Layla, Salma et Nour, trois jeunes palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin du carcan de leurs villes d’origine et à l’abri des regards réprobateurs. Mais le chemin vers la liberté est jalonné d’épreuves…

Invitées à l’avant-première française du film de Maysaloun Hamoud, Charly, Sally_Song et moi-mêmes nous sommes rendues à l’UGC des Halles où avait lieu la projection le cœur léger, ne sachant trop à quoi nous attendre même si nous avions vu la bande-annonce du long-métrage qui annonçait pas mal de girl power. Nous n’avons certes pas été déçues mais sommes aussi ressorties avec une sacrée boule au ventre.
Attention donc, même si le film n’est pas interdit aux moins de 10 ans, il comporte une scène frontale de viol et une scène d’homophobie verbale et physique auxquelles le public n’était pas forcément préparé.

Le film débute sur le duo Salma et Layla, respectivement cuisinière / barman et avocate, colocataires libérées profitant pleinement de leurs nuits à grands renforts de joints et d’alcool. À première vue, la vie est belle, ça déconne, ça rigole et le tout donne plutôt envie. Et voilà qu’arrive Nour, qui semble l’alter ego de ses deux nouvelles colocataires : voilée, pieuse et traditionnelle, on est tenté d’attendre dans un premier temps un clash idéologique, face à deux manières de vivre a priori fondamentalement opposées.
Mais nous voilà-t’y pas pris·es au piège de nos préjugés puisque même si la cohabitation n’est pas toujours évidente, les trois consœurs vont beaucoup apprendre des unes des autres. Au lieu de s’opposer, elles se complètent.

Le cadre, d’abord réduit à leur vie quotidienne mais déjà bien ancré dans une lutte pour la place qu’elles occupent, s’élargit progressivement à leur entourage, notamment amoureux et familial. On découvre alors que [FAKE SPOILER] tout n’est pas rose pour le trio : de la honte d’une sexualité considérée comme déviante au rejet pur et simple d’un mode de vie vu comme impropre, Layla et Salma doivent jouer avec des proches pas très compréhensifs (pour les deux du fond qui n’auraient pas compris : c’est un euphémisme) alors que Nour, à force de côtoyer les deux jeunes femmes, est rejetée par son fiancée qui en vient alors aux pires extrémités.

Loin d’Hamoud l’idée de faire un film dichotomique entre progressisme et conservatisme. Elle brosse un tableau nuancé de gris, d’une société de l’entre deux, assez proche de la nôtre, dans laquelle les femmes ne sont pas encore libres de leur corps, de leur croyance, de leur amour…de leur vie en général. Comme le précise la réalisatrice :

« Il est temps que les femmes soient au premier plan, et qu’elles cessent de se cacher en coulisses. Les femmes que je représente sont vivantes et pleines d’énergie mais absentes des écrans. JE DANSERAI SI JE VEUX présente une grande diversité de femmes : jeunes, âgées, citadines et rurales, traditionnelles et progressistes – elles sont toutes belles mais dans des registres très différents et des modes vestimentaires différentes. Les femmes peuvent être sensuelles, militantes et en lutte contre le système patriarcal sans forcément se définir comme « féministes ». Ce que je veux dire par là, c’est que les femmes peuvent se sentir concernées par leur libération sans être nécessairement progressistes ou laïques. »

Maysaloun Hamoud, réalisatrice.

Si le film possède une véritable ambiance lumineuse, nous plongeant dans l’ambiance d’un Tel-Aviv à la marge du reste de la Palestine, fait de néons et de nuits sans fins, les cadrages peinent parfois à nous surprendre. Reste la scène de viol, qui laisse un souvenir marquant dans l’esprit du spectateur, par son plan fixe extérieur à la scène, pour montrer la banalité de l’horreur tristement banale. Le portrait qui est tiré du pays comme de ces trois femmes se fait sans artifices, sans photoshopage, mais sous la lumière crue et nette d’un néon clignotant.

En sortant de la salle, outre notre envie commune d’aller démonter le patriarcat à grands coups de sécateurs, nous avons fait un parallèle évident entre cette situation à Tel-Aviv et ce que nous vivons quotidiennement en France : ce même racisme, sexisme, homophobie, cette culture du viol qu’on retrouve à peu près partout dans nos sociétés si civilisées. Le constat était blasant mais le message était fort : ne pas se laisser abattre, ne pas se soumettre, toujours résister, ne pas renier notre identité, notre moi, quel qu’iel soit.

A la fin de la projection, points de questions à poser à l’équipe du film, mais une réalisatrice en pleurs, si joyeuse de voir notre accueil enthousiaste. Maysaloun Hamoud était donc présente, accompagnée de deux de ses actrices, Mouna Hawa (Laila) et Sana Jammelieh (Salma), et du producteur du film Shlomi Elkabetz. Trois ans de leur vies passées à réaliser ce film, ce morceau de vie, sur lequel nous aurions souhaité poser quelques questions. Pour une prochaine fois peut-être ? Nous tenions également à remercier Paname Distributions de nous avoir invitées à cette avant-première, riche expérience s’il en est.

Je Danserai Si Je Veux porte un titre bien plus évocateur et propre au film dans sa traduction littérale anglais (le titre étant à l’origine en arabe, Bar Bahr) : In Between. Entre les murs, entre les époques, les courants de pensée, entre les lignes, les femmes sortent d’un entre-deux dans un cri de colère et de joie !

Sortie en salles le 12 avril 2017.