Se lancer dans la réalisation d’une thèse de doctorat est à la fois un formidable challenge personnel et un parcours jonché de difficultés. Il convient de ne pas s’engager tête baissée et de bien réfléchir à ce qu’est le doctorat. Petite revue avant de se lancer.

C’est quoi le doctorat ?

Le doctorat est le plus haut titre universitaire en France et dans le système LMD (Licence-Master-Doctorat, issu du processus de Bologne). Il correspond à un bac + 8. Pour ce faire, læ doctorant·e doit rédiger et soutenir une thèse de doctorat. Ceci n’est fait qu’à la fin d’un processus de recherche qui dure des années.

Précision importante : les doctorats ne se ressemblent pas tous. Il y a une forte dichotomie entre les doctorats réalisés dans les sciences de la nature et sciences formelles (dites dures) et celles réalisées dans les sciences humaines et sociales (SHS : sociologie, psychologie, histoire par exemple, mais également droit, économie, Lettres…). C’est pourquoi dans chaque sous-partie de notre article nous distinguerons lorsque c’est nécessaire pour mettre en avant les particularités de ces disciplines.

Avant le doctorat : le master

Avant de se lancer en doctorat, encore faut-il détenir le grade de master. Plus généralement, c’est le master recherche qui prépare le mieux au doctorat puisque c’est la réalisation d’un mémoire de recherche qui conditionne l’obtention du diplôme, même s’il peut être parfois couplé à un stage (de recherche notamment en sciences de la nature et sciences formelles).
Le mémoire est une étape importante car c’est souvent le premier contact avec la recherche, voire la recherche fondamentale. C’est important de se rendre compte à ce moment si l’on a apprécié l’expérience ou non, car la réalisation du doctorat sera un cran au-dessus.

Surtout, il est fréquent dans les sciences de la nature et formelles que le mémoire ne soit que l’introduction à la thèse future : on commence un premier travail en master que l’on continue en doctorat. Ce n’est pas forcément le cas en SHS, même si de plus en plus de directeurices de master, de centres de recherche et d’écoles doctorales essayent de faire le lien entre mémoire et doctorat, notamment dans une logique de diminution du temps de réalisation du doctorat.

La question du sujet de thèse

En sciences dites dures, les sujets sont fréquemment imposés : ils s’inscrivent dans un axe de recherche du laboratoire et les années de doctorats sont souvent déterminées à l’avance. Le choix du sujet est donc principalement conditionné par le choix du laboratoire.

En théorie, la première année est consacrée à la réalisation des expériences. La deuxième année est censée être consacrée à l’analyse des résultats des expériences et la troisième à la rédaction du manuscrit de thèse. En pratique, il est courant que les expériences « débordent » sur la deuxième année (voire troisième pour les dernières), et l’analyse de résultats se fait plutôt au fur et à mesure, afin de pouvoir ajuster le sujet, la problématique ou les expériences planifiées s’il y a lieu.

En SHS, c’est un tout autre monde. Souvent læ doctorant·e doit choisir ellui-même son sujet avec tous les risques que cela comporte :

  • il faut que le sujet ait un intérêt à ses yeux (on va passer plusieurs années dessus, autant qu’il plaise dès le départ) ;
  • qu’il s’inscrive dans un des axes du laboratoire ou du centre de recherche ; or, c’est parfois une tâche ardue, si l’on souhaite par exemple travailler sur des thèmes « modernes » comme le genre, ou un peu « hors des clous » (à savoir intégrer un peu d’interdisciplinarité) ;
  • qu’il corresponde aux directives de l’école doctorale ;
  • qu’il plaise à un·e directeurice de thèse potentiel·le ;
  • qu’il soit « vendeur » pour la suite de la carrière académique de l’impétrant·e ; c’est là où læ directeurice de thèse est important·e, car un sujet bien traité qui ne parle pas aux grands « mandarins » (sic) de la discipline peut fermer des portes.

