Armée de ses lunettes rondes et de sa poêle à crêpes, Genia Loginova-Huenemoerder est une artiste russe vivant actuellement à Hambourg en Allemagne. Elle propose une performance cinglante qui critique la condition d’une mère au sein du milieu artistique, qui se déroulera le 24 septembre à la MC 11 de Montreuil dans le cadre du festival Détour.

Comment votre maternité a-t-elle affecté
votre carrière artistique ?

Il m’est difficile de parler d’une carrière, car je n’en ai pas vraiment eu, bien que j’essaie. Ce n’est pas que moi, non plus. Toutes les femmes qui essaient de jongler entre la situation d’artiste et celle de mère sont dans la même situation : on pense souvent que ton enfant peut être le moteur de ton inspiration, de ta carrière, mais c’est le contraire. Être une mère, ça ne vend pas et personne ne veut de toi. Je refuse d’éloigner mon enfant de ma personne artistique, de le cacher aux yeux de tous, alors je galère.

 

Qu’est-ce qui vend ?

Il y a cette vision de l’artiste comme d’un héros ou d’une héroïne, de quelqu’un·e de non ordinaire. C’est pour cela que mon personnage, au début de sa carrière, apparaît à la façon d’une diva, pleine de paillettes et d’exagérations. Une mère ça n’est pas sexy, c’est un personnage complètement désexualisé, associé à la cuisine et au ménage. Un héros ou une héroïne ne fait pas la lessive. Ces deux personnages entrent surtout en conflit au niveau performatif, dans lequel l’artiste est face au public, où il le nourrit de sa présence d’artiste et de sa vérité. Moi, je le nourris avec des crêpes parce que je suis une mère. La nourriture devient mon art. Et puis je suis douée pour les crêpes.

Genia Loginova

 

C’est donc impossible d’avoir du succès
en tant qu’artiste tout en étant maman ?

Le vrai succès, celui dont tout le monde rêve, est inatteignable. On ne connaît pas de grande artiste qui soit en même temps une mère. C’est un choix que l’on doit faire: soit tu as une famille et tu privilégies ton rôle de mère, ou bien tu es une artiste à succès. Les institutions culturelles n’apportent aucun soutien aux mères et sont très critiques par rapport à elles, même si elles essaient de reléguer ça au second plan. C’est le résultat d’un sexisme ambiant dans le monde de l’art et de la culture, où l’on pense qu’une mère ne peut pas être créative. C’est ce conflit sur lequel je tente de travailler, et que je veux rendre visible.

 

Est-ce que cette situation est exclusive
à l’industrie artistique et culturelle?

Bien sûr que non, mais j’ai le sentiment qu’elle y est pire qu’ailleurs. Rien n’a changé depuis des décennies, parce qu’on croit l’art en avance sur la société, et donc forcément féministe et inclusif. Ce qui est faux. Il n’y a aucune bonne idée qui ressort des débats sur le sexisme dans le métier, les femmes travaillent seules et essaient de se débrouiller par elles-mêmes ; mais si elles deviennent mères, la plupart arrêtent simplement de produire de l’art.

Le festival Détour : art et sexisme a pour objectif, le temps d’un weekend, de faire réfléchir autrement sur les thèmes du genre et de la rue.

Les 24 et 25 septembre à La Fabrique MC11, 11 rue Bara à Montreuil.
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