Dans l’imaginaire collectif, les règles et le sexe ne font pas bon ménage. Les phrases telles que « On n’a pas pu le faire, j’avais mes règles » ou « Je ne peux pas, j’ai mes règles » sont encore courantes. Beaucoup de personnes menstruées s’empêchent d’avoir des relations sexuelles pendant leurs règles, non pas parce qu’iels n’en ont pas envie ou qu’iels n’éprouvent pas de désir, mais par peur d’incommoder leur partenaire ou parce que ça rendrait l’affaire compliquée et « dégoûtante ».

Le sang menstruel ne nous rend pas « indisposé·e » et il n’est pas sale

Les règles sont malheureusement encore vues comme quelque chose de sale et de répugnant, dont il faut éviter de mentionner l’existence à ses partenaires. Et, quand on y pense, c’est un peu étrange parce que, pendant un rapport sexuel, on tolère tout un tas de fluides comme le sperme, la salive, la sueur ou la cyprine, et on ne voit pas d’inconvénient à en mettre partout sur nos draps et nos corps. Mais le sang menstruel ? Quelle idée incongrue ! Vade retro, Satanas !

Alors qu’en soi, les règles sont juste un fluide corporel de plus, ni plus, ni moins.

Deux personnes unies dans le sang menstruel.

Deux personnes unies dans le sang menstruel.

Ce fluide corporel n’empêche pas physiologiquement d’avoir des rapports sexuels, contrairement à ce que l’expression courante « être indisposé·e » laisse supposer ! Cela ne rend pas nos corps hermétiques au sexe ; les organes sexuels continuent de fonctionner normalement pendant cette période. La lubrification du vagin se fait aussi bien qu’à tout autre moment du cycle, l’orgasme est possible. Cela ne coupe pas forcément le désir ou la libido, c’est même parfois le contraire ! Le sexe (et l’orgasme) peut même aider pour soulager les crampes menstruelles.

Il n’y a donc aucune raison de ne pas avoir de rapports pendant les règles si vous en avez envie ; ces dernières ne rendent pas magiquement votre corps inapte au plaisir et au désir. Votre corps n’est pas techniquement moins disponible pour le sexe pendant les menstruations qu’à un autre moment de votre cycle. Et il n’y a rien de sale à écouter son corps et à se faire plaisir.

/!\ Attention /!\
Il faut tout de même prendre en compte que le sang est un vecteur contaminant pour certaines MST (dont le VIH). Les risques de contamination sont donc accrus à cette période. Si vous êtes en relation monogame, veillez à vous faire dépister avant d’abandonner le préservatif et la digue dentaire. Et dans le cas contraire, protégez-vous. Ces deux conseils sont bien sûr valables tout le temps, que vous ayez des rapports pendant vos règles ou non.

Conseils pratiques pour pendant vos menstrues

Maintenant que vous êtes convaincu·es que ça ne sert à rien de vous priver de sexe pendant les règles, si vous en avez envie, passons à la pratique ! Voici quelques petites astuces.

La basique : la bonne vieille serviette

Si voir du sang ne vous dérange pas et que vous cherchez simplement à limiter les potentielles taches sur vos draps, une simple serviette de bain que vous posez sur le lit (ou ailleurs !) suffit amplement. Et évidemment plus elle est grande, mieux c’est.

La professionnelle : l’éponge menstruelle

C’était le secret jusqu’alors bien gardé des travailleureuses du sexe, mais heureusement cela commence à se démocratiser. Les éponges menstruelles, également appelées soft tampons, sont des éponges synthétiques à usage unique que l’on cale dans le fond du vagin. Elles disposent souvent d’un trou qui permet de les attraper et de les enlever plus facilement. Une fois en place, l’éponge permet toutes les pratiques sexuelles (dont la pénétration vaginale) ; elle ne gêne pas, et votre partenaire ne la « sentira » pas le cas échéant. Et avec ça, finies les fuites. Vous ne verrez pas une goutte de sang !

Le seul bémol ; l’accès reste difficile. Elles ne sont trouvables qu’en ligne à l’exception de quelques rares pharmacies, et cela reste un peu cher.

Pour plus d’infos, nous vous conseillons cette mini-BD explicative si vous avez envie de tester.

L’aquatique : la douche

En décidant de vous amuser sous la douche, vous n’aurez plus besoin d’avoir peur d’en « mettre partout ». Le sang s’évacuera magiquement avec tout le reste.

C’est la technique la plus simple ; vous n’avez pas besoin de faire de lessive après ni d’acheter quoi que ce soit !

La limitée : la coupe menstruelle

Voilà un autre avantage de la désormais fameuse cup, elle permet de faire beaucoup de pratiques sexuelles pendant ses règles sans être gêné·e du tout par le sang menstruel (ni fuites, ni odeurs). Mais attention, la pénétration vaginale, que ce soit avec un jouet, des doigts ou un pénis, n’est pas toujours possible ; cela peut provoquer un inconfort et des douleurs à certain·es. Il faut donc tester pour savoir si cela vous convient. De plus, la pénétration vaginale n’est pas recommandée si votre partenaire utilise un préservatif externe : les frottements avec la coupe menstruelle risquent de le déchirer. En revanche, vous pourrez sans problème pratiquer la stimulation clitoridienne (cunnilingus, massage clitoridien) ou la pénétration anale sans voir une seule goutte de sang !

À noter qu’un tampon classique peut également faire l’affaire, mais la ficelle peut gêner.

Rien n’est obligatoire

Maintenant, vous savez que c’est techniquement possible de continuer les festivités pendant vos règles et que ce n’est pas sale ou bizarre. Sans compter que vous connaissez maintenant plein d’astuces pour limiter l’intendance après ce moment de plaisir.

Mais pour autant, rappelez-vous que “pouvoir” ce n’est pas “devoir”. Ne vous servez pas de cet article pour mettre la pression à vos partenaires. C’est elleux qui décideront ce qu’iels veulent.

Mais pour autant, rappelez-vous que « pouvoir » ce n’est pas « devoir ». À chacun·e son niveau de confort et d’aise avec ses menstrues ou les menstrues de ses partenaires. Sans compter que chez certaines personnes menstruées, les règles sont une période difficile et inconfortable, synonymes de douleurs ou d’absence d’envie d’avoir des rapports sexuels. Et ça ne fait pas de vous ou de votre partenaire une personne « pas drôle », « pas libéré·e » ou « coincé·e ». Tant que votre partenaire ne vient pas vous dire « beurk c’est dégueulasse, c’est ignoble », il n’y a pas de problème. On a le droit de ne pas aimer ou de ne pas avoir envie pendant cette période.

Donc si vous n’avez pas envie d’avoir des rapports sexuels (ou certaines pratiques) pendant vos règles, ou pendant les règles de votre partenaire, rien ne vous y oblige. Jamais.