Créé en 1859 sous le second Empire, le 20e arrondissement regroupe l’ancienne commune de Belleville située au sud de la rue de Belleville, le quartier de Ménilmontant ainsi qu’une partie de la commune de Saint-Mandé et la quasi-intégralité de la commune de Charonne.

Cet article a été écrit par l’association Nina et Louise dans le cadre d’un partenariat.
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Il a pour particularité d’avoir abrité un grand nombre de femmes importantes, ayant toutes joué un rôle significatif, dans l’histoire de l’arrondissement et de manière plus large au cours de l’histoire.

Nous vous invitons donc à vous plonger dans une balade instructive et historique retraçant les lieux importants du 20e avec un regard différent des itinéraires classiques proposés dans les guides touristiques !

Le Château de Ménilmontant

Débutons donc notre visite avec une information cruciale : le Château de Ménilmontant, lieu très important de l’histoire de l’arrondissement, absorbait en comptant toutes ses dépendances le quart du 20e actuel. Il a été au cours du XVIIIe siècle appelé le « retrait Pompadour » d’après la Marquise qui y séjournait de temps en temps.

Jeanne-Antoinette Poisson est une femme de lettres et protectrice des arts au XVIIe siècle. Son érudition lui a permis d’exercer une certaine influence sur la politique de l’époque. Issue de la haute bourgeoisie, elle devient la favorite du roi Louis XV en 1745, et se sépare alors de son premier mari. La légende raconte qu’une voyante lui avait prédit l’obtention de ce nouveau statut lorsqu’elle avait neuf ans : force est de constater qu’elle a tout entrepris pour parvenir à ce titre. Dans une relation passant de l’amour à l’amitié avec le monarque, elle est réellement devenue sa confidente et alliée. Être la favorite du roi n’est pas un loisir mais une véritable carrière qu’elle mène de front pendant vingt ans, à divertir un roi de plus en plus déprimé. Femme de pouvoir, elle est en bons termes avec beaucoup de ministres, dirige des opérations immobilières et est une grande mécène. Le 7 février 1756, le roi la nomme duchesse de Menars. Pendant vingt ans, Madame de Pompadour mène une vie éreintante, avant de succomber à une tuberculose à l’âge de quarante-deux ans. Il n’en reste pas moins que jamais dans l’histoire, une favorite du roi n’a eu autant de pouvoir. Elle a finalement pris le rôle de reine alors qu’elle n’appartenait pas à la noblesse et que rien ne la destinait à cette vie. L’imaginaire des peintures la représentant voulait en faire une femme douce, mais elle était en réalité très dure et stricte dans son « règne » et très habile dans les jeux de pouvoir.

Le cimetière du Père-Lachaise

Rendons-nous maintenant au niveau du cimetière du Père-Lachaise pour y débuter notre périple. En plus du Château de Ménilmontant, le parc du même nom était limité au sud-est par un second domaine, appelé le Mont-Louis, et appartenant aux frères jésuites. Aujourd’hui, ce domaine est devenu le célèbre cimetière du Père-Lachaise. Très connu pour accueillir les tombes de grands noms de l’histoire comme Apollinaire ou Balzac en passant par Jim Morrison ; nous entendons rarement parler des grands noms féminins qui y sont enterrés. Et pourtant ! Que la liste est longue. Vous pouvez y retrouver les tombes de la cantatrice italienne Marietta Alboni (1826-1894), de la résistante Mireille Albrecht, ou de Jeanne d’Alcy, de son vrai nom Charlotte Faës actrice de théâtre et de cinéma Française, principale actrice des films de George Méliès qu’elle finit par épouser (mais ceci n’est qu’une information secondaire) (1865-1956). Vous y retrouverez également Hubertine Aucleirt (1848-1914), féministe française en faveur du droit de vote des femmes. La baronne Elisabeth Alexandrovna Stroganoff est également enterrée au Père-Lachaise, mais dans un monument funéraire ! La légende raconte que la baronne, héritière de l’Empire Stroganoff, aurait légué toute sa fortune à la personne qui passerait une année complète dans son caveau. Inutile de préciser que les nombreux prétendants qui ont décidé de s’y aventurer sont tous devenus fous avant la fin de l’année. Eh bien Messieurs !

Père-Lachaise

Enfin, pour citer quelques noms nationalement connus, vous pourrez y trouver l’actrice Sarah Bernhardt (1844-1923), la peintresse Rosa Bonheur (1822-1877) et la môme la plus Bellevilloise de toutes : Édith Piaf (1915-1963).