Surtout, une fois le sujet choisi, les premières années de doctorat en SHS concernent la recherche des sources bibliographiques, l’établissement d’une problématique de recherche qui évoluera certainement au cours des mois et années à venir, au fur et à mesure de l’avancée de la réflexion et des recherches… des points qui sont déjà (normalement) dans le projet de doctorat proposé en sciences de la nature et en sciences formelles.

Trouver un financement : le nerf de la guerre

Il existe différents types de financement pour la thèse. Tous ne présentent pas les mêmes avantages, loin de là. Le statut de doctorant·e n’est pas synonyme de travailleureuse (même si la quasi-totalité des doctorant·es travaillent à mi-temps ou à temps plein pendant leur doctorat) mais d’étudiant·e (ce qui pose de nombreux problèmes puisqu’on ne suit pas de formation et que l’on travaille réellement pour sa thèse). Autant certains statuts sont plus ou moins protecteurs (pour une durée limitée), autant la précarité des doctorant·es est malheureusement affaire courante.

Il est possible de répertorier ainsi :

  • le contrat doctoral : 3 ans, avec ou sans charge d’enseignement avec un salaire qui oscille entre 1 600 et 2 000 € brut en fonction des charges d’enseignement. Il s’agit d’un véritable contrat de travail (et donc on cotise pour le chômage, pour la retraite, pour l’ancienneté dans la fonction publique) ;
  • l’ATER : attaché·e temporaire d’enseignement et de recherche, à mi-temps ou temps plein. Pour la fin de thèse ou en tant que jeune docteur·e ;
  • le financement CIFRE : pour une thèse professionnalisante. On partage son temps entre l’entreprise d’accueil et la recherche. Évidemment, la séparation du temps et l’accueil en entreprise peuvent conduire à des dérives ;
  • le CDD LRU doctorant : contrat à durée déterminée institué par la loi relative aux libertés et responsabilités des universités dite LRU, payé à l’heure d’enseignement (environ 40 € brut de l’HETD : heure équivalent TD), ce qui revient en vérité à un taux horaire en dessous du SMIC si l’on compte la préparation du cours, la correction de copies et les surveillances d’examens qui ne sont pas rémunérées en sus ;
  • les vacations d’enseignement : payées au lance-pierre, environ 40 € brut de l’heure, et parfois des mois après avoir commencé à travailler. Là où le CDD LRU permet un paiement mensuel, les vacations ne sont payées que des mois après la tâche effectuée (au mieux trois mois après, souvent entre six mois et une année) ;
  • les bourses régionales / bourses de fondation privée : elles sont rares et portent sur des sujets ou des populations d’étude spécifiques.

En sciences de la nature et en sciences formelles, les thèses non financées sont véritablement une exception. Plusieurs écoles doctorales interdisent d’ailleurs les thèses non financées. Il faut dire que les financements, qu’ils soient publics, privés ou mixtes, existent ; beaucoup de partenariats avec des entreprises privées permettent aux laboratoires de fonctionner et de se lancer dans des recherches qui sont onéreuses. Évidemment que le paiement du salaire de læ doctorant·e a un coût en termes de masse salariale. Mais ce sont les équipements de recherche qui constituent la principale source de dépense. Un ordinateur ultra performant, un spectromètre de masse par accélération, un microscope, un accès à un accélérateur de particules, mais aussi tous les consommables (réactifs, molécules de détection, librairies de gènes, verrerie, …) : ce sont des investissements qui se chiffrent en milliers voire en millions d’euros.

En SHS, changement total de décor. Les financements sont plus que rares. La très grande majorité des doctorant·es ne sont pas financé·es au titre de la réalisation de leur doctorat, et travaillent en tant que salarié·es ou en auto-entrepreneureuse à côté, pour des questions alimentaires et de loyer. Très souvent, les doctorant·es acceptent des vacations payées une misère non pas pour l’argent mais pour la ligne sur le CV, car en SHS, la diversité des enseignements est importante si l’on souhaite une carrière académique. Ainsi, il faut savoir que les universités françaises fonctionnent énormément avec cette « chair à canon » que sont les doctorant·es : surdiplômé·es, mal payé·es, iels doivent néanmoins assurer des cours de travaux dirigés en espérant un jour être recruté·es. Triste constat.

