Il y a 53 ans (le 13 février 1964) naissait mon auteur d’heroic fantasy jeunesse préféré, Pierre Bottero. Ses œuvres m’ont marquée, enchantée, je les ai dévorées, lues et relues. Son univers – celui de Gwendalavir – m’a happée et émerveillée, j’étais amusée et ébahie de découvrir ses différentes œuvres, ces différents points de vue si profonds, si uniques et tous liés.

En effet, ses quatres trilogies – La Quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan, Le Pacte des Marchombres, l’Autre – et ses dernières œuvres – posthumes -, Les Âmes Croisées et Le Chant du Troll, sont intrinsèquement liées. Au fur et à mesure des lectures et relectures se tisse un univers particulier de mondes parallèles, de personnages attachants et complexes. Au fur et à mesure des lectures et relectures se dévoilent les liens entre ces mondes et ces personnages, à travers une multitude d’indices parfois très subtils.

Laissez-moi d’abord vous présenter cet univers à travers un résumé des livres le constituant…

Parue pour la première fois en 2003, la trilogie de La Quête d’Ewilan (D’un monde à l’autre, Les Frontières de Glace et L’Île du Destin) nous conte l’histoire de Camille/Ewilan, jeune collégienne un peu perdue dans ce monde (semblable au nôtre) qu’elle (p)ressent comme n’étant pas le sien. Après avoir découvert de façon brutale qu’elle maîtrise l’Art du Dessin, elle passe (avec son meilleur et seul ami Salim) dans le monde de Gwendalavir, en proie à une guerre entre l’Empire humains et les Raïs, « guerriers cochons » humanoïdes gouvernés en sous-main par une race terrifiante, ancienne et mourante, les Ts’liches. Ces mêmes Ts’liches ayant énormément limité l’usage du Dessin pour les humains et emprisonnés leurs meilleurs Dessinateurs (les Sentinelles), ces derniers sont proches de la défaite. L’arrivée d’Ewilan est le dernier espoir des humains. Mais pour renverser la balance, elle doit libérer les Sentinelles et vaincre les Ts’liches, aidée de ses compagnons: Salim bien sûr, la marchombre Ellana, le puissant guerrier Edwin, le théoricien de l’Art, Duom Nil’ Erg, le chevalier errant Bjorn Wil’ Wayard, le guerrier Maniel, le soigneur Artis Valpierre et le prince Faël (peuple humanoïde allié de l’Empire) Chiam Vite.

Dans la deuxième trilogie qui lui est consacrée, Les Mondes d’Ewilan, Ewilan continue de découvrir ses liens avec le monde de Gwendalavir, notamment grâce à ses deux parents, tous deux Sentinelles. Mais alors qu’elle revenait dans « notre monde », elle est kidnappée par la Sentinelle traître Éléa Ril’ Morienval et emmenée dans l’Institution, où elle va être étudiée, disséquée et torturée dans le but – officiel – d’étudier le Dessin. Sauvée par Salim et Maniel qui se sacrifiera pour elle, elle réapprend à vivre, à parler mais n’arrive plus à Dessiner. Lorsqu’enfin elle surmonte ce blocage, elle décide de retourner à l’Institution sauver les quatres autres enfants « étudiés » là-bas. Au cours de cette opération de sauvetage, elle tombe dans un piège d’Éléa utilisant Maniel (encore en vie) et réussit l’exploit de faire venir dans ce monde ses amis Ellana, Edwin, Duom et Siam (soeur d’Edwin).Après avoir éliminé le dernier Ts’lich ever, ils rentrent en Gwendalavir avec un petit garçon qui en est aussi originaire, Illian. (La Forêt des Captifs)
Là, ils découvrent la présence d’une « méduse » dans l’Imagination (la dimension des Dessins), qui envahit progressivement cette dimension et tue celleux qui la « touchent » par l’esprit. Illian aussi connaît cette « méduse », originaire qu’il est d’un continent encore inconnu des Alaviriens (et plus précisément de la cité-état Valingaï). Une première expédition diplomatique comprenant les parents et le frère d’Ewilan est envoyée vers Valingaï, mais rapidement, Ewilan et ses amis se mettent eux aussi en route. Ewilan, affaiblie par son passage à l’Institution et condamnée à court terme à cause de certains agissements d’Éléa Ril’ Morienval, est purifiée in extremis du mal qui la ronge par un lac mythique lié au Dessin, l’Oeil d’Otolep, juste avant d’embarquer pour ce nouveau et mystérieux continent. De part sa plongée dans l’Oeil d’Otolep, Ewilan est désormais immunisée contre la « méduse ». (L’Oeil D’Otolep)
Lorsque Ewilan et ses compagnons posent le pied sur le nouveau continent, leur mission est triple: ramener Illian chez lui, retrouver les membres de la première expédition et vaincre la « méduse » qui provient de Valingaï. Et je vous garantis que tous les habitants de ce « nouveau » continent ne sont pas des bisounours… (Les Tentacules du Mal)

