L’ouvrage que je vais vous présenter aujourd’hui s’intitule Prodigieuses créatures. 

Je ne sais pas trop ce qui m’a attirée dans ce livre. Je me rappelle surtout de ma première impression mitigée en lisant son titre (« Prodigieuses créatures, mouais, bof ») et de la photographie de la première de couverture qui ne m’attirait pas des masses (deux femmes en robes et chapeaux XIXe siècle cherchant quelque chose sur une plage).

Première de couverture de l’ouvrage Prodigieuses créatures.

Première de couverture de l’ouvrage Prodigieuses créatures.

Cependant, ce jour-là, j’avais du temps devant moi – il drachait et je n’avais pas de parapluie – alors je me suis attardée sur le résumé de la quatrième de couverture.

« (…) Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes. (…) »

À la lecture de ces deux phrases, mon a priori négatif s’était transformé en curiosité : « Angleterre », « XIXe siècle », « fossiles », « femme badass qui brave son genre et sa classe sociale ». Le nom de Mary Anning ne m’était de plus pas étranger, mais impossible de retrouver momentanément dans les tréfonds de ma mémoire à quoi il était rattaché. Ouvrage, tu m’intrigues, je te laisse une chance.

De quoi ça parle ?

Écrit par Tracy Chevalier (autrice notamment du livre La jeune fille à la perle) et publié en 2010, Prodigieuses créatures est une biographie romancée de la paléontologue* autodidacte Mary Anning (1799-1847) racontée à la fois du point de vue de la jeune femme et de celle d’Elizabeth Philpot (1780-1857), son amie issue d’un milieu aisé et également passionnée par les fossiles.

* La paléontologie est la discipline scientifique qui étudie les organismes disparus à travers leurs restes fossilisés (les dinosaures mais pas que !) Il arrive qu’on la confonde avec l’archéologie, Jurassic Park embrouillant un peu les esprits à ce sujet, je vous renvoie donc à cet article pour plus de précisions.

Pourquoi le lire ?

Malgré mon enthousiasme à la lecture du résumé, j’ai en réalité eu du mal à m’accrocher à l’histoire. Le style de l’autrice ainsi que les nombreuses répétitions me faisaient souvent sortir du récit lors des premiers chapitres. Cela étant, passé ces petits bémols, j’ai fini par être happée par les mots.

Le Pterodactylus macronyx , une des découvertes de Mary Anning – illustration par Paprika

Le Pterodactylus macronyx , une des découvertes de Mary Anning – illustration par Paprika

Le parcours de Mary Anning est fascinant. Encore enfant, elle se lance dans la quête des fossiles par passion certes, mais surtout pour aider financièrement sa famille. À une époque où le créationnisme était la doctrine scientifique dominante, les fossiles étaient d’abord vus comme des objets de collection plutôt que comme des sujets d’étude, et la famille Anning en avait fait son commerce en les revendant aux touristes de Lyme Regis, petite station balnéaire logée à 250 km à l’ouest de Londres. Mary Anning était véritablement douée dans la découverte et l’identification des fossiles. Encouragée par son amie Elizabeth Philpot, elle va développer ce talent et ses connaissances, attirant dès lors l’attention d’une série de scientifiques, tels que les géologues et paléontologues britanniques William Buckland et William Conybeare ou encore le naturaliste américano-suisse Louis Agassiz. Cependant, en raison à la fois de son manque d’instruction, de son genre et du caractère dérangeant de ses trouvailles, elle demeure pour beaucoup peu prise au sérieux. Certains n’hésitent pas non plus à s’approprier ses découvertes et elle ne sera que tardivement reconnue par la Geological Society de Londres, qui était alors interdite aux femmes. Toute sa vie durant, elle continua pourtant à mettre au jour fossile sur fossile, enrichissant considérablement les disciplines paléontologique et géologique… pour finalement tomber complètement dans l’oubli après sa mort.

 

Le plésiosaure, une des découvertes de Mary Anning - illustration par Elléa Bird

Le plésiosaure, une des découvertes de Mary Anning – illustration par Elléa Bird

 

Ce n’est que récemment que son nom a refait surface et grâce à ses nombreuses découvertes majeures, elle est aujourd’hui reconnue comme une référence dans l’histoire de la paléontologie. Le Lyme Regis museum, fondé par le petit-neveu d’Elizabeth Philpot, a été construit en 1901 à l’emplacement de la maison familiale de Mary Anning à Lyme Regis, une aile entière lui est consacrée. Dans la même ville a également lieu chaque année le Lyme Regis Fossil Festival qui a pour objectif de promouvoir la science auprès des plus jeunes, et chaque 21 mai, le Mary Anning Day célèbre l’anniversaire de la paléontologue. Une dizaine d’ouvrages (en anglais) lui sont également consacrés.

Dessin de Mary Anning avec la mention « la célèbre géologue de Lyme Regis ». Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Maryanning.gif

Dessin de Mary Anning avec la mention « la célèbre géologue de Lyme Regis ».

Source de l’illustration

J’espère qu’à la lecture de ces quelques lignes, vous aurez envie, vous aussi, de vous plonger dans son histoire. Bonne lecture !