suivant le voltage paramétré. Avec le handpoke, on fait tous ses points, un à un, et on avance doucement.

Comment t’est venue l’idée de commencer le handpoke ?

J’ai toujours été fascinée par les modifications corporelles et le dépassement de soi.
Je voulais des tatouages, j’avais pas de thunes mais j’avais la motivation pour créer, alors j’ai tenté. Une amie proche était à fond dans le handpoke après avoir construit elle-même une aiguille, et m’a convaincue de faire une petite séance d’auto-tatouage. On était chacune avec son petit matériel, puis ça m’a plu, alors depuis j’ai continué.

Pourquoi avoir préféré cette méthode au dermographe, outil plus largement utilisé dans le monde du tatouage occidental ?

Toujours la même histoire : pas vraiment d’argent à mettre là-dedans, au début du moins. J’ai commencé le handpoke il y a 3 ans. Il y a presque un an maintenant, j’ai commencé à utiliser un dermographe. Mais j’ai mis du temps à l’utiliser régulièrement car, pour moi, ce n’est pas du tout le même feeling qu’avec le handpoke. Le tatouage à la main conserve une dimension très sentimentale : des sensations différentes, des techniques différentes aussi… Aujourd’hui j’effectue la plupart de mes tracés à la machine, mais je m’occupe du remplissage (aplats de couleur) et du dot work (technique de pointillés) au handpoke. Il arrive aussi que, sur de petites pièces, je fasse encore tout à la main.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ces deux techniques selon toi ?

Le handpoke c’est très long, mais c’est (selon mon expérience personnelle) beaucoup plus pédagogique lorsqu’on désire se lancer et apprendre seul·e. On peut plus prendre son temps, se familiariser avec l’outil, la peau et sa profondeur… Les travaux de précision sont souvent plus évidents aussi, comme le dégradé ou le travail de points.
Le dermographe est rapide, plus intuitif pour certaines formes. Cependant il est cher, fragile, et demande plus de matériel. Un tel investissement peut être décourageant pour commencer.

Quelles sont tes inspirations niveau tatouage ?

Principalement la communauté de handpokeureuses autodidactes. On y ressent une sincérité et une impulsivité uniques. Débutant·e·s comme confirmé·e·s, en passant par celleux qui expérimentent, j’y retrouve une étincelle de créativité inspirante.
Voici quelques handpokeureuses que j’aime suivre sur Instagram :

Comment décrirais-tu ton univers ?

Je n’ai jamais su quels adjectifs attribuer à mon travail, alors j’écoute les autres. Au fil des 3 dernières années, j’ai eu les retours suivants : enfantin, sombre, minimaliste, épuré, glauque, improbable, digne d’une marge de cahier de collégienne… Peut-être d’autres mais c’est ça qui ressort le plus.

Thanks Yanis

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Merci @elegyparks 😋🌠🔪 #blackwork #tattoo #knife

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#tattoo #blackwork Illustration by @avalon_lewis

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(d’après une illustration d’Avalon Lewis)

 

Thanks @eregansuu #sticknpoke #stickandpoke #handpoked #handpoketattoo #pokemontattoo #pokemon #handpoke #tattoo #inked #inkedgirl

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Thanks pedro 👌 #sticknpoke #stickandpoke #handpoked #handpoketattoo #handpoke #tattoo #inked #faust #gothic #goth

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Quels sont tes auto-tatouages préférés et pourquoi ?

J’aime beaucoup ce rat à deux têtes au-dessus du genou. Sur un coup de tête, je l’ai commencé un jour où je cherchais à tuer le temps. J’avais pas fini le dessin, il manquait une partie de la queue. Du coup je suis partie en impro pour le finir, freehand, c’est-à-dire sans stencil (c’est ce transfert violet qu’on applique sur la peau et dont on suit le tracé) et ça a donné un petit cristal. J’étais en train de piquer la peau depuis deux bonnes heures déjà, mais j’avais envie de continuer, encore, encore. Alors j’ai rajouté des détails sur le cristal, puis sur le rat lui même. J’aime improviser sur moi, me perdre dans un projet. Je suis toujours curieuse de voir ce qu’il va en ressortir.

Janus rat and dot crystal on my own tight. #sticknpoke #stickandpoke #handpoked #handpoke #tattoo #inkedgirl

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Les autres auto-tatouages que je me suis faits ont chacun leur petit truc. Pour moi, ce sont comme des marqueurs temporels. La plupart n’avaient aucune signification sur le moment, c’était purement esthétique. Les souvenirs se font après. J’ai remarqué que je me tatouais souvent par désir de réappropriation de mon corps, ou alors pour célébrer un changement dans ma vie. Sinon c’est fréquent que je passe une nuit blanche seule ou avec des ami·e·s, et au cœur des réjouissances, me vient soudainement l’envie de tatouer.

Est-ce que tu envisages le tatouage comme une possibilité de carrière ?

C’est un projet que je nourris oui… Depuis deux ans je propose mes services de tatouage amateur à mes proches. Puis ça s’est amplifié grâce à leur partage et à Internet. Maintenant, j’ai régulièrement des personnes qui me demandent de les encrer.

Comptes-tu continuer à pratiquer le handpoke ou préfères-tu te concentrer uniquement sur le dermographe ?

Je préfère me spécialiser dans le handpoke même si j’apprends à me servir du dermographe. Cette pratique est très importante à mes yeux. Elle célèbre la culture DIY et est pour moi chargée de souvenirs. J’aime la gestuelle.

Penses-tu qu’il est plus compliqué de faire partie du monde du tatouage en tant que femme ou minorité de genre ?

Je n’y prête absolument pas attention. Je sais ce que je veux et me suis toujours donné les moyens par moi-même pour atteindre mes objectifs. Pour l’instant, je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de me frotter au côté professionnel du tatouage. La plupart des tatoueureuses que je connais sont elleux aussi autodidactes et n’en font pas leur activité principale. Je suis encore un peu dans ma bulle de ce côté-là…

Quels conseils pourrais-tu donner à des tatoueureuses débutant·e·s ?

Prenez le temps. Faites ça entre potes, rendez ça amusant. Commencez sur vous. Testez pleins de trucs et surtout n’hésitez jamais à demander conseils à d’autres. Restez hygiéniques, mieux vaut en faire des tonnes avec la propreté et être méticuleuxes. N’oubliez pas que le tatouage c’est avant tout du ressenti, alors écoutez-vous.

Où est-il possible de se faire tatouer par toi ?

En 2016-2017, je me déplaçais dans les villes où l’on me demandait. Depuis septembre, je suis installée à Batz-sur-Mer en Loire Atlantique, où tout le monde est læ bienvenu·e.
Je continue de temps en temps à me déplacer dans d’autres villes, selon la demande et tant qu’il aura des ami·e·s pour m’ouvrir leur porte afin d’avoir un endroit où exercer. Je viens régulièrement à Paris et Rennes. Dans mes prochaines destinations il y a Lyon, Nantes, Lille, Dijon, et Bruxelles.

Si vous aimez l’univers de Kuraiden, retrouvez-la sur son Twitter (@KukuPokes), où elle communique toutes ses vadrouilles, et sur son Instagram (@kuku_tattoo) où vous pourrez voir l’intégralité de son travail. Pour voir les flash prêt-à-tatouer qu’elle propose, vous pouvez aussi vous abonner à son tumblr spécialement prévu à cet effet.