La trilogie nommée Le Pacte des Marchombres nous conte la vie d’Ellana, indubitablement mon personnage préféré de l’univers de Gwendalavir. On apprend que dans sa petite enfance, ses parents ont tenté la colonisation d’une partie encore sauvage de l’Empire. Malheureusement pour eux et le reste de la caravane, des Raïs trainaient dans le coin… Seule la jeune Ellana survécut et elle fut recueillie par le peuple des Petits, des sortes de lutins des bois très bisounours qui adorent les chapeaux en écorce et les framboises. L’enfance de la jeune humaine, plutôt mouvementée pour un peuple aussi flegmatique et totalement coupée des humains, prend fin lorsqu’elle prend connaissance du monde des humains et des arbres passeurs. Ces arbres permettent de passer au travers et de sortir d’un autre arbre passeur. Celui qu’Ellana emprunte la mène dans une ville, total dépaysement pour cette gamine des bois – littéralement. Après une courte période de découverte et d’intégration dans un groupe d’enfants pauvres et obligés de voler pour survivre, elle se joint à une caravane en partance pour le Nord. Elle fera pendant ce voyage la connaissance d’un marchombre, Sayanel, qui le montre que la Voie est faite pour elle. Commence alors son apprentissage de trois ans auprès de son maître, Jilano. (Ellana)
Peu de temps après, Jilano, Sayanel et leurs élèves respectifs, Ellana et Nillem, s’entraînent et apprennent de concert près de la capitale, Al-Jeit. L’apprentie marchombre assiste au Tournoi d’Al-Jeit, fort de dix épreuves de puissance, force et précision, et pendant lequel elle aperçoit le – surprenamment svelte mais athlétique – Edwin Til’Illan pour la première fois. Alors que celui-ci semble bien parti pour gagner les dix épreuves – exploit que personne n’a jamais réussi auparavant, Ellana part accompagner une caravane transportant en secret des artefacts magiques. Peu après le départ, la caravane tombe dans une embuscade des mercenaires du Chaos et seuls Ellana et un mercenaire Thül survivent, ainsi que l’autre marchombre engagé pour protéger la caravane, absent au moment de l’attaque. Suite à leur poursuite des mercenaires du Chaos, le Thül se sacrifie pour permettre à Ellana de s’enfuir avec les artefacts et ainsi accomplir leur mission. Elle se rend ensuite à un rendez-vous donné par Nillem. Malheureusement, celui-ci a trahi et elle tombe dans une embuscade des mercenaires du Chaos. Après en avoir réchappé de justesse, elle retrouve Jilano qui lui annonce la fin de son apprentissage, Ellana est désormais une Marchombre. Deux ans plus tard, elle apprend que Jilano a été assassiné et jure de le venger. Elle tombe alors sur le groupe d’Ewilan (D’un monde à l’autre) et décide de l’accompagner pour quelques temps. (Ellana l’envol)
Le troisième tome de la trilogie se déroule quelques temps après la fin de La Quête d’Ewilan. Seule avec son fils, Ellana est attaquée par des mercenaires du Chaos qui lui volent son fils, lui apprennent qu’Edwin, Ewilan et Salim (l’apprenti d’Ellana) ont été tués, avant de la laisser pour morte. Adossée à un arbre, Ellana revoit les moments marquants de sa vie, leur vie avec les Haïnouks, l’apprentissage de Salim, sa grossesse et la vie avec Edwin… Quand Ellana se rend compte qu’elle est adossée à un arbre passeur, elle utilise ses dernières forces pour le traverser et atterrit… chez les Petits. Ses pères adoptifs la trouvent et la sauvent, de justesse. Pendant ce temps, Edwin, Ewilan et Salim croient Ellana morte et essayent par tous les moyens de sauver le fils d’Ellana et d’Edwin, notamment en sollicitant le plus de monde possible: Siam et les Frontaliers, les marchombres, Bjorn et la légion Noire… Au plus fort des combats, Ellana, comme revenue des morts, se glisse dans la cité des mercenaires du Chaos pour sauver son fils. (Ellana la prophétie)
Et la fin est trop croustillante et belle pour que je vous la raconte, je ne peux que vous conseiller de lire Le Pacte des Marchombres (même si je ne sais pas si on comprend tout le troisième tome sans avoir lu les trilogies d’Ewilan)