Point important : l’attribution de ces financements n’est pas forcément transparente. Durant de nombreuses années, les contrats doctoraux (anciennement allocations de recherche) étaient attribués de manière discrétionnaire par les responsables d’école doctorale ou de laboratoire. La situation change peu à peu pour plus de transparence mais encore nombre d’universités pratiquent le localisme (favoriser læ candidat·e local·e, alors même que certain·es candidat·es ont de meilleurs dossiers) ou « oublient » de communiquer sur ces recrutements. Seul·es candidatent celleux qui ont l’information… par des biais détournés (c’est-à-dire celleux que les directeurices de labo voulaient voir financé·es).

Ainsi, la qualité du dossier académique ne suffit pas pour obtenir un financement. Il ne faut alors pas hésiter à se tourner vers la réalisation d’un doctorat à l’étranger si les portes en France sont fermées.

Pour les doctorant·es étranger·es qui ne sont pas citoyen·nes de l’Union européenne et qui ont besoin d’un visa pour venir réaliser leur doctorat en France : il faut absolument faire une demande de visa passeport – talent chercheur. En effet, si vous avez un contrat doctoral ou que vous êtes salarié·e d’une manière ou d’une autre dans votre établissement, ce visa vous permettra de prétendre à l’ensemble des prestations sociales auxquelles vous aurez cotisé. Si vous êtes avec un visa étudiant, vous ne pourrez pas, par exemple, prétendre aux indemnités chômage quand bien même vous auriez cotisé pendant 5 ans (contrat doctoral et 2 ans d’ATER). Le système est particulièrement injuste, et la règle est généralement mal connue des établissement d’enseignement supérieur, particulièrement en SHS.

Les contraintes multiples

Le statut

La première contrainte est celle du statut de doctorant·e. Un·e doctorant·e est sur le papier un·e étudiant·e : chaque année, iels doivent payer des frais d’inscription à l’université (les plus chers de tout le système LMD en France), quand bien même iels ne reçoivent aucune formation et qu’iels travaillent pour l’université (sachant que de nombreux contrats à l’université sont soumis à l’exigence du statut étudiant·e pour être pourvus). Oui, c’est parfaitement honteux et scandaleux.

Pourtant, un·e doctorant·e financé·e au titre d’un contrat de travail cotise par exemple pour l’assurance chômage. Une fois le contrat terminé, iel serait en droit de demander le bénéfice de l’allocation de retour à l’emploi. Le droit est en sa faveur ; néanmoins, toutes les agences Pôle emploi ne sont pas au courant et peuvent refuser l’indemnisation, ce qui place læ doctorant·e dans une situation financière très compliquée.

Là encore, pour les autres aides ou allocations, type CAF, la situation est parfois incompréhensible, puisque l’on peut sans problème cumuler le statut d’étudiant·e, de demandereuse d’emploi et de salarié·e. S’en suit un casse-tête administratif digne de Kafka.

Les contraintes liées à sa discipline – section CNU – Conseil national des universités

Chaque discipline possède ses propres codes, ses propres exigences. Généralement, le temps consacré au doctorat est loin d’être un temps plein : il faut préparer les cours, les faire, assurer la correction de copies (le tout sans rémunération annexe) – à ce titre, lorsque l’on a 3 semaines pour corriger 150 copies d’examens de fin d’année, on ne fait que ça et on est alors obligé·e de laisser la thèse de côté.

Il faut également écrire, écrire, et écrire : « publish or perish ».

Quand j'assiste à tout un colloque alors qu'une seule intervention m'intéresse

Quand j’assiste à tout un colloque alors qu’une seule intervention m’intéresse.

