C’est sur un nouveau jeu de mots que s’ouvre cette édition du Club de læcture : Mai moire ! Au programme, mémoire, donc, mais aussi (auto)biographie, puisque ce mois-ci nous avons plongé dans l’histoire personnelle des autrices que nous avons lues.

Marguerite Duras, l’écriture de la passion de Laetitia Cénac

Wanderingfowl : Ma première lecture de ce mois-ci a été Marguerite Duras, l’écriture de la passion de Laetitia Cénac. Étant une fervente lectrice et admiratrice de Duras, je me suis lancée avec beaucoup de plaisir dans cette biographie enrichie de nombreuses images et citations. On y (re)découvre la vie de l’autrice, son histoire familiale, amoureuse : tous les éléments qui ont fait naître en elle les thématiques obsédantes. Le parcours biographique nous guide du début à la fin de sa vie avec beaucoup de détails, et c’est une lecture que j’ai vraiment beaucoup aimée ; je ne peux que vous la recommander chaudement.

Se perdre d’Annie Ernaux

Wanderingfowl : Pour faire le lien avec l’autre livre que j’ai lu ce mois-ci, une citation d’Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras justement : « Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir. » J’ai lu pour la première fois Annie Ernaux avec Se perdre, et quelle découverte ! C’est une plongée dans l’intimité de son journal, et surtout dans sa relation avec S., un apparatchik russe de passage en France. Elle ne nous cache rien de leurs ébats ou de son ressenti, c’est une véritable dissection de l’amour spirituel et charnel. Une dissection de l’attente, aussi : attente mélancolique de son amant, de ses appels téléphoniques et de leurs entrevues, attente pendant laquelle la fièvre créatrice de l’écrivaine est annihilée. Il est d’après elle son opposé, marié, illettré, vulgaire autant qu’elle est une femme de lettres libre, mais elle voit en lui une solution à son éternel drame amoureux. Au fil des jours pourtant, l’espoir et l’amour s’amenuisent, l’ardeur s’épuise et Annie se lasse, jusqu’à ce que la flamme s’éteigne.

The Princess Diarist de Carrie Fisher

Luna : J’avais entendu beaucoup de bien des livres autobiographiques de Carrie Fisher, j’ai donc utilisé le thème du club de ce mois-ci comme excuse pour lire The Princess Diarist. Vous avez probablement entendu parler de ce roman lors de sa sortie en 2016, car c’est dans ses pages que Carrie Fisher a pour la première fois admis avoir eu une aventure avec Harrison Ford lors du tournage du premier épisode de Star Wars, sujet qui passionne les curieuxes depuis 1977. The Princess Diarist est très court et, à mon avis, n’a pas grand intérêt en dehors de cette révélation (ou plutôt de cette confirmation, tant c’était un secret de polichinelle). Reste l’écriture de Carrie Fisher, très fluide, et sa capacité à prendre du recul et à parler d’elle avec auto-dérision et beaucoup d’humour. J’ai maintenant très envie de lire Wishful Drinking qui, je l’espère, combinera la forme avec un fond plus intéressant.

Profession journaliste de Françoise Giroud

Luna : Françoise Giroud était une grande dame, indéniablement : première femme scripte du cinéma français, assistante de Jean Renoir à 21 ans, co-directrice de Elle avec Hélène Lazareff au lancement du magazine en 1945, puis co-fondatrice de L’Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1953 avant une courte carrière politique dans les années 1970, elle a également trouvé le temps d’écrire une trentaine de livres.

Profession journaliste est le résultat d’une série d’entretiens avec Martine de Rabaudy, et il permet de découvrir tout un pan de l’histoire de la presse française. On doit par exemple à Françoise Giroud l’expression « tirer sur l’ambulance », qu’elle avait initialement utilisée pour parler de Jacques Chaban-Delmas quand il était candidat à la présidence de la République en 1974. Elle a également donné son nom à la Nouvelle Vague.

Je vous recommande chaudement Profession journaliste, ses 166 pages se dévorent en un rien de temps et la plume de Françoise Giroud est à la hauteur de sa réputation.

Ne dis pas que tu aimes ça de Céline Tran

TW : description de viols.

Petiteminipizza :Dans son autobiographie, Céline Tran nous parle de ses choix, et notamment de deux choix qui ont eu une très grande importance sur sa vie : celui de se lancer dans le X et celui de quitter ce milieu.

Elle nous y raconte, au moyen de petites anecdotes et autres scènes choisies, ses hésitations, ses débuts, l’ivresse de posséder la caméra, de se montrer à nu mais en même temps dans sa tenue de guerrière, tout ce qui a fait qu’elle est restée dans ce milieu. Puis viennent les désillusions, la monotonie, l’épuisement, tout ce qui l’a décidée à partir.

Le style est vif, facile d’accès et prenant – je l’ai presque lu d’une traite. Définitivement une de mes meilleures lectures de 2018 !

Maëlys a également lu Ne dis pas que tu aimes ça et lui a consacré une lecture flash.

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou

TW : actes de violence racistes (lynchages, meurtre, insultes, propos discriminants, menaces), pédocriminalité (description graphique de viols d’enfants).

Maëlys : Cette autobiographie de Maya Angelou est un témoignage précieux de la vie d’une enfant noire aux États-Unis dans les années 1930. Entre l’Arkansas et la Californie, Marguerite est entourée de femmes fortes et indépendantes, sa mère et sa grand-mère, d’un frère qu’elle aime plus que tout et de personnes qui marqueront sa vie à plus ou moins grande échelle. Elle nous livre un exposé glaçant des conditions de vie des personnes noires pendant la ségrégation, de leurs relations aux blanc·hes et de sa volonté de se battre contre cette injustice qu’elle ne comprend pas tout à fait quand elle est encore petite. Maya Angelou a une écriture forte et sincère, très bien rythmée, qui retranscrit parfaitement au fil de ses mots les différents âges de la protagoniste, de l’enfance jusqu’à ses dix-sept ans. Au-delà d’une narration du contexte politique et quotidien, nous sommes véritablement plongé·es dans les pensées de la jeune fille, naviguant entre les moments de bonheur, de douceur et de tendresse, et les horreurs qui ont pu marquer sa vie.

Et en juin, on lit quoi ?

Pour le mois de juin qui commence, nous vous invitons à lire de la littérature jeunesse ! Et comme toujours, voici une sélection qui pourra vous donner des idées :

À bientôt et bonne læcture !