Nous avons eu la chance de rencontrer Elsa, libraire chez Arborescence à Massy et créatrice de la newsletter Books by Women. Nous avons pu échanger sur son métier passionnant et la place que prennent les autrices dans ses lectures.

Peux-tu nous résumer ton parcours ?

J’ai fait un cursus assez classique, un bac littéraire puis un Diplôme universitaire de technologie (DUT) information communication option « métiers du livre » et en seconde année option « librairie ».
Après mon DUT, j’ai trouvé du travail dans le milieu du livre. Au début, je ne travaillais pas en librairie classique comme maintenant : je travaillais dans des structures vraiment différentes avant d’arriver en commerce-librairie et maintenant ça fait cinq ans que je fais ça.
J’ai toujours voulu faire ça. Quand j’étais plus jeune, je voulais bosser dans le livre mais devenir bibliothécaire : au collège, j’ai aidé une fois la documentaliste à ranger des archives et ça m’a énormément plu et depuis ça ne m’a jamais trop quitté. Je fais partie de ces gens qui ont de la chance, qui ont su assez tôt vers quoi aller. Ça me plait toujours.

Mon premier emploi en librairie, j’étais à Boulogne-Billancourt, j’y suis restée un an et demi. Je m’occupais plus de la BD et des commandes de la part des bibliothèques et des écoles. Après, j’ai bossé quelques mois dans une plus petite librairie à Nation où j’avais été embauchée pour la jeunesse et la BD ; et depuis novembre 2018, je suis à la librairie Arborescence à Massy, depuis son ouverture. On est généralistes, on est deux pour tout gérer, aussi bien de la jeunesse, de la BD, des sciences humaines que de la poésie.

En quoi ton féminisme a une influence sur ton travail de libraire ?

Tout est venu d’une discussion avec une amie : on trouvait bizarre qu’il y ait si peu de femmes dans nos bibliothèques. Instinctivement, quand on se demande quels sont nos auteurs préférés, on ne pense pas forcément à des femmes.
À l’époque, j’avais un blog et j’avais fait un long article sur les autrices étudiées au bac et les prix littéraires : très peu de femmes ont eu le prix Goncourt, c’est dingue. Au début, je me suis dit que j’allais me forcer et ne lire que des femmes pendant une année. Avant de me faire ces remarques, je n’avais pas conscience d’aller très naturellement vers des hommes.

Comment t’es venue l’idée de lancer la newsletter Books by women ? Pour quelles raisons as-tu voulu lancer ce projet ?

J’ai lancé la newsletter parce j’adore partager et échanger autour de ce que je lis. Je l’ai créée en 2017, et à la base, je ne voulais pas partager des ouvrages féministes, mais des ouvrages « écrits par des femmes ». Je ne souhaitais pas me limiter à présenter des essais ou des autrices féministes pour plusieurs raisons : tous les romans ne le sont pas forcément et on retrouve de plus en plus les mêmes noms et livres partout.
Par exemple mon dernier coup de cœur en date, Farallon Islands d’Abby Geni, n’est pas un roman qui véhicule une pensée féministe ! C’est « juste un roman », et je voulais surtout partager ça.
Pareil quand je parle d’ouvrages jeunesse, je voulais faire découvrir des scénaristes et des illustratrices, c’est vraiment mon but premier.

À une époque, j’avais même posté sur Reddit, Suggest Me A Book et j’avais demandé à ce que l’on me conseille des autrices. Globalement j’ai eu beaucoup de réponses, j’ai découvert plein d’autrices.

Pourquoi ce nom ?

Je voulais un titre court. Si on traduit en « Des livres écrits par des femmes  », je trouve ça trop lourd et long. Et il était hors de question que j’appelle ça « écriture féminine » parce que malheureusement ça n’a pas du tout le même sens.

Comment prépares-tu ta newsletter ?

J’envoie toutes les 2 semaines le jeudi matin.
La totalité des choses que je lis, c’est aussi pour le boulot donc je ne me fixe pas de limites sur le nombre de livres à lire.
En règle générale, j’essayais de présenter un roman, un livre jeunesse et une BD. Ces derniers temps, je n’ai pas réussi à faire ça. Je préfère aller lire des ouvrages, voir ce que ça vaut et des fois ce sont des bonnes surprises. Je fais vraiment au feeling.

