La fac, c’est tout une histoire. Et c’est surtout toute une organisation, car il faut assurer la présence en cours, la vie personnelle, les partiels, l’appartement… Heureusement Internet fourmille de conseils d’organisation et d’astuces pour tenir le coup. Sauf quand notre emploi du temps n’est pas fixe. Pas de cours du lundi matin 10h, pas même d’alternance entre la semaine A et la semaine B. L’organisation prend alors des airs de Saint Graal. Et si jamais vous faites partie des spoonies, le challenge est de taille. Je vais essayer de vous donner quelques astuces (basées sur mon expérience et celle d’autres spoonies ayant répondu à l’appel) en espérant qu’elles pourront vous permettre d’économiser temps et cuillères.

• Mais déjà, spoonies, qu’est-ce donc ?
C’est un terme issu de la théorie des cuillères (cuillère se traduisant par spoon en anglais) développée par Christine Miserantino pour expliquer comment la fatigabilité due à sa maladie (lupus) impactait son quotidien. Selon cette théorie, chaque personne a un stock de cuillères quotidien et chaque tâche que l’on a à faire (des plus simples comme quitter son lit aux plus complexes comme apprendre un cours) nous demande un certain nombre de cuillères. Ce stock de cuillères quotidien dépend de la forme physique et mentale de chacun·e. C’est un outil du quotidien pour les individus dont l’énergie est très fluctuante et régulièrement à un niveau très bas : personnes dépressives, anxieuses, avec une maladie chronique, sur le spectre autistique, personnes avec TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité), APIE (Personne Atypique dans l’Intelligence et l’Émotion)… En bref, qui doivent surveiller de près leur réserve de cuillères. Ces personnes, ce sont les spoonies.

• Gérer le quotidien
Comment s’occuper de son appartement ou de sa chambre alors que notre réserve de cuillères a déjà bien été entamée par les cours ? Il faut d’abord garder en tête que peu vaut mieux que pas du tout. Si la maison a besoin d’un bon rangement et que vous n’avez pas l’énergie pour y consacrer l’heure dont vous estimez avoir besoin, prenez cinq minutes pour un bout de pièce (le bureau par exemple). Ce sera toujours ça de fait ! Et qui sait, vous serez peut-être surpris·e de ce que vous êtes capable de faire avec ces cinq minutes.
Les checklists peuvent se révéler être des alliées de poids. C’est un bon moyen de résumer le minimum à faire sur la semaine (vaisselle, balai, courses…) et il en existe déjà un grand nombre sur le web. Cela permet de ne rien oublier dans les tâches à accomplir et de les répartir au mieux sur toute la semaine en fonction de votre emploi du temps.
Si vous êtes un·e spoonie à la fac, le sommeil passe avant tout. Il est important de pouvoir récupérer correctement afin de pouvoir refaire son stock de cuillères et de pouvoir agir. Même si ça semble difficile (par exemple à l’approche des partiels ou d’une date de rendu pour un travail déjà en retard), il ne faut pas culpabiliser de prendre le temps dont vous avez besoin pour récupérer. C’est un point important. Négliger son sommeil c’est prendre le risque d’entrer dans un cercle vicieux de fatigue et de stress.

Conseils de spoonies :
Les tâches administratives (notamment l’inscription à l’université) peuvent s’avérées beaucoup plus épuisantes qu’il n’y paraît ; si vous le pouvez, demandez l’aide d’un·e proche ou faites-les à plusieurs.
Si vous avez des finances conséquentes, vous pouvez prévoir un budget nourriture un peu plus important en septembre pour prendre des plats à emporter ou tout préparer afin d’avoir plus de temps libre pour s’adapter au changement de rythme.
Si vous aimez sortir, explorer la ville peut vous permettre de repérer des lieux sympas où vous poser pour vous recharger. Il existe souvent dans les grandes villes des guides destinés aux jeunes répertoriant les coins à connaître en ville.

• La fac, une histoire d’anticipation
L’idéal pour traverser ses années de fac sans trop de complication est de se créer une routine de travail. Les pros de l’organisation estudiantine vous le diront toujours : la clef de l’efficacité c’est la routine ; ce qui est compliqué quand votre emploi du temps est imprévisible (il existe des parcours universitaires où l’emploi du temps est totalement différent d’une semaine à l’autre). L’objectif sera plutôt de créer de la routine là où c’est possible ou bien de mettre en place de solides habitudes, par exemple sur le week-end entier ou sur l’un de ces deux jours.
Pouvoir évaluer le temps nécessaire pour la mise au propre d’un cours, la préparation d’un exposé, l’écriture d’une fiche de révision… est un atout précieux mais parfois long à obtenir. Afin de mieux saisir le temps passé sur telle ou telle chose, vous pouvez vous appuyer sur des outils comme la méthode pomodoro ou bien des applications comme forest qui vous permettront à la fois de vous concentrer sur une tâche précise et de voir le temps qui vous est nécessaire pour vous y consacrer. Cela vous permettra de planifier au mieux votre temps de travail.
La prise de note est un indispensable pour la réussite à la fac, mais aussi compliquée à tenir lorsque l’on manque de cuillères. Cependant, il existe d’autres moyens d’accéder au contenu détaillé d’un cours. Premier moyen, la ronéo. La ronéo est un système mis en place dans de plus en plus de formation et qui consiste à mutualiser les prises de notes en désignant pour chaque cours une ou plusieurs personne(s) chargée(s) de prendre en note de façon détaillée le contenu du cours. Selon votre situation (je pense, par exemple, aux personnes ayant des troubles de l’attention), vous pouvez vous rapprocher des responsables de l’organisation de la ronéo pour pouvoir accéder aux prises de notes sans avoir à le faire en retour.
Vous pouvez également demander à avoir des photocopies du cours dans le cadre d’un aménagement de vos études.

Conseils de spoonies :
Les trous dans l’emploi du temps cassent le rythme de la journée mais peuvent être de bons alliés. Profitez-en pour souffler ou prendre de l’avance sur votre boulot en fonction de votre fatigue.
Même si il peut y avoir moins d’heures de cours qu’au lycée, une journée à la fac reste fatigante (bruit, nombreuses personnes, cours à retenir… le flux d’informations sensorielles est conséquent), ménagez-vous des moments de “rien” pour vous recharger.
Lorsqu’il s’agit de la fac, on entend beaucoup parler de grands moments de sociabilisation: soirées étudiantes, Erasmus, week-end d’intégration, associations… Ce ne sont pas des passages obligés des années fac! Allez-y à votre rythme, vous pourrez toujours rencontrer des personnes de votre formation en dehors de ces événements.

• Et les partiels ?
Selon la quantité de travail qu’il vous faudra abattre, vous pouvez si vous le souhaitez, mettre en place une stratégie d’attaque qui vous permettra de passer cette période parfois compliquée le plus sereinement possible. Là où certain·e·s réviseront en priorité leurs matières les plus faibles, d’autres miseront sur un passage fragmenté en choisissant de ne réviser qu’une partie des matières et de tenter de valider les autres aux rattrapages. Il existe évidemment d’autres stratégies en fonction de votre avancée dans vos fiches de révisions, des quotients des matières, de la densité des cours…

Conseil de spoonie :
Évitez de multiplier les supports de révision pour ne pas vous y épuiser plus de temps que nécessaire.

• Demander de l’aide – Aménagement des études
En fonction de vos difficultés, qu’elles soient temporaires ou chroniques, dues à une maladie ou à un handicap, une dépression, un trouble des apprentissages… vous pouvez faire une demande d’aménagement de votre cadre d’études. Cela peut vous permettre notamment d’avoir un tiers temps, des temps d’examen fractionnés, l’accès à des photocopies des cours des profs pour réviser… et d’autres aménagements en fonction de vos besoins. Pour cela, vous pouvez vous rapprocher de la mission handicap de votre université qui vous guidera ensuite dans les démarches à accomplir. Le secrétariat de votre formation pourra également vous orienter vers des systèmes d’aide et/ou d’accompagnements qui peuvent être propres à vos études. Vous pouvez par ces deux moyens accéder à des aides comme un tutorat mené par un·e membre de l’équipe pédagogique, un tiers temps, une salle à part pour les examens, le droit à l’utilisation d’un ordinateur, l’accès à des photocopies supplémentaires, des groupes de parole… Il existe de nombreux aménagements accessibles en fonction de vos besoins.

Conseils de spoonies :
N’hésitez pas à demander de l’aide si vous êtes en difficulté avec vos études, il est dommage de passer à côté d’une solution qui peut vous aider à traverser cette période qui se veut être un tremplin pour votre avenir. Vous connaissez votre corps et votre fatigue mieux que personne, tout comme vos difficultés quotidiennes. Ne minimisez pas vos difficultés, vous faites ces démarches pour vous faciliter le quotidien.
Vous pouvez passer par le secrétariat de votre formation, en personne, par téléphone, par mail ou par courrier.
Il existe également des associations qui peuvent vous soutenir!

Demander de l’aide peut être difficile, on peut s’en sentir indigne, pas assez en difficulté pour la demander mais ce n’est pas le cas. Prenez soin de vous et avancez à votre rythme. Vous n’êtes pas seul·e.

Remerciements :
Je remercie Ewyra, ZoeCruson, Charly et Ciboulette_SED pour leur précieuse participation à cet article qui aurait été bien incomplet sans leur aide.
Grand merci!

Pour en savoir plus :
L’origine de la théorie des cuillères
Le quotidien des spoonies

Les autres liens contenus dans l’article :
La méthode pomodoro
L’application sur mobile et pc forest
La ronéo pour aider à la prise de note
Avancer à son rythme