La trilogie de L’Autre se passe dans un monde très semblable au nôtre, peut-être celui où étaient Camille et Salim au début de leurs aventures. Dans Le Souffle de la hyène, nous faisons connaissance avec Natan puis Shaé, deux adolescents très spéciaux. Ils sont des descendants des septs Familles qui s’étaient unies pour combattre l’Autre il y a 3 000 ans. Cette entité maléfique était hélas trop puissante pour être détruite et ils ne purent que la séparer en trois entités distinctes et les cacher dans un endroit inaccessible pour le commun des mortels.
Mais cette porte a été ouverte, et seuls Natan et Shaé peuvent espérer faire quelque chose contre l’Autre, puisqu’ils sont chacun les descendants de trois des septs Familles. Avec l’aide de Rafi Hâdy Mamnoun Abdul-Salâm, un Guide, ils triomphent de la première entité maléfique, la Force de l’Autre.
Désormais la cible des attaques vicieuses et subtiles du Coeur de l’Autre, Natan et Shaé effectuent une course contre la montre pour trouver ce fameux Coeur et le détruire. Lors de cette poursuite, Shaé est « contaminée » par l’Autre et ne doit son salut qu’aux dauphins, qui lui permettent de se purifier. Pour parvenir à sauver le monde, les deux adolescents doivent convaincre la seule Famille restante que l’Autre est revenu et qu’ils doivent unir leurs forces pour le vaincre. (Le Maître des Tempêtes)
Dans La Huitième Porte, Natan et Shaé laissent la place à leur fils, Elio, descendant de six Familles. Mais pour vaincre la dernière partie de l’Autre, son me, il faut descendre des sept Famille. Pour permettre à Elio de se battre avec une chance de l’emporter, le vieux Guide Rafi se sacrifie et lègue à Elio son héritage de Guide, le rendant par là-même descendant des sept Familles. Accompagné du dernier Guide sur Terre, Gino, Elio part à la recherche de ses origines dans un premier temps puis à la recherche du cube qui avait contenu l’Autre pendant 3 000 ans, afin de mieux se comprendre et de mieux comprendre son ennemi.

Les Âmes Croisées est mon roman de Pierre Bottero préféré (si on excepte la trilogie d’Ellana bien sûr). Son héroïne, Nawel, appartient à la caste dirigeante de sa cité, AnkNor. Alors qu’approche le moment de choisir sa Robe (et donc son futur métier), décision difficile et irrévocable, elle qui croyait mener sa vie se rend compte des pressions qui pèsent sur elle et son choix, notamment de la part de ses parents. Révoltée par cette idée, elle décide de demander l’Armure lors de la cérémonie du Choix, et donc (on ne va pas se mentir) de contrarier sa mère. Commence alors pour elle un entraînement physique et mental, ainsi qu’une prise de conscience de ses privilèges, notamment au travers de sa rencontre avec son « âme croisée », une chamane d’un peuple tenu pour totalement sauvage par Nawel et les siens.
Et je m’arrête là parce que je ne veux pas vous spoiler (divulgâcher) la fin…
Je n’ai pas (encore) lu Le Chant du Troll, je vous cite ici une chronique par Freeelfe (son blog ici) :