Les doctorant·es sont également fréquemment sollicité·es pour « aider » au sein de leur laboratoire ou centre de recherche. Comprendre par là qu’iels doivent réaliser des missions pour le compte du laboratoire, sans pour autant que cela porte sur le doctorat. Combien de doctorant·es en sciences de la nature et sciences formelles peuvent témoigner d’avoir du faire læ manipulation de laboratoire au lieu de travailler leur thèse, car cela coûtait moins cher au laboratoire de prendre un·e doctorant·e que d’embaucher un·e titulaire spécialisé·e ? Combien de doctorant·es en SHS peuvent également témoigner de recherches faites gracieusement pour le compte de læ directeurice de laboratoire ou de thèse ? De la mise en place d’un colloque à la place de saon directeurice (pour une reconnaissance ensuite minime) ? De la relecture/correction d’articles à sa place ? De la gestion administrative ? Si ces « à-côté » ne sont pas systématiques (bien heureusement !), ils peuvent exister.

Cela dure combien de temps ?

Sur le papier : 3 ans, 4 maximum. Selon les écoles doctorales, des dérogations peuvent être émises si la situation des doctorant·es le justifie.

Dans les faits, tout dépend.

  • Du fait de l’organisation du doctorat en sciences de la nature et en sciences formelles, le délai de 3-4 ans est plus facilement tenable qu’en SHS. Les sujets sont délimités dès le départ, les équipes de laboratoire sont souvent là pour aider, même à la marge, læ doctorant·e à réussir.
  • En SHS, les thèses soutenues en 3 ans sont extrêmement rares. Généralement, une thèse financée par contrat doctoral et contrat d’ATER est réalisée en 5 ans. Les doctorant·es non financé·es mettent au moins 6 ans en moyenne pour terminer leur doctorat. Plusieurs facteurs (liste non exhaustive) expliquent cette longue gestation :
    • des sujets qui restent à problématiser ;
    • pas d’équipe de recherche en soutien aux doctorant·es ;
    • des usages qui laissent souvent læ doctorant·e seul·e face à son sujet ;
    • la nécessité de travailler à mi-temps ou à temps plein à côté de la thèse ;
    • les vacations de cours (qui ne payent pas le loyer) assurées dans plusieurs matières : cela demande beaucoup de temps de préparation et de correction ;
    • des articles à publier pour espérer être recruté·e…

Réussir à rédiger malgré tout et soutenir

Une bonne thèse, c’est une thèse soutenue. Il faut se souvenir de cela lorsque, plongé·e dans la rédaction du manuscrit de thèse, læ doctorant·e n’en peut plus.
Il est encore tabou à l’université de parler des problèmes psychologiques ou psychiatriques que peut engendrer le doctorat. On pourrait croire de l’extérieur qu’il s’agit d’une position enviée et enviable. Néanmoins, les contraintes toujours plus lourdes sur les épaules des doctorant·es, leurs obligations envers leur laboratoire, les recherches perpétuelles de financement, l’absence d’encadrement et de formation pour l’enseignement, la concurrence parfois exacerbée dans un milieu qui pratique l’entre-soi… tout cela peut conduire les doctorant·es dans des situations humaines très difficiles.

La santé mentale des doctorant·es est un trou noir : pas de prise en compte, pas d’accompagnement. Souvent, les doctorant·es n’ont aucune visite médicale durant toute la durée de leur doctorat (même s’iels sont recruté·es comme salarié·es d’un laboratoire de recherche). Les directeurices de recherche ne sont pas forcément attentifes aux difficultés rencontrées par leurs doctorant·es (estimant souvent que ce n’est pas de leur ressort).
Pourtant, presque tou·tes les doctorant·es pourront témoigner des problèmes de qualité de vie qu’engendre le doctorat : insomnie, crise d’angoisse, dévalorisation de soi, épisode dépressif, burn-out, abus de médicaments, de psychotropes ou prises de drogue… le doctorat prenant la forme d’un métier-passion, il n’y a alors plus aucune place « libre de doctorat » : on passe son temps à travailler, à réfléchir dessus…. le moindre temps mort engendre une culpabilisation difficile à faire taire. La souffrance lors du doctorat n’est malheureusement pas encore prise au sérieux. Il existe bien sûr plusieurs recherches sur ce point ; elles ne sont malheureusement pas réellement prises en compte. Et la mise en place de campagne de prévention et d’accompagnement par les universités et les laboratoires de recherche se fait encore attendre.

Il faut alors abandonner ou conclure. Une fois le manuscrit de thèse rédigé, vient la soutenance. Là encore tout dépend de la discipline. Si la soutenance prend souvent en sciences de la nature et en sciences formelles la forme d’un débat entre pair·es, ce n’est souvent pas le même son de cloche en SHS, où la soutenance peut être un moment beaucoup plus dur.

Et si on arrête ?

L’arrêt du doctorat est encore un grand tabou dans l’enseignement supérieur. Personne n’en parle. Il n’y a pas d’accompagnement psychologique lors du doctorat ; il n’y en a pas non plus lors de l’arrêt du doctorat. Or la situation peut être extrêmement lourde pour les personnes. Souvent, l’arrêt du doctorat est dicté par des contraintes financières : la majeure partie des doctorant·es en SHS n’ont pas de financement dédié à la réalisation du doctorat. Les vacations d’enseignement étant payées fréquemment avec 6 mois de retard, ces contraintes matérielles pèsent énormément.

Le climat du centre de recherche ou du laboratoire peut également conduire à l’abandon du projet de doctorat. Harcèlement (moral ou sexuel), absence d’encadrement digne de ce nom et doctorant·e totalement délaissé·e, absence de projet de thèse suffisamment étayé lors de l’appel à recrutement… les causes sont multiples et ne sont pas illégitimes. On n’oubliera pas de relever que les femmes sont plus nombreuses à abandonner : avoir une famille étant pénalisant pour elles et non pour leurs homologues masculins. Les inégalités liées au genre se retrouvent sur ce point.

La décision d’abandonner son doctorat est particulièrement douloureuse à prendre dans la majorité des cas. N’ayant pas validé le diplôme, il est difficile de valoriser sur le CV les compétences pourtant acquises lors de ces années de recherche.

Et après ?

Il y a généralement la carrière universitaire d’un côté, et le reste de l’autre. Pour la carrière académique, le doctorat est un préalable indispensable mais pas suffisant. Il faut obtenir sa qualification comme maître·sse de conférence (MCF). La « qualif’ » est plus ou moins difficile à obtenir selon les disciplines, mais elle est le sésame indispensable à l’étape d’après, le recrutement. En effet, être qualifié·e MCF ne suffit pas à avoir un poste ; encore faut-il être recruté·e par une université. Commence alors pour celleux retenu·es pour les entretiens le « Tour de France », où chaque candidat·e va aller se défendre devant des commissions de recrutement, plus ou moins impartiales. Il y a très peu de postes disponibles ; les départs à la retraite ne sont pas remplacés ; et les universités ont tendance à privilégier dans les faits « leur » candidat·e local·e, face à un·e extérieur·e qui aurait pourtant un meilleur dossier.

Bref, alors que la fin de thèse est éprouvante pour les doctorant·es, le processus de recrutement pour être titularisé·e l’est encore plus ; il faut aussi avoir les finances qui suivent pour pouvoir faire ce « Tour de France » qui a lieu une fois par an. La qualification durant 4 ans, il faut réussir à se faire recruter pendant ce laps de temps – de nombreuxes docteur·es cumulent alors jobs alimentaires, vacations d’enseignement et contrats de postdoctorat quand iels ont la chance d’en avoir un, dans l’attente d’obtenir un poste. Certain·es, malgré l’excellence de leur dossier, n’en obtiennent pas. Il faut alors repasser l’épreuve de qualification, qui n’est en rien garantie.

En dehors de la carrière académique, le monde de l’entreprise recrute certains profils de docteur·es. Les sciences naturelles et les sciences formelles ont un plus grand choix sur le marché du travail que les docteur·es en SHS. Il faut aussi, dans les domaines où le doctorat n’est pas forcément valorisé, arriver à « se vendre » et expliquer en quoi être docteur·e est une force pour l’entreprise. En effet, l’image d’étudiant·e éternel·le des doctorant·es, même si elle est bien loin de la réalité, demeure dans l’imaginaire collectif.

À noter l’expérimentation mise en place à partir de 2019 : l’ENA ouvre ses portes via un concours spécifiques aux docteur·es, afin de leur faciliter l’accès à la haute fonction publique française. Vu l’engouement sur les réseaux sociaux pour cette nouvelles modalités de recrutement à l’ENA, il y a fort à parier que de nombreuxes candidat·es tenteront leur chance.

Et ailleurs ? L’exemple allemand

En Allemagne, en sciences dures, la situation est assez semblable à celle en France. Les doctorant·es sont également obligé·es d’avoir un statut étudiant et donc de payer les frais d’inscription. Un doctorat dure minimum 3 ans, mais il n’est pas rare qu’il se prolonge plus longtemps, la situation étant moins strictement régulée qu’en France.
Les contrats disponibles ne sont pas les mêmes ; au niveau du salaire, tou·tes les doctorant·es ont la même base (TV-L E 13, ce qui correspond plus ou moins à 2 240 € net la première année), mais les laboratoires peuvent donner de 50 à 100 % de cette base salariale selon leurs moyens et la discipline (en biologie, il est rare d’être payé·e au-dessus de 50 % et cela ne dépasse pas les 75 %, en informatique les salaires se concentrent autour des 75-100 %, cela s’explique par le coût des expériences notamment). Ainsi, un·e doctorant·e peut être payé·e à 50 % mais travailler à temps plein en laboratoire (sans compter les heures supplémentaires et le travail le week-end qui sont encouragé·es), ce qui est similaire à la situation en France au niveau du salaire horaire. Selon le type de contrat, iel peut avoir à assurer des heures d’enseignement (mais comme elles sont comptabilisées dans le contrat, elles ne sont pas payées en sus).
Les doctorant·es étranger·es sont assez nombreuxes en Allemagne (un·e étudiant·e sur neuf en moyenne, tous niveaux confondus) et il n’est pas rare de voir se côtoyer plusieurs nationalités dans un même laboratoire, ce qui implique parfois l’usage d’une lingua franca, en général l’anglais.

Le sexisme dans l’enseignement supérieur

L’enseignement supérieur et le monde de la recherche sont particulièrement masculins. Il est malheureusement fréquent de voir des comportements déplacés de la part des membres du corps enseignant ou administratif envers les étudiant·es. Les doctorant·es n’y coupent pas ; iels peuvent être autant agresseurs (de part leur position dominante sur les étudiant·es de licence et de master) que victimes.
Les universités ont mis beaucoup de temps à prendre en compte le sexisme ambiant de l’institution. Désormais, plusieurs universités mettent en place des référent·es et des services spécialisés afin d’accompagner les personnels et les étudiant·es face aux différentes formes de harcèlement.

De nombreux témoignages avaient déjà été publiés via Paye ta recherche et le mouvement #MeToo a permis, dans une certaine mesure seulement, de libérer la parole et de faire émerger des problèmes structurels au sein de l’enseignement supérieur. Néanmoins, les solutions ne sont pas encore satisfaisantes.

Pour conclure, se lancer dans un doctorat nécessite réflexion et anticipation. Sans décourager les futur·es candidat·es de tenter l’expérience doctorale, le plus haut diplôme d’Europe reste exigeant et implique un solide investissement personnel.