Le lieu de naissance d’Édith Piaf
72 rue de Belleville

Notre prochain arrêt se fera donc au 72 rue de Belleville, au niveau de la plaque de naissance de la chanteuse Édith Piaf. Née en 1915, « dans le plus grand dénuement » sur les marches d’une maison rue de Belleville. Un musée a d’ailleurs ouvert ses portes dans le quartier en l’honneur de la célèbre artiste en 1977, il se situe au 5 rue Crespin du Gast entre le 11e et le 20e. Vous trouverez également dans le 20e une place portant le nom de cette chanteuse illustre et sur laquelle vous pourrez y découvrir une statue en son honneur, oeuvre de la sculptrice Lisbeth Delisle, inaugurée en 2003. La Môme Piaf comme certains l’appellent aussi a donc laissé de nombreuses traces de son passage dans le 20e et son histoire s’est donc complètement intégrée dans l’ADN du quartier.

Fille d’une chanteuse de rue, Annetta Maillard et d’un artiste de cirque, Louis Alphonse Gassion ; Edith est par la suite confiée succinctement au soin de ses deux grand-mères maternelle et paternelle, la seconde tient une maison close où elle passera une enfance choyée. Par la suite, Edith commence à 15 ans à chanter dans la rue aux côtés de son Père qui l’emmène sur les routes. Mais, dès les années 1930 elle choisira de prendre son propre chemin en chantant avec son amie Simone Berteaut et en s’installant à Montmartre avec son premier amour. Son nom de scène deviendra donc par la suite « la Môme Piaf », idée du gérant se cabaret Louis Leplée. Elle enregistre son premier titre en 1936 après s’être faite repérer par Marguerite Monnot et Raymond Asso. Elle rencontrera dans les années qui suivent un très grand succès, côtoyant les plus grand(e)s de l’époque tels que Cocteau, ou partant en tournée avec Yves Montand avant de partir pour les Etats-Unis et New-York.

À la suite de la perte de son amant Marcel Cerdan, Edith commence à consommer de la Morphine et devient très rapidement addict. Les dernières années de sa vie seront rythmées par des apparitions sur scène souvent interrompues par des cures de désintoxication. Son état général de santé s’étant très largement dégradé surtout après un grave accident de voiture, Edith décède à Grasse en 1963 à 47 ans.

Malgré un destin tragique comme bon nombre d’artistes, Edith Piaf reste la chanteuse Française la plus connue en France et à l’étranger, dont les titres seront éternellement repris. Elle fait partie des artistes ayant construit l’histoire de la chanson française, et son destin hors du commun ainsi que sa créativité et son génie ne peuvent être qu’admiré et souligné. Elle laisse donc une empreinte marquante dans son arrondissement de naissance qui est plus que fier de sa grande dame et qui lui dédie de nombreux lieux d’hommage et de commémoration.

La Place Marie de Miribel

Avançons-nous maintenant vers la station de métro Porte de Montreuil, et au niveau de la récente station du tramway T3a Marie de Miribel, pour y découvrir l’histoire d’une autre grande figure du 20e arrondissement. Née en 1872, Marie de Miribel est une infirmière et résistante française, fondatrice de la Maison de l’Union en 1906, et, en 1912, de l’Hôpital de la Croix Saint-Simon au 125 rue d’Avron.

Marie de Miribel

Profondément touchée par la misère du quartier, Marie de Miribel passe beaucoup de temps dans les rue du quartier de Charonne à aider enfants, orphelin·es et personnes en situation de précarité extrême. Décédée en 1959 après avoir joué un rôle considérable au sein de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, Marie de Miribel est enterrée dans le petit cimetière de Charonne, jouxtant l’Église Saint-Germain de Charonne.

L’appartement de Barbara
50 rue de Vitruve

Enfin, en restant près de Porte de Bagnolet, au 50 rue de Vitruve, on peut revenir sur les traces de la chanteuse Barbara qui a grandi et caressé son premier piano dans l’appartement du deuxième étage, perché dans ce grand immeuble un peu sombre. La famille s’installe ici, en 1946, dans l’espoir de construire un nid après une guerre ravageuse, un exil, et la disparition de leur grand-mère maternelle. Le père de Monique Andrée, celle que nous connaissons sous le nom de Barbara, loue un piano, avec lequel la jeune fille découvre la musique avant de s’inscrire au conservatoire de la rue de Madrid. Trois ans plus tard, le père quitte le domicile familial laissant femme et enfants sans ressources. Devant la porte de l’immeuble à cette adresse, une plaque en hommage à la mythique chanteuse reprenant les paroles de Perlinpinpin évoque avec mélancolie le fantôme de ces lieux : « Et faire jouer la transparence / au fond d’une cour aux murs gris / où l’aube aurait enfin sa chance. »

50 rue de Vitruve

C’est donc ici que s’achève notre visite du matrimoine du 20e arrondissement de Paris. Arrondissement très divers et abritant dans ses rues et sur ses places des figures clefs de l’histoire de France, il était important à notre humble avis de pouvoir mettre en avant ces femmes artistes, infirmières, résistantes, marquises actrices ou peintresses ; qui toutes à leur manière ont façonné l’arrondissement et les rues que vous arpentez aujourd’hui.

Il est impossible de parler du 20e sans parler de ces grands noms bien souvent reléguées en seconde position derrière des hommes et qui méritent tout autant leur renommée et de voir conter leur histoire.

Sources