« Nous suivons le personnage de Léna, une petite fille qui voit sa ville complètement changée en quelques heures et qui va se retrouver projetée dans un univers impressionnant.
C’est un petit conte émouvant et captivant, doté d’illustrations magnifiques ! Ce livre se lit en deux temps : la première lecture, où on découvre l’histoire de ce petit conte anodin et plaisant… jusque la fin ! On peut alors recommencer notre lecture pour lire entre les lignes le message de l’auteur. Cette histoire est une métaphore à une réalité douce, innocente mais dure et cruelle. Derrière ce petit conte anodin se cache une histoire riche et forte en émotion. Impossible de ne pas verser sa petite larme à la fin ! »

Mais malgré cette passion que j’ai pour l’univers de Gwendalavir, j’admire les œuvres de Pierre Bottero pour quelque chose d’autre encore… Ses personnages féminins.

Pour commencer, au niveau représentation, nous sommes gâté·e·s : il n’y a que dans L’Autre que l’héroïne est ex aequo avec le héros (s’il y en a un !). Pour ne rien gâcher, tous les personnages féminins sont badass à n’en plus pouvoir ! Ewilan/Camille (La Quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan), Ellana (Le Pacte des Marchombres), Shaé (L’Autre), Nawel (Les Âmes Croisées) mais également Elicia, la mère d’Ewilan, Siam, puissante guerrière du Nord, Ellundril, marchombre légendaire, Philia, meilleure amie de Nawel, Donna Scirilla, qui a quitté ses hautes fonctions pour ouvrir un restaurant désormais réputé, et bien sûr les antagonistes Eléa et Essindra, ainsi que la propre mère de Nawel, Siméa.
Toutes sont puissantes et dotées d’une volonté et d’un caractère solide et tenace.

Ainsi, si Ewilan est dotée d’un pouvoir impressionnant, c’est par sa force de caractère qu’elle gagne le respect des lecteurices. Elle n’hésite pas à tenir tête à qui se dresse sur son chemin, fut-ce un Empereur ou son Général ! Et Ellana, qu’on peut suivre tout au long de sa vie dans la trilogie qui lui est consacrée, fait preuve d’encore plus d’intraitabilité (si c’est possible). Depuis son enfance solitaire jusqu’à sa maternité, rien ne lui fait longtemps obstacle sur la Voie des Marchombres. Après avoir convaincu son maître de la prendre comme élève, ils tissent tous deux une relation teintée d’admiration mutuelle, qui la conduira à croiser le chemin d’Ewilan… Et lorsque son fils lui est enlevé et qu’elle est laissée pour morte, c’est sa volonté inébranlable qui la gardera en vie et lui permettra de se mettre à sa recherche. (Et ce ne sont que deux exemples parmi les nombreux à ma disposition !)

Et pour ne rien gâcher, les relations amoureuses dépeintes dans ces divers livres ne se passent pas sans encombre, tout n’y est pas idyllique. (Enfin la vérité dans un roman pour ados !) Ewilan et Salim se disputent, lui cherchant à s’imposer (ah l’adolescence) mais Ewilan ne se laisse pas faire et lui démontre brillamment qu’elle peut très bien se débrouiller seule. Siam, courtisée par le frère d’Ewilan le remet plus d’une fois à sa place et lui fait bien comprendre qu’elle n’est pas disposée à tout abandonner pour lui, a fortiori sa carrière qu’elle a patiemment construite. Pierre Bottero nous montre bien ici que ce genre de conflits intra-couples sont difficiles à vivre mais souvent nécessaires, même dans un monde légèrement moins sexiste que le nôtre.

Pour conclure, si vous en avez marre des princesses à sauver ou des mentors éthérées à la Galadriel, foncez lire Pierre Bottero ! Et si l’avez déjà fait, n’hésitez à venir m’en parler dans les commentaires !