Quel genre de retour as-tu jusqu’à présent ? Un retour en particulier t’a marqué ?

J’ai eu des très bons retours. De plus en plus, j’ai des professionnels du livre qui me contactent, notamment des médiathèques en disant que ça les aide dans leur sélection, et aussi des éditeurs. Quand j’avais parlé du livre de Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, l’autrice m’avait envoyé un mail pour me remercier, c’était fou.

En mars 2018, il y a eu un article sur le Monde Web et ça a pu faire augmenter le nombre d’abonné·es.

Sinon, si des gens veulent contribuer, c’est possible : c’est ma newsletter, mais je suis toujours ouverte aux contributions en écrivant des petits textes sur des livres.

Est-ce que la création de ta newsletter a modifié la clientèle qui vient à la librairie Arborescence ?

Pas spécialement, on le met assez peu en avant. Quand il y a des gens qui arrivent en caisse avec une petite sélection d’autrices, je peux leur en glisser un mot et j’ai aussi quelques client·es qui sont abonné·es mais ça n’a pas changé grand chose en soi. Mon boulot, ça reste d’être employée par la librairie.

Tu participes également à la box Kube, en quoi est-ce différent de ton travail en librairie ?

C’est complètement annexe à mon travail en librairie. C’est une box qui permet de choisir un libraire, dire ce qu’on a envie de lire, et le libraire sélectionné choisit des livres : c’est du conseil personnalisé. Ça faisait un moment que j’avais envie de me lancer des défis en dehors du travail et je leur ai envoyé un mail pour savoir s’ils cherchaient encore des libraires.
Ce n’est pas toujours évident, il y a des demandes très vagues ou au contraire très précises.

Quels livres t’ont particulièrement marqué dans ta déconstruction ?

Le premier livre qui me vient en tête c’est L’art de la joie de Goliarda Sapienza, c’est formidable. C’est un roman qui parle de tellement de choses, qui aborde tellement de sujets, qui est si bien traduit [NDLR : l’autrice est italienne].
Mon préféré d’elle c’est Retour à Positano.

Mais le genre de livres qui m’a fait venir au féminisme : c’est vraiment la BD, les BD de Catel et Bocquet, celle qui m’a vraiment marquée est sur Benoîte Groult, Ainsi soit Benoîte Groult.

Est-ce tu as d’autres projets prévus ? Penses-tu développer ton projet sous une autre forme (chaîne, podcast,…) ?

J’ai envie de faire plus mais je n’ai pas assez de temps. Après les newsletters, comme c’est la mode du podcast, j’ai vraiment envie de me lancer là-dedans : j’ai des idées sur quoi faire mais je ne sais pas encore par où commencer. J’ai très envie de lancer ça cette année comme je l’avais évoqué dans ma dernière newsletter.
J’ai aussi envie de refaire le design de la newsletter et de m’ouvrir à autre chose, comme contacter des autrices par exemple.
Prochainement, j’anime un book club au festival Les Autrices [NDLR : le festival s’est tenu à Paris, aux Grands Voisins, le 14 et 15 septembre, et l’atelier a eu lieu le dimanche].

Quels sont les conseils que tu donnerais à celleux qui veulent se lancer dans une newsletter ?

De bien s’entourer, justement d’avoir un entourage proche qui te soutient dans ton projet. Je pense que j’aurai déjà arrêté 25 000 fois si je m’étais écoutée toute seule. Quand je reçois des mails de proposition, mon copain est content pour moi et le montre, ça me permet de me dire que non je ne vais pas faillir et que j’ai envie que mes proches soient fier·es de moi.
Et surtout ne pas s’arrêter au premier échec. Je me suis accrochée et ça a payé.

Recommandations de lecture :

  • L’Art de la joie de Goliarda Sapienza
  • Retour à Positano de Goliarda Sapienza
  • Olympe de Gouges de Catel et Bocquet
  • Joséphine Baker de Catel et Bocquet
  • Ainsi soit Benoîte Groult de Catel et Bocquet
  • Farallon Islands d’Abby